Le deuil de Fonsine (1945)

Tous les titres :

Affaire Lefrançois (L')

Amiral a disparu (L')

Assassin (L')

Au Rendez - Vous des Terre - Neuvas

Blanc à lunettes (Le)

Capitaine du Vasco (Le)

Châle de Marie Dudon (Le)

Chat (Le)

Cheminée du Lorraine (La)

Deuil de Fonsine (Le)

Écluse no 1 (L')

Étrangleur de Moret (L')

G.7

Gens d'en face (Les)

Guinguette à deux sous (La)

Homme tatoué (L')

Homme tout nu (L')

Inconnue d'Étretat (L')

Inspecteur Cadavre (L')

Jument perdue (La)

Larmes de bougies (Les)

Maigret et Monsieur Charles

Maison du canal (La)

Mariés du premier décembre (Les)

Mystères du Grand - Saint - Georges (Les)

Novembre

Otto Müller

Pacha (Le)

Péniche aux deux pendus (La)

Quarante - cinq degrés à l'ombre

Quartier nègre

Stan le tueur

Suspect(Le)

Témoignage de l'enfant de choeur (Le)

Valérie s'en va

Contrairement à ce que plusieurs ont prétendu, Georges Simenon était un philosophe, un moraliste, qui jonglait avec des idées, comme, par exemple : qu'arriverait-il si l'amour et la haine étaient la même chose ?  On peut lire le résultat de la réflexion dans des romans comme Le chat, mais aussi dans Le deuil de Fonsine, qui est un mélange de pessimisme, de scatologie et de sado-masochisme.

Les deux soeurs Sirouet se sont toujours jalousées, en particulier au moment où il a fallu décider laquelle des deux servirait le vieux père ivrogne pendant que l'autre se marierait.  Le père se souciait très peu de savoir laquelle resterait avec lui, pourvu qu'il en reste une.  L'anecdote est plus amusante pour le lecteur que pour les personnages, car il s'en dégage un petit côté méprisant : les deux soeurs ne valent pas mieux l'une que l'autre.

Fernande est restée à la maison paternelle, tandis qu'Alphonsine a épousé Antonin Brécard.  Le mariage d'Alphonsine et d'Antonin est conté de manière aussi drolatique que ce qui précède.  Antonin, qui "négligeait tout particulièrement sa toilette" et "méprisait les règles les plus essentielles de la propreté" a, semble-t-il, choisi Alphonsine "au petit bonheur".  On ne sent pas vraiment un grand respect pour Alphonsine, ni pour le mariage qui est pourtant un des fondements de la société.

L'animosité entre Fernande et Alphonsine atteint des sommets quand Alphonsine, devenue veuve, réintègre le foyer familial.  La maison est divisée en deux.  Les deux soeurs "prennent plaisir" à se détester et à se faire les plus mauvais coups.  Sans famille, seules au monde, elles sont "unies" par la haine comme d'autres pourraient l'être par l'amour, au point où Fernande meurt d'ennui quelques mois après Alphonsine.  Les deux soeurs ne pouvaient se passer l'une de l'autre.

Le deuil de Fonsine est un bel exercice littéraire et philosophique, mais laisse plutôt un goût d'amertume que de drôlerie pure.  Dire que l'amour et la haine sont la même chose est une mauvaise idée.  On en arrive à considérer la morbidité, la haine, le pessimisme et la misanthropie comme des choses normales.  Il vaut mieux considérer qu'il existe une différence entre l'amour et la haine et préférer le premier à la seconde.

Cette nouvelle schopenhauérienne révèle des traits importants du caractère de Simenon et explique tous ces romans à l'atmosphère sombre où les personnages ont des relations si difficiles.

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Brécard, Antonin. 

Instituteur de Saint-Mesmin; néglige tout particulièrement sa toilette; méprise les règles les plus essentielles de la propreté; a épousé Fonsine au petit bonheur [comme Ferdinand Graux a choisi Maligbanga sa première maîtresse.  Voir Le Blanc à lunettes.  Ça semble une manie chez Simenon]; mort après deux ans de mariage.

Sirouet, Alphonsine.  

Veuve d'Antonin Brécard; visage doux et mélancolique; plus maigre que Fernande; soeur de Fernande; appelée Fonsine; en querelle avec sa soeur depuis dix-huit ans; tousse à fendre l'âme; meurt d'une pneumonie.

Sirouet, Fernande.  

Massive; femme courte; carrée; visage carré; mâchoires puissantes; teint gris mat; soeur d'Alphonsine; aînée de deux ans; leur père était un ivrogne; restée à la maison pour soigner son père; en querelle avec sa soeur; meurt d'ennui moins d'un an après Fonsine.

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- 1 -

Le vieux Sirouet était un gros marchand de bestiaux très porté sur le vin blanc et sur la nourriture.  Il n’avait jamais imaginé que ses deux filles pussent se marier, car, du moment qu’il était veuf, il lui en fallait une au moins pour tenir la maison.  Cela, c’était comme de l’Évangile.  Quand à savoir laquelle des deux, il s’en moquait, il n’avait pas de préférence.  Qu’elles s’arrangent entre elles ! 

[Plaisanterie morbide.  Cette anecdote est drôle pour les spectateurs, mais pas pour ceux qui la vivent.]


- 2 -

Une haine intime, voyons !  Une haine qui est une sorte d’amour, d’amour à l’envers, soit, mais d’amour malgré tout.

[L'amour et la haine c'est la même chose.]


- 3 -

Quels beaux étés elle avait passés dans son [à Fernande] jardin, où elle ne mettait plus les pieds !  Toutes ces mauvaises herbes, ces limaces, ces courtilières, ces tessons de bouteilles, ces cailloux qu’elle avait plaisir à lancer par-dessus le mur !… 


- 4 -

[…]  froide flamme de haine qui avait fait vivre pendant vingt ans les deux sœurs Sirouet.

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