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Page sur Émile Gaboriau

 

Monsieur Lecoq (1869)

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Monsieur Lecoq

Première partie

Chapitre I

Chapitre II

Chapitre III

Chapitre IV

Chapitre V

Chapitre VI

Chapitre VII

Chapitre VIII

Chapitre IX

Chapitre X

Chapitre XI

Chapitre XII

Chapitre XIII

Chapitre XIV

Chapitre XV

Chapitre XVI

Chapitre XVII

Chapitre XVIII

Chapitre XIX

Chapitre XX

Chapitre XXI

Chapitre XXII

Chapitre XXIII

Chapitre XXIV

Chapitre XXV

Chapitre XXVI

Chapitre XXVII

Chapitre XXVIII

Chapitre XXIX

Chapitre XXX

Chapitre XXXI

Chapitre XXXII

Chapitre XXXIII

Chapitre XXXIV

Chapitre XXXV

Chapitre XXXVI

Chapitre XXXVII

Chapitre XXXVIII

Chapitre XXXIX

Chapitre XL

Chapitre XLI

Chapitre XLII

Chapitre XLIII

Deuxième partie

Chapitre I

Chapitre II

Chapitre III

Chapitre IV

Chapitre V

Chapitre VI

Chapitre VII

Chapitre VIII

Chapitre IX

Chapitre X

Chapitre XI

Chapitre XII

Chapitre XIII

Chapitre XIV

Chapitre XV

Chapitre XVI

Chapitre XVII

Chapitre XVIII

ChapitreXIX

Chapitre XX

Chapitre XXI

Chapitre XXII

Chapitre XXIII

Chapitre XXIV

Chapitre XXV

Chapitre XXVI

Chapitre XXVII

Chapitre XXVIII

Chapitre XXIX

Chapitre XXX

Chapitre XXXI

Chapitre XXXII

Chapitre XXXIII

Chapitre XXXIV

Chapitre XXXV

Chapitre XXXVI

Chapitre XXXVII

Chapitre XXXVIII

Chapitre XXXIX

Chapitre XL

Chapitre XLI

Chapitre XLII

Chapitre XLIII

Chapitre XLIV

Chapitre XLV

Chapitre XLVI

Chapitre XLVII

Chapitre XLVIII

Chapitre XLIX

Chapitre L

Chapitre LI

Chapitre LII

Chapitre LIII

Chapitre LIV

Chapitre LV

Épilogue

 

 

 

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  Deuxième partie - L'honneur du nom - Chapitre XIV

 

 

 

Si Martial eût rapporté fidèlement à Mlle Blanche tout ce qu’il entendit dans le cabinet du marquis de Courtomieu, il l’eût probablement un peu étonnée.

Il l’eût, à coup sûr, stupéfiée, s’il lui eût confessé en toute sincérité ses impressions et ses réflexions.

C’est qu’il n’avait pas la foi, ce malheureux à qui on devait, plus tard, reprocher les excès du plus sombre fanatisme. Sa vie se passa à combattre pour des préjugés que réprouvait sa raison.

Tombant, de par la volonté de Mlle Blanche, au milieu d’une discussion enragée, ses impressions furent celles d’un homme à jeun arrivant au dessert d’un déjeuner d’ivrognes.  L’échauffement des autres redoubla son sang-froid.

Il fut révolté, sans en être surpris outre mesure, des prétentions grotesques et des âpres convoitises des nobles hôtes de M. de Courtomieu.

Grades, cordons, fortune, honneurs, pouvoir... ils voulaient tout.

Il n’en était pas un dont le pur dévouement n’exigeât impérieusement les récompenses les plus inouïes. C’est à peine si les modestes déclaraient se contenter d’une recette générale, d’une préfecture ou des épaulettes de lieutenant-général.

— Du calme, messieurs, du calme !... Un peu de modération de grâce !...

— Tous ces gens-ci sont fous, pensait Martial, comprimant à grand-peine une violente envie de rire; fous à lier ! ...

Mais il n’eut pas à rendre compte de cette séance, qu’interrompit par bonheur l’annonce du dîner.

Mlle Blanche, quand le jeune marquis de Sairmeuse la rejoignit, ne songeait plus à interroger.

Et dans le fait, que lui importaient les espoirs ou les déceptions de ces personnages !

Elle les tenait en médiocre estime, par cette raison que pas un n’était d’aussi bonne noblesse que M. de Courtomieu, et qu’à eux tous ils étaient à peine aussi riches. 

Un souci plus grand, immense, le souci de son avenir et de son bonheur absorbait despotiquement toutes ses facultés.

Pendant les quelques moments où elle était restée seule, après le départ de Marie-Anne, Mlle Blanche avait réfléchi.

L’esprit et la personne de Martial lui plaisaient, elle lui devait les premières émotions fortes de sa vie, il réunissait toutes les conditions que devait souhaiter une ambitieuse... elle décida qu’il serait son mari.

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Elle eût eu quelques jours d’irrésolution, vraisemblablement, sous le mouvement de jalousie qui l’avait agitée. Mais, du moment où elle put croire, soupçonner, à tort ou à raison, qu’une autre femme lui disputerait Martial, elle le voulut...

De cet instant, elle ne devait plus, elle ne pouvait plus agir que sous l’inspiration d’un de ces amours étranges où le coeur n’est pour rien, qui se fixent dans la tête et qui, tout en laissant une sorte de sang-froid, peuvent conduire aux pires folies.

Que la femme dont l’ombre d’une réalité n’a jamais fait battre le pouls plus vite lui jette la première pierre.

Qu’elle fût vaincue dans cette lutte qu’elle allait entreprendre, si toutefois il y avait lutte, ce dont elle n'était pas sûre, c’est une idée qui ne pouvait venir à Mlle Blanche de Courtomieu.

On lui avait tant dit, tant répété, qu’il s’estimerait heureux entre tous, l’homme qu’elle daignerait choisir ! 

Elle avait vu tant de prétendants assiéger son père !...

— D’ailleurs, pensait-elle en se souriant orgueilleusement dans les glaces du salon, ne suis-je pas aussi jolie que Marie-Anne !

«Plus jolie murmurait la voix de la vanité; et tu as, toi, ce que n’a pas cette rivale : la naissance, l’esprit, le génie de la coquetterie !...»

Elle se sentait, en effet, assez d’habileté et de patience pour prendre et soutenir le caractère qui lui semblait le plus propre à éblouir, à fasciner Martial ! ...

Quant à garder ce caractère, s’il lui déplaisait, après le mariage, c’était une autre affaire!...

Le résultat de ces honnêtes dispositions fut que pendant le dîner Mlle Blanche déploya pour le jeune marquis de Sairmeuse tout son génie.

Elle cherchait si évidemment à lui plaire, que plusieurs convives en furent frappés.

D’une autre, cela eût choqué comme une haute inconvenance. Mais Blanche de Courtomieu pouvait tout se permettre, elle le savait bien. N’était-elle pas la plus riche héritière que l’on sût à dix lieues à la ronde ? Il n’est pas de médisance capable d’entamer le prestige d’une dot d’un million comptant.

— Savez-vous, chevalier, disait à son voisin un vieux vicomte, que ces deux beaux enfants réuniraient à eux deux quelque chose comme sept à huit cent mille livres de rentes ?

Martial, lui, s’abandonnait sans défiance au charme de cette situation.

Comment soupçonner de calcul cette jeune fille aux yeux si purs, dont les petits rires avaient la sonorité cristalline du rire de l’enfant !...

Involontairement il la comparait à la sérieuse Marie-Anne, et son imagination flottant de l’une à l’autre s’enflammait de l’étrangeté du contraste.

Mlle Blanche l’avait fait placer près d’elle à table, et ils

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causaient gaiement, se moquant un peu de leurs voisins, pendant que la discussion du tantôt se rallumait entre les autres convives, et s’enflammait à mesure que se succédaient les services.

Mais au dessert, ils furent interrompus. Les domestiques servaient du vin de Champagne, et on buvait aux alliés, dont les triomphantes baïonnettes avaient ramené le roi; on buvait aux Anglais, aux Prussiens, aux Russes, dont les chevaux mangeaient nos moissons sur pied...

Le nom de d’Escorval, éclatant tout à coup au milieu du choc des verres, devait arracher brusquement Martial à son enchantement.

Un vieux gentilhomme, dont le chef était couvert d’une petite calotte de soie noire, venait de se lever, et il proposait qu’on fit les plus actives démarches pour obtenir l’exil du baron d’Escorval.

— La présence d’un tel homme déshonore notre contrée, disait-il; c’est un jacobin frénétique, et même il a été jugé si dangereux que M. Fouché l’a couché sur ses listes, et qu’il est ici sous la surveillance de la haute police.

Ce discoureur avait dû au baron d’Escorval de ne pas tomber dans la plus abjecte misère ; aussi roulait-il des yeux féroces et semblait-il ivre de rancune.

On l’écoutait, mais on se taisait, l’hésitation se lisait dans tous les yeux.

Martial, lui, était devenu si pâle que Mlle Blanche remarqua sa pâleur et crut qu’il allait se trouver mal.

— Pourquoi cette émotion si violente ? se demanda-t-elle, soupçonneuse.

C’est qu’un combat terrible se livrait dans l’âme du jeune marquis de Sairmeuse, entre son honneur et sa passion.

Ne souhaitait-il pas, la veille, l’éloignement de Maurice ?

Eh bien ! ... une occasion se présentait, telle qu’il était impossible d’en imaginer une meilleure ! ... Que la démarche proposée eût lieu, et certainement le baron et sa famille allaient être forcés de s’expatrier peut-être pour toujours...

On hésitait, Martial le voyait, et il sentait qu’un mot de lui, un seul, pour ou contre, entraînerait tous les assistants.

Il eut dix secondes d’angoisses affreuses... Mais l’honneur l’emporta.

Il se leva et déclara que la mesure était mauvaise, impolitique...

— M. d’Escorval, dit-il, est un de ces hommes qui répandent autour d’eux comme un parfum d’honnêteté et de justice... Ayons le bon sens de respecter la considération qui l’environne.

Ainsi qu’il l’avait prévu, Martial décida les hôtes de M. de Courtomieu. L’air froid et hautain qu’il savait si bien prendre, sa parole brève et tranchante produisirent un grand effet.

— Evidemment, ce serait une faute ! fut le cri général.

Martial s’était rassis, Mlle Blanche se pencha vers lui.

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— C’est bien ! ... ce que vous avez fait là, monsieur le marquis, murmura-t-elle, vous savez défendre vos amis.

Pris à l’improviste, la voix de Martial se ressentit de son agitation :

— M. d’Escorval n’est pas de mes amis, dit-il, l’injustice m’a révolté, voilà tout.

Mlle de Courtomieu ne pouvait être dupe de cette explication. Un pressentiment lui disait qu’il y avait là quelque chose. Cependant, elle ajouta :

— Votre conduite n’en est que plus belle.

Mais ce n’était pas là l’avis du duc de Sairmeuse, et tout en regagnant son château quelques heures plus tard, il reprochait amèrement à son fils son intervention.

— Pourquoi, diable ! vous mêler de cette histoire ! disait le duc. Je n’eusse point voulu prendre sur moi l’odieux de cette proposition, mais puisqu’elle était lancée...

— J’ai tenu à empêcher une sottise inutile !

— Sottise... inutile !...  Jarnibleu ! marquis, vous avez tôt fait de trancher. Pensez-vous que ce damné baron nous adore ?...  Que répondriez-vous, si on vous disait qu’il trame quelque chose contre nous ?...

— Je hausserais les épaules.

— Oui-dà !... Eh bien !... marquis, faites-moi le plaisir d’interroger Chupin.

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