Essai sur les femmes (+- 1851)

Tous les titres :

Aphorismes sur la sagesse dans la vie

Douleurs du monde

Essai sur le libre arbitre

Essai sur les femmes

Éthique et politique

Fragments divers

Métaphysique de l'amour ; Métaphysique de la mort

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Le seul aspect de la femme révèle qu'elle n'est destinée ni aux grands travaux de l'intelligence, ni aux grands travaux corporels. Elle paie sa dette à la vie non par l'action mais par la souffrance, les douleurs de l'enfantement, les soins inquiet de l'enfance ; elle doit obéir à l'homme, être une compagne patiente qui le rassérène.


- 2 -

Il ne devrait y avoir au monde que des femmes d'intérieur, appliquées au ménage, et des jeunes filles aspirant à le devenir, et que l'on formerait non à l'arrogance, mais au travail et à la soumission.


- 3 -

Les lois qui régissent le mariage en Europe supposent la femme égale de l'homme, et ont ainsi un point de départ faux.


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L'avantage que la monogamie et les lois qui en résultent accordent à la femme, en la proclamant l'égale de l'homme, ce qu'elle n'est à aucun point de vue, produit cette conséquence que les hommes sensés et prudents hésitent souvent à se laisser entraîner à un si grand sacrifice, à un pacte si inégal. Chez les peuples polygames chaque femme trouve quelqu'un qui se charge d'elle, chez nous au contraire le nombre des femmes mariées est bien restreint et il y a un nombre infini de femmes qui restent sans protection, vieilles filles végétant tristement … Ou bien encore, elles deviennent de misérables prostituées … Dans la seule ville de Londres, il y a 80,000 filles publiques : vraies victimes de la monogamie, cruellement immolées sur l'autel du mariage … Aussi la polygamie est-elle un véritable bienfait pour les femmes considérées dans leur ensemble. De plus, au point de vue rationnel, on ne voit pas pourquoi, lorsqu'une femme souffre de quelque mal chronique, ou qu'elle n'a pas d'enfants, ou qu'elle est à la longue devenue trop vieille, son mari n'en prendrait pas une seconde.


- 5 -

Que la propriété acquise par les hommes par un travail long et continuel passe entre les mains de femmes qui, dans leur folie, la dilapident en peu de temps ou la gaspillent, est une catastrophe aussi grande que fréquente qu'il faudrait prévenir en limitant le droit à l'héritage pour les femmes. Il me semble que la meilleure solution serait que les femmes, qu'elles soient veuves ou célibataires, héritent seulement d'une rente qui leur serait assurée par un usufruit durant toute leur vie, mais pas de biens immobiliers ou du capital, sauf dans le cas où il n'y a pas d'héritier mâle. Ceux qui acquièrent la fortune sont les hommes et non les femmes. C'est pourquoi celles-ci ne sont pas autorisées à la posséder sans conditions ni à l'administrer. Au moins, les femmes ne devraient pas disposer librement de capitaux, de maisons ou de villas. Elles doivent toujours être mises sous tutelle.


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[…] chez tous les peuples civilisés de tous les temps, jusqu'à la Réforme, le concubinat a été une institution admise, jusqu'à un certain point légalement reconnue et nullement déshonorante.


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Il est évident que la femme par nature est destinée à obéir. Et la preuve en est que celle qui est placée dans cet état d'indépendance absolue contraire à sa nature s'attache aussitôt à n'importe quel homme par qui elle se laisse diriger et dominer, parce qu'elle a besoin d'un maître.


- 8 -

L'amour maternel doit être remplacé par un amour fondé sur l'habitude et la raison mais qui fait souvent défaut lorsque la mère n'a pas aimé le père. L'amour du père pour ses enfants est d'une espèce plus sûre. Il repose sur le fait qu'il se reconnaît en eux et a donc une origine métaphysique.


- 9 -

En accordant à la femme des droits au-dessus de sa nature, on lui a imposé également des devoirs au-dessus de sa nature ; il en découle pour elle une source de malheurs. Ces exigences de classe et de fortune sont en effet d'un si grand poids que l'homme qui se marie commet une imprudence s'il ne fait pas un mariage brillant; s'il souhaite rencontrer une femme qui lui plaise parfaitement, il la cherchera en dehors du mariage, et se contentera d'assurer le sort de sa maîtresse et celui de ses enfants.


- 10 -

Ce qui rend les femmes particulièrement aptes à soigner, à élever notre première enfance, c'est qu'elles restent elles-mêmes puériles, futiles et bornées ; elles demeurent toute leur vie de grands enfants …


- 11 -

Chez les jeunes filles, la nature semble avoir voulu faire ce qu'en style dramatique on appelle un coup de théâtre ; elle les pare pour quelques années d'une beauté, d'une grâce, d'une perfection extraordinaires, aux dépens de tout le reste de leur vie, afin que pendant ces rapides années d'éclat elles puissent s'emparer fortement de l'imagination d'un homme et l'entraîner à se changer loyalement d'elles d'une manière quelconque. Pour réussir dans cette entreprise, la pure réflexion et la raison ne donnaient pas de garantie suffisante. Aussi la nature a-t-elle armé la femme, comme toute autre créature, des armes et des instruments nécessaires pour assurer son existence et seulement pendant le temps indispensable, car la nature en cela agit avec son économie habituelle : de même que la fourmi femelle, après son union avec le mâle, perd les ailes qui lui deviendraient inutiles et mêmes dangereuses pour la période d'incubation, de même aussi la plupart du temps, après deux ou trois couches, la femme perd sa beauté, sans doute pour la même raison. De là vient que les jeunes filles regardent généralement les occupations du ménage ou les devoirs de leur état comme des choses accessoires et de pures bagatelles, tandis qu'elles reconnaissent leur véritable vocation dans l'amour, les conquêtes et tout ce qui en dépend, la toilette, la danse, etc.


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C'est pour cela que les femmes restent toute leur vie de vrais enfants. Elles ne voient que ce qui est sous leurs yeux, s'attachent au présent, prenant l'apparence pour la réalité et préférant les niaiseries aux choses les plus importantes. Ce qui distingue l'homme de l'animal c'est la raison ; confiné dans le présent, il se reporte vers le passé et songe à l'avenir : de là sa prudence, ses soucis, ses appréhensions fréquentes. La raison débile de la femme ne participe ni à ces avantages, ni à ces inconvénients ; elle est affligée d'une myopie intellectuelle qui lui permet, par une sorte d'intuition, de voir d'une façon pénétrante les choses prochaines ; mais son horizon est borné, ce qui est lointain lui échappe.


- 13 -

[…] de là aussi ce penchant [des femmes] bien plus fréquent à la prodigalité, qui parfois touche à la démence. Au fond du cœur les femmes s'imaginent que les hommes sont faits pour gagner de l'argent et les femmes pour le dépenser ; si elles en sont empêchées pendant la vie de leur mari, elles se dédommagent après sa mort.


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Dans les circonstances difficiles il ne faut pas dédaigner de faire appel, comme autrefois les Germains, aux conseils des femmes ; car elles ont une manière de concevoir les choses toute différente de la nôtre.


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[…]  les femmes ont décidément un esprit plus posé [que les hommes], et ne voient dans les choses que ce qu'il y a réellement ; tandis que, sous le coup de nos passions excitées, nous grossissons les objets, et nous nous peignons des chimères.


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Les femmes sont le sexus sequior, le sexe second à tous égards, fait pour se tenir à l'écart et au second plan.


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Rousseau l'a dit : "Les femmes en général n'aiment aucun art, ne se connaissent à aucun et n'ont aucun génie." 


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Il a fallu que l'intelligence de l'homme fût obscurcie par l'amour pour qu'il ait appelé beau ce sexe de petite taille, aux épaules étroites, aux larges hanches et aux jambes courtes ; toute sa beauté en effet réside dans l'instinct de l'amour. Au lieu de le nommer beau, il eût été plus juste de l'appeler l'inesthétique.


- 19 -

Les femmes aussi se parjurent en justice bien plus fréquemment que les hommes, et ce serait une question de savoir si on doit les admettre à prêter serment.


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Les mêmes aptitudes natives expliquent la pitié, l'humanité, la sympathie que les femmes témoignent aux malheureux, tandis qu'elles sont inférieures aux hommes en tout ce qui touche à l'équité, à la droiture et à la scrupuleuse probité … Aussi l'injustice est-elle le défaut capital des natures féminines. Cela vient du peu de bon sens et de réflexion que nous avons signalé, et ce qui aggrave encore ce défaut, c'est que la nature, en leur refusant la force, leur a donné, pour protéger leur faiblesse, la ruse en partage ; de là leur fourberie instinctive et leur invincible penchant au mensonge.

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