L'amour (1858)

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Amour (L')

Femme (La)

- 1 -

Que peut-on sur la femme dans la société ? Rien. Dans la solitude ? Tout.


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Elle [la femme] sent bien qu'il est son tout [le mari] maintenant, son protecteur unique. Et quant aux cérémonies par lesquelles l'Église et la Loi semblent la protéger, elle n'y fait pas attention.

En réalité, c'est la force de cet acte si grave qu'elle est donnée sans réserve, sans garantie et sans retour. Si l'amour n'est pas là, si elle ne tombe pas dans les mains les plus tendres, toutes les précautions légales aggraveront sa situation. Toutes ces barrières de papier seront vaines. Mais, bien plus, agaçant, irritant celui à qui la personne est livrée, elles la mettront en péril.  Idée sotte de constituer une guerre préalable dans le mariage et de croire que la loi puisse intervenir à toute heure de nuit, de jour, et veiller au lit même entre eux : contre celui qui possède la femme par la fatalité de cohabitation et qui peut lui imposer le travail, le péril de la maternité, rien, rien n'est réservé. Nulle autre garantie que l'amour.

[Michelet y va fort.  C'est à cause de cette mentalité que des situations d'abus ne sont pas vraiment dénoncées, comme dans L'écluse no 1 (Jeanne et Émile Ducrau) et A.B.C. contre Poirot (Alice et Frantz Ascher).  Le marquis de Sade a fait carrière en exploitant cette sorte de philosophie.  Chez Sade les victimes ont tort et les coupables ont raison.)


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Elle [la femme] trouvera très-bon d'ailleurs qu'en lui livrant peu à peu le détail, son mari garde la haute direction des intérêts de la maison, le budget général. Elles n'aiment pas beaucoup les hommes qui s'abdiquent trop. Par une contradiction charmante, elles veulent être maîtresses, mais que l'homme soit maître, c'est-à-dire fort et digne. Elles ont bien souvent du plaisir, même en choses de femme, à le consulter, à vouloir qu'il commande et décide. C'est une sensualité d'amour que d'obéir, de sentir qu'on est possédé par quelqu'un qui vous enveloppe de sa force bienveillante et qui quelquefois, doucement, fait sentir un peu l'aiguillon.


- 4 -

[…] tel que tu es, jeune homme, et quoique entamé par la vie, tu es encore bien plus qu'elle le dépôt de la vérité. La pauvre [la femme], hélas ! n'est que ténèbres ! Elle n'a strictement appris que ce qu'il faut oublier. Son bon cœur, sa nature vierge, son charme, ne serviraient à rien qu'à vous perdre tous les deux, et votre enfant, et l'avenir, si dès ce jour tu ne prenais l'autorité de la science et de la lumière. Ce n'est pas en vain que depuis trois siècles le génie humain accumule dans ta main (ta forte main d'homme) le trésor de la certitude.

[D'après Michelet, les hommes possèdent la vérité, alors que les femmes sont enfermées dans les ténèbres.]


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[…] la femme est sous le poids d'une grande fatalité. La nature favorise l'homme. Elle la lui donne faible, aimante, dépendante d'un constant besoin d'être aimée et protégée.


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Quoi qu'il advienne, et quand même elle faiblirait, ne quittez pas, ne quittez jamais le chère femme de votre jeunesse. Si elle a failli, d'autant plus elle a besoin de vous. Si elle est humble, repentante, il faut la traiter en malade, la soigner, la cacher. Si de mauvaises influences l'ont pervertie, il faut, sans perdre une minute, l'éloigner, la placer dans un meilleur milieu, agir avec force et modération, la corriger doucement.

Elle est vôtre, quoi qu'elle ait fait. La solidarité du nom, le mélange profond et complet de l'existence physique, rend la séparation illusoire. La femme fécondée une fois, imprégnée, portera partout son mari en elle. Voilà qui est démontré. […] la veuve a souvent du second mari des enfants semblables au premier [mari]. […]

Elle [la femme] vous [le mari] appartient à ce point, que, même si l'amant la féconde, c'est un enfant de vous et marqué de vos traits qu'elle lui donnera le plus souvent.

[Pour Michelet le père de tous les enfants d'une femme est son premier amant, que ce soit son mari ou un autre homme.  Pour cette raison une femme honorable doit arriver vierge à son mariage, afin de ne pas introduire des enfants illégitimes dans la famille, et elle ne peut pas se séparer de son mari.]


- 7 -

Une dame (madame de Gasparin), dans un beau livre mystique, éloquent, tendre autant qu'austère, nous déclare que leur bonheur [aux femmes] est d'obéir et qu'elles veulent que l'homme soit fort, qu'elles aiment ceux qui commandent et ne haïssent pas la fermeté du commandement. […] Ce qui tourmente la femme, c'est bien moins la tyrannie de l'homme que sa froideur, bien moins d'obéir que de n'avoir pas d'occasion d'obéir assez. […] Nulle barrière, nulle protection étrangère. Elles ne servent, dit très-bien l'auteur, qu'à brouiller les époux, rendre la femme misérable. Rien ne reste entre elle et lui. Elle va à lui forte de sa faiblesse et de son sein désarmé, de ce cœur qui bat pour lui …

[Les hommes doivent commander et les femmes doivent obéir.  La tyrannie de l'homme est tolérable.]


- 8 -

[…] elle [la femme] a la terreur du monde, le dégoût de la foule et des vaines distractions. Quand son mari l'y traîne, elle revient plus triste. "Eh ! mon ami, pourquoi changer nos habitudes ? Triste ou gai, on est mieux chez soi."

Qu'elle a raison ! qu'elle est sensée ! …

[Syndrome de la femme enfermée.  La place des femmes est à la maison.]


- 9 -

Près d'une femme, il ne faut pas d'affaire. Elle veut être elle-même l'affaire unique, essentielle, et toute autre lui est odieuse. Elle ne tient presque jamais compte de l'esprit, du talent, des grandes facultés, qu'on déploie très souvent au maniement des intérêts. Elle ne veut rien savoir de tout cela. Au moindre mot qu'on dit de ses projets, de ses efforts, de ce qu'on fait et espère pour la famille, elle bâille ou détourne la tête. Enfin, elles veulent être riches, mais n'en veulent nullement les moyens.

Que fera le mari ? Il ne travaille souvent qu'à cause d'elle. Tel modéré et sans désir coûteux pouvait, comme tant d'autres, rester dans cette position libre et légère qu'on aime en France. C'est son mariage, sa maison plus considérable, les enfants survenus, qui l'ont attaché au travail, à un travail ingrat, dont même il ne peut lui parler. Elle va, vient, oisive et dédaigneuse, pendant qu'il se consume, seul en réalité, et gardant pour lui seul l'épine de la vie.

[Michelet reproche aux femmes de ne pas s'intéresser aux affaires, mais il les tient enfermées.]


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L'adultère de la femme et l'adultère du mari sont-ils également coupables ? Oui, comme déloyauté, violation de l'engagement. - Non, sous mille autres rapports.

La trahison de la femme a des conséquences énormes que n'a point celle de l'homme. La femme ne trahit pas seulement, elle livre l'honneur et la vie du mari : elle le fait chansonner, montrer du doigt, siffler, charivariser ; elle le met au hasard de périr, de tuer un homme ou de rester ridicule c'est presque la même chose que si elle donnait le soir la clef à un assassin.

Il sera assassiné moralement tout le reste de sa vie, ne sachant jamais si l'enfant est bien son enfant, forcé de nourrir, de doter une progéniture équivoque, ou de donner au public l'amusement d'un procès, dans lequel, gagnant, perdant, il assure toujours à son nom une illustration de risée.

Il est insensé de dire que la femme n'a pas plus de responsabilité que l'homme.

Lui, il est une activité, une force qui soutient la famille, mais elle, elle en est le cœur. Seule, elle garde le secret de la religion domestique, le titre qui fait tout l'avenir. Seule, elle peut affirmer la légitime hérédité. Un mensonge de l'épouse peut fausser l'histoire pour mille ans.

Qu'est-ce que le sein de la femme, sinon notre temple vivant, notre sanctuaire, notre autel, où brûle la flamme de Dieu, où l'homme se reprend chaque jour ? Qu'elle livre cela à l'ennemi, qu'elle laisse voler cette flamme qui est la vie de son mari, c'est plus que si elle aidait à lui enfoncer le couteau.

Nulle peine ne serait assez grave si elle savait ce qu'elle fait.


- 11 -

Une jeune dame de vingt-cinq ans, vive, fière, élégante, d'une figure noble et sévère, qui exprimait une âme pure, avait pour son malheur une belle voix passionnée, qu'on voulait toujours entendre dans les soirées, dans les salons. - Un duo lui tourna la tête ; elle succomba à l'ivresse de son art, nullement à la passion. Elle appartenait de cœur à son mari, jeune, agréable, et qui l'adorait. Foudroyée de son malheur, elle le chercha à l'heure même, lui dit tout, et qu'elle allait se tuer s'il ne parvenait à lui faire expier le crime. Mais il était brisé du coup, et jamais il n'eut la force de la battre. Dans ce débat, elle se mit à chanter. Elle avait perdu l'esprit.

[Une femme devient folle parce qu'elle a trompé son mari.  On pourrait faire un opéra avec ça.]


- 12 -

L'homme est tellement avantagé contre la femme par la nature et par la loi, qu'il est de sa magnanimité de ne jamais demander le divorce. Si elle le demande, elle qui y perd tout c'est chose surprenante et qui semble insensée sauf le cas de sévices et de cruels traitements, où il faut bien la délivrer.

[Michelet était contre le divorce.  La femme ne peut pas divorcer parce qu'elle "y perd tout".  L'homme ne doit pas se séparer de sa femme parce qu'il est avantagé et doit être magnanime.]


- 13 -

La femme, si maladive et interrompue si souvent, est un très-mauvais ouvrier […]

Elle n'est guère propre au travail, même en sa pleine santé.

Dans tous les lieux, dans tous les temps, le femme n'a été et n'est occupée qu'aux travaux domestiques, qui, chez les tribus sauvages […] comprennent un peu d'agriculture ou de jardinage. […]

La femme agit autant que nous, mais de tout autre manière. J'en vois qui travaillent douze heures par jour et ne croient pas travailler. Une des plus laborieuses me disait modestement : "Je vis comme une princesse. C'est lui qui travaille et qui me nourrit. Les femmes ne sont bonnes à rien."

Ce rien veut dire un travail doux, lent, coupé, volontaire, toujours en vue de ce qu'elle aime, pour son mari ou son enfant. […]

Il faut que le travail de la femme soit pour elle de l'amour encore, car elle n'est bonne à autre chose.

[Une femme doit être très travailleuse, mais à la maison, pour son mari et ses enfants.  Division traditionnelle des tâches.]


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C'est le paradis du mariage que l'homme travaille pour la femme, qu'il apporte seul, qu'il ait le bonheur de fatiguer et d'endurer pour elle, qu'il lui sauve et la peine du labeur, et les froissements du monde.

Le soir, il arrive brisé. Le travail, l'ennui des choses et la méchanceté des hommes ont frappé sur lui. Il a souffert, il a baissé, il revient moins homme. Mais il trouve en sa maison un infini de bontés, une sérénité si grande, qu'il doute presque des cruelles réalités qu'il a subies tout le jour : "Oui, tout cela n'était pas. Ce n'était qu'un mauvais songe. Et tout le réel c'est toi !"

Voilà la mission de la femme (plus que la génération même), c'est de refaire le cœur de l'homme. Protégée, nourrie par lui, elle le nourrit d'amour.

[C'est le droit, le devoir et le privilège d'un mari de travailler à l'extérieur de la maison pour nourrir sa famille.  La femme doit rester à la maison pour s'occuper des enfants, des tâches ménagères et réconforter son mari.  Division traditionnelle des tâches.]


- 15 -

Pour commencer par le point qui touche le plus aujourd'hui, la fortune, je dois dire que je n'ai jamais vu une fille riche qui fût docile. Presque toutes, dès le lendemain, dévoilaient des prétentions infinies, surtout celle de dépenser selon leur dot et au delà. Tel qui se croyait enrichi s'est trouvé réellement pauvre, […]

J'ai osé, il y a douze ans, formuler cet axiome, vérifié de plus en plus : "Si vous voulez vous ruiner, épousez une femme riche." […]

"Quoi ! La richesse est-elle un crime ?" Non. Tout ce qu'on veut dire ici, c'est que la femme qui arrive au mariage plus riche que le mari est rarement initiable. Elle ne prendra pas ses idées, sa manière de vivre et ses habitudes. Elle imposera les siennes ; de l'homme elle fera sa femme, ou la dispute commencera. L'insensible et doux mélange des deux vies ne se fera pas. La greffe par approche sera impossible. Il n'y aura pas de mariage.

Plus pauvre, au contraire, la femme est riche de bonne volonté. Elle aime et croit (grande chose ! …)

[Une femme pauvre sera plus docile envers son mari.  Une femme doit adopter les idées de son mari.  Comme dans Jeux de glaceSimenon reproche souvent aux femmes de ne pas s'être assez intégrées au clan de leur mari.  Lire Le train (Jeanne et Marcel Féron).]


- 16 -

La femme de dix-huit ans sera volontiers la fille, je veux dire, l'épouse docile, d'un homme de vingt-huit ou trente ans. 

Elle se fie à lui de tout, croit sans peine qu'il en sait plus qu'elle et que tout le monde, plus que son père et sa mère (qu'elle quitte en pleurant, mais sans trop de peine). Elle croit tout ce qu'il lui dit, et, lui remettant son cœur, lui remettant sa personne, elle est bien loin de discuter les nuances d'opinion qui pourraient les séparer au fond, et, sans s'en rendre compte, elle lui remet aussi sa foi.

Elle croit, elle veut commencer une vie absolument nouvelle, sans rapport avec l'ancienne. Elle veut renaître avec lui et de lui […]

Il faut vouloir ce qu'elle veut, et la prendre au mot, la refaire, la renouveler, la créer.

Délivre-la de son néant, de tout ce qui l'empêche d'être, de ses mauvais précédents, de ses misères de famille et d'éducation.

C'est son intérêt d'ailleurs, c'est l'intérêt de votre amour. Sais-tu pourquoi elle désire se renouveler par toi : c'est parce qu'elle devine que tu l'aimeras davantage, et toujours de plus en plus, si tu la fais tienne et toi-même.

Prends-la donc, comme elle se donne, sur ton cœur et dans tes bras, comme un tendre petit enfant.

[Il est bon qu'un mari soit plus âgé que sa femme.  Le mari aura plus d'expérience et plus d'autorité sur sa femme.  Michelet, comme Simenon, compare souvent les femmes à des enfants.] 


- 17 -

[…] partout où elle reste femme, elle est généralement souffrante au moins une semaine sur quatre.

La semaine qui précède celle de crise est déjà troublée. Et dans les huit ou dix jours qui suivent cette semaine douloureuse, se prolonge une langueur, une faiblesse, qu'on ne savait pas définir. Mais on le sait maintenant. C'est la cicatrisation d'une blessure intérieure, qui, au fond, fait tout ce drame. De sorte qu'en réalité, quinze ou vingt jours sur vingt-huit (on peut dire presque toujours), la femme n'est pas seulement une malade, mais une blessée. Elle subit incessamment l'éternelle blessure d'amour.

[La femme est faible, malade et blessée.]


- 18 -

[La femme] Mon ami, je ne suis point forte. Je ne suis pas propre à grand'chose, qu'à t'aimer [l'homme] et te soigner. Je n'ai pas tes bras nerveux ; et si je fais trop longtemps attention à une chose compliquée, le sang se porte à ma tête., le cerveau me tinte. Je ne puis guère inventer. Je n'ai pas d'initiative. Pourquoi ? Je t'attends toujours et ne regarde qu'en toi.

A toi seul, l'élan, l'aiguillon et aussi les reins, la force patiente, l'invention et l'exécution. Donc, tu seras créateur, et tu me feras un nid de ton génie et de ta force.


- 19 -

Être belle ! mais pour une femme c'est le paradis, c'est tout. Si elle a le sentiment qu'elle te doit une telle chose, oh ! qu'elle cédera de bon cœur aisément sur tout le reste ; qu'elle sera ravie de te [le mari] sentir maître, trancher, décider de tout, lui épargner le plus souvent la fatigue de vouloir !

Elle reconnaîtra volontiers, ce qui est réel, que tu es son ange gardien, que tes dix ou douze ans de plus, ton expérience du monde, te font connaître mille choses dont tu peux la préserver, mille dangers où ses dix-huit ans, sa demi-captivité de jeune demoiselle, la laisseraient fort aveugle, et où, selon toute apparence, elle irait tête baissée.

[La demi-captivité de la jeune demoiselle était souhaitée par Michelet.]


- 20 -

Dans la vieille Zurich, quand des époux brouillés venaient demander le divorce, le magistrat ne les écoutait pas. Avant de décider, il les enfermait pour trois jours dans une chambre unique à un lit, avec une table, une assiette et un verre. On leur passait la nourriture sans les voir et sans leur parler. En sortant, au bout des trois jours, pas un ne voulait le divorce.

[Bonne solution aux problèmes conjugaux : mettre les époux au cachot.]


- 21 -

L'amour est chose très-haute et très-noble dans la femme. Elle y met sa vie pour enjeu.

Chaque fois qu'elle consent à l'union et cède au désir de l'homme, elle accepte de mourir pour lui. […]

L'amour est le frère de la mort. On l'a dit et répété. Mais qui a sondé encore à quelle profondeur il est le frère de la douleur ? […]

Elle accepte tous les périls, la mort, l'infini de la souffrance, pour donner à celui qu'elle aime l'infini de la jouissance, la vie des siècles en un instant, l'abrégé de l'éternité.

"Sois heureux, et que je meure ! Sois heureux une seconde, et que j'en souffre à jamais !" C'est le mot qu'elle a dans le cœur.

[Michelet charrie un peu.]


- 22 -

Garde-moi, aie pitié de moi, soutiens-moi … Je sens que j'enfonce … Si faible est ma [à la femme] volonté, que d'heure en heure elle glisse, et elle va m'échapper … Que dis-je ? C'est elle qui m'entraîne, et je n'ai de force que pour me noyer … Oh ! que j'ai eu tort d'être fière ! j'en suis punie. Je suis plus faible que n'était notre petit au berceau … Je t'en [le mari] supplie, prends-moi comme un enfant et traite-moi en enfant, car je ne suis que cela. Tu as été jusqu'ici trop bon pour moi, sois sévère et sois mon maître. Châtie-moi. Le corps maté, mortifié, me guérira l'âme … Il faut que je te craigne un peu, que j'aie peur … Meure ma volonté ! … Je n'en veux plus, je te la donne. C'est toi qui est ma volonté véritable et ma meilleure âme. Mais ne me quitte point d'un pas, pour qu'à chaque chose je puisse te demander si je la veux et si je dois la vouloir.

[La femme est un enfant qui doit être guidée par son mari.]


- 23 -

Le meilleur remède [à l'infidélité féminine], c'est l'émigration. Laissez-moi là vos intérêts, coupez le câble et voguez, emmenez-la pour quelque temps. […] il faut trancher au vif, souffrir et la purifier. Une fois sortie de son milieu, dans une société nouvelle, dans une langue étrangère, seule et n'ayant plus que vous, elle se trouvera tout autre. Avec celui qui travaille pour elle et qui la nourrit, qui du reste ne lui rappelle jamais son malheur, ne lui rend pas la vie amère, la traite bonnement et doucement, elle reviendra neuve et n'aura plus du monde ancien qu'un vague souvenir de mauvais rêve. […] tous deux, sur vos vieux jours, vous pourrez revoir la patrie.

[C'est un remède qui n'est pas à la portée de tout le monde.  Rappelle un peu les larmoiements de Simenon face à l'infidélité des femmes.  Lire Le confessionnal (Josée Bar).  Comparer avec L'écluse no 1 (Émile Ducrau), Les volets verts (Maugin) et Le chat (Émile Bouin)]


- 24 -

Quand l'affaire est montée et bien poussée, il s'établit un étonnant concert. On ne parle que du jeune homme. Il semble que les rôles aient été partagés. Une parente, admise le matin, le nomme par hasard, elle l'a vu, l'a trouvé charmant. Et le soir, une amie dira en badinant : "Moi j'en suis amoureuse." Plus hardie, le femme de chambre rompra bientôt la glace, hasardera en la coiffant de lui dire qu'il se meurt d'amour. Jadis, on achetait Lisette, on payait ses paroles. Aujourd'hui, il n'en est besoin. Elle sait bien que la dame une fois lancée dans l'aventure, ayant donné prise sur elle, et laissé surprendre un secret, elle sera maîtresse de sa maîtresse, pourra exploiter la maison, régner et piller sans contrôle.

[Les mauvaises fréquentations incitent aux mauvais penchants.  Les femmes doivent avoir le moins de fréquentations possible.]

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