Le dossier 113 (1867)

Tous les titres :

Affaire Lerouge (L')

Corde au cou (La)

Crime d'Orcival (Le)

Dossier 113 (Le)

Monsieur Lecoq

Petit vieux des Batignolles (Le)

Le dossier 113 d'Émile Gaboriau commence comme un roman prometteur.  Enfin une intrigue policière dont le coupable pourrait être n'importe qui.  Cela ressemble au problème de la chambre close, comme dans La chambre jaune de Gaston Leroux.  Un vol est commis à un endroit où, apparemment, personne n'avait accès.  Qui a bien pu commettre ce crime ?

Il serait trop simple que le coupable soit le premier suspect Prosper Bertomy.  Le coupable aurait pu être André Fauvel qui se serait volé lui-même pour empêcher le mariage de Madeleine et de Prosper, mais Fauvel semble éprouver une affection véritable pour Prosper et encourageait le mariage.

Si on ne croit pas trop à la culpabilité des deux premiers suspects, on doit bien admettre qu'une autre personne est parvenue à s'emparer de la clef et du mot de passe du coffre-fort, malgré ce qui est affirmé au début.  

Jusque-là nous sommes très perplexes au sujet de l'identité du coupable, qui pourrait être n'importe qui.

Un personnage antipathique nous est présenté : Louis de Clameran.  Un bon suspect, mais on ne peut le relier au drame d'aucune façon.

On apprend qu'il y aurait eu rupture entre Madeleine Fauvel et Prosper Bertomy.  C'est Madeleine qui aurait demandé à Prosper de renoncer au mariage.  Ces deux jeunes gens semblaient pourtant bien faits l'un pour l'autre : une jeune fille pure et un jeune homme d'avenir, tous deux appréciés de leur entourage.  Des raisons graves ont dû pousser Madeleine à exiger cette rupture.  Serait-elle victime d'un chantage ou mêlée à une tragédie quelconque ?

A partir de là, on est ramené au drame de famille qui sert de base habituelle aux romans d'Émile Gaboriau.

L'histoire, qui débute loin dans le passé, ressemble à celle de Roméo et Juliette : la haine de deux familles rend impossible les amours de Valentine de La Verberie et de Gaston de Clameran.  Les jeunes gens ne pourront jamais se marier.  Pour qu'il y ait un beau drame, il faut évidemment que la jeune fille tombe enceinte et que le jeune homme devienne un fugitif.  Cette histoire illustre la dureté des moeurs et des préjugés du 19ème siècle.

Les La Verberie et les Clameran représentent tout ce qu'on peut reprocher aux aristocrates : les préjugés dépassés, le snobisme et le goût de la dépense irraisonnée.  Les aristocrates aiment le faste, mais ne savent pas toujours administrer leurs propriétés.  Dans une société bourgeoise, les incompétents sont éliminés, ruinés.

Les aristocrates avaient des méthodes bien à eux pour régler leurs problèmes d'argent.  Il est présenté comme tout à fait normal, pour un noble, d'épouser une femme riche pour payer ses dettes.  Le mariage de raison était tout à fait légitime.

Pour échapper à la ruine, la comtesse de La Verberie donne sa fille en mariage à André Fauvel, un jeune homme riche.  Valentine de La Verberie et André Fauvel sont censés s'aimer, parce que cela paraît mieux, mais on peut penser qu'il s'agit du respect des conventions sociales.  Il est évident qu'il s'agit d'un mariage de raison entre deux personnes honorables et que c'est pour une question d'argent que la comtesse de La Verberie donne sa fille en mariage à Fauvel.

En épousant André Fauvel, Valentine emporte avec elle un secret : celui de l'enfant qu'elle a eu de Gaston de Clameran.  Il est évident que ce secret n'en demeurera pas toujours un.  Avoir un enfant hors mariage était un crime très grave au 19ème siècle.  Les coupables devaient assurément être punis.

Gaston de Clameran tombe dans un piège en assassinant Jules Lazet.  Il ne s'agit que de le transformer en fugitif et de lui faire perdre définitivement la femme de sa vie.

Dans ce genre d'histoire, il y a toujours des escrocs, comme Louis de Clameran, qui essaient de profiter de la situation.  Si l'on ne comprend pas que Louis de Clameran est un très mauvais sujet, ce n'est pas la faute de l'auteur.  Louis de Clameran est présenté comme un méchant intégral.  Il n'a jamais aimé son père, ni son frère.  Il a été mauvais soldat, a vécu en escroc, connu tous les vices, dilapidé les biens de sa famille.  Presque sans ressources, c'est pour refaire fortune qu'il s'en prend à Valentine Fauvel.

Ayant appris "par hasard", le hasard des romans, l'existence du fils illégitime de Valentine Fauvel, Clameran veut profiter de la situation pour mettre la main sur une partie de la fortune des Fauvel.  Encore plus, Clameran prétend épouser Madeleine Fauvel, mais il était écrit que ce méchant de service ne pourrait pas atteindre son but ultime.  Louis de Clameran est puni de toutes les mauvaises actions qu'il a pu commettre par le fait qu'il ne pourra pas épouser le femme qu'il aime "vraiment".  Il n'obtiendra pas ce qui lui était le plus cher au monde.

Dans cette histoire, Louis de Clameran sert d'instrument pour punir Valentine Fauvel.  La punition de Valentine pourrait s'appeler : la peur de sa vie.

Le mauvais Clameran a un complice en la personne de Raoul de Lagors.  Ce Lagors était destiné à être mêlé à des affaires louches, parce qu'il était, en fait, le fils d'un jockey élevé par un lord anglais.  Cette affaire touche, à la fois, aux problèmes du mélange des classes sociales et de la légitimité des enfants.  Les gens du 19ème siècle était opposés au mélange des classes sociales, comme Hermann Keyserling.  Raoul de Lagors/James Spencer aurait dû avoir une éducation convenable pour son niveau social, sans plus.  Lord Murray a sans doute eu tort de considérer James Spencer comme son propre fils, c'est un peu comme s'il avait introduit volontairement un fils illégitime dans sa famille, comme ce qu'on voit dans L'affaire Lerouge.  Lord Murray aurait-il légué ses biens à James Spencer ?  Lord Murray a regretté ses bontés le jour où James Spencer s'est mis à imiter sa signature sur des lettres de change.

Si Prosper Bertomy peut sembler suspect au début c'est qu'il s'adonne au jeu, a de mauvaises fréquentations et entretient une maîtresse.  Il est dans une situation semblable à celle de Noël Gerdy dans L'affaire Lerouge.  Mais, contrairement à Gerdy, Bertomy n'a rien fait d'irréparable.  Il n'est pas ruiné, ne doit d'argent à personne.  Il peut encore être sauvé.

Dès son apparition, Nina Gypsy, le maîtresse de Bertomy, nous rappelle des souvenirs.  C'est un personnage du même type que Juliette Chaffour dans L'affaire Lerouge ou Pélagie Taponnet dans Le Crime d'Orcival.  C'est le genre de femme vulgaire, qui a de mauvaises moeurs et pousse ses amants à la ruine.  On se doute bien que la relation entre Prosper et Nina ne peut être que temporaire.  Prosper ne peut pas épouser cette femme.  Nina Gypsy mourra-t-elle ?  Finira-t-elle ses jours en exil ?  En prison ?  Est-elle complice des bandits ?  On ne le sait pas, mais quelque chose doit la séparer de Prosper.  Prosper ne pouvait pas épouser Nina et diriger ensuite la banque Fauvel.  Il devait épouser Madeleine une jeune fille vertueuse bien plus convenable pour sa situation. 

Nina Gypsy peut, à la rigueur, avoir une relation avec M. Lecoq, qui est une sorte d'aventurier.  Rien ne dit, cependant, que la relation entre M. Lecoq et Nina sera permanente.  M. Lecoq pourrait se trouver en conflit d'intérêt à cause de sa maîtresse.  Dans la même situation, d'autres policiers  donnent leur démission., comme dans Les pendules d'Agatha Christie et La nuit des sept minutes de Simenon.

Gaston de Clameran est victime d'une tragédie.  Il n'a pas pu épouser la femme qu'il aimait.  Il est devenu un fugitif.  Il pouvait difficilement revenir en France, après coup, et vivre paisiblement, parce qu'il était le père du premier fils de Valentine Fauvel.  Deux hommes ne peuvent pas épouser la même femme.  La survie de Gaston de Clameran aurait été une injure permanente aux bonnes moeurs.  Sa mort arrange bien des choses.  De même que la mort du premier fils de Valentine.

Il semble que Raoul de Lagors n'ait été qu'un imposteur et que le premier fils de Valentine soit mort très jeune.  C'est tant mieux parce qu'il aurait été difficile d'ignorer ce fils s'il avait été vivant et qu'on n'aurait pas pu l'intégrer à la famille Fauvel.  La mort de Valentin-Raoul évite d'avoir à faire face à un problème insoluble.

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Alexandre Mme.

Patronne de l'hôtel du Grand-Archange; a été une belle femme; puissante; terriblement sanglée dans ses corsets; trop bien mise; aime les chaînes d'or; robuste poitrine; œil vif; dents blanches; nez rouge; aime la bonne chère largement arrosée; adore son mari; femme de Fanferlot; a été marchande à la toilette sans patente; mariée à l'église et à la mairie.

, Anselme.

Garçon de bureau de la banque Fauvel; homme de confiance; depuis 10 ans chez Fauvel.

, Antoinette.

Femme de Joseph; belle jeune femme; teint brun; grands yeux noirs.

Arlange.

Duchesse d'; vieille; connaissance des La Verberie et des Clameran.

Bertomy, Auguste-Prosper.

Caissier principal de la banque Fauvel; grand; beau garçon; 30 ans; blond; yeux bleus; soigné jusqu'à la recherche; copie le genre anglais; froid et gourmé; suffisant; arrive souvent tard à son travail; obtient ce qu'il veut du patron ?; passe toutes ses nuits dehors; perd au jeu; chez Fauvel depuis 15 ans; [amoureux de Madeleine, va l'épouser ? Oui]; désespéré ?; aime pas vraiment Nina Gypsy ? Exact; a des passions ardentes et un tempérament de feu; ambitieux; veut arriver; mère morte; père vivant; a une sœur mariée à un ingénieur; entretient Nina Gypsy; va épouser Madeleine; réhabilité; devient directeur de la banque Fauvel.

Bertomy, M.

Père de Prosper; honnête.

Caldas.

Commis voyageur; a entretenu Nina Gypsy; quitté par Nina Gypsy pour Prosper Bertomy; faillit devenir fou de douleur; énergique; s'est suicidé ? Non; en réalité M. Lecoq; réconcilié avec Nina Gypsy.

Cavaillon, Eugène.

Jeune employé de la banque Fauvel; ami de Prosper Bertomy.

Chocareille, Caroline.

Femme de Jacques; mère de Palmyre (Nina Gypsy).

Chocareille, Jacques.

Père de Palmyre (Nina Gypsy); mari de Caroline; employé aux pompes funèbres.

Clameran.

Marquis de; vieux; père de Gaston et Louis; singulier; entêté gentilhomme dont la montre s'est arrêtée en 1789; attaché à ses illusions; dépensait le double de ses revenus; égoïste et insouciant; exécrait les bourgeois; aimait dire du mal de la comtesse de La Verberie; philosophe; se moquait de tout; respect de la race; mort en croyant à la mort de Gaston.

Clameran, Gaston de.

Frère aîné de Louis; a tué un homme dans une rixe et en a blessé un autre; obligé de s'expatrier; loyal; franc; honnête; tout le monde l'aimait; mort il y a six mois [mort de mort naturelle ??? probablement pas]; a été amoureux de Valentine Fauvel; courageux; meurtrier de Jules Lazet; amant de Valentine de La Verberie; bon; confiant; crédule; robuste; mâle beauté; devenu riche au Brésil; rentré en France; probablement empoisonné par son frère Louis.

Clameran, Louis de.

Comte; maître de forges à Oloron; impertinent; d'un certain âge; très brun; à tournure militaire; en grand deuil; hérite 300,000 francs de son frère; pas poli; client de la banque Fauvel; antipathie de Prosper Bertomy; fort lié avec Raoul de Lagors; susceptible; soupçonneux; frère cadet de Gaston; avait les plus détestables instincts; était haï; a dévoré sa part d'héritage et celle de son frère; criblé de dettes; a été soldat; se conduisit mal aux régiments; envoyé aux compagnies de discipline; habita l'Angleterre et l'Allemagne; dans la misère; vivait parmi les escrocs et les filles; parle Anglais; va épouser Madeleine ? Non; toujours en quête d'une aventure; exorbitantes passions; furieuses convoitises; cerveau malade; hypocrite; aimait pas son père; haïssait Gaston; fait chanter Valentine Fauvel; coquin; 50 ans passés; aime réellement Madeleine ? [mais ne l'aura pas]; cynique; froide perversité; a probablement empoisonné Gaston; devenu fou de peur d'être arrêté; interné; va finir par mourir de faim ?; puni par Dieu; [affaire étouffée = honneur des familles]; faisait passer James Spencer pour le fils de Gaston et Valentine Fauvel.

Commarin.

Comte de; vieil ami des Clameran.

, Évariste.

Valet de chambre d'André Fauvel.

Fanferlot.

Dit l'Écureuil; très agile; chétif en apparence; muscles d'acier; physionomie inquiétante; nez odieusement retroussé; lèvres minces; petits yeux ronds et mobiles; depuis 5 ans à la police de sûreté; ambitieux; observateur; horreur du bruit; douceur exquise; étriqué et râpé; mielleux imbécile; mari de Mme Alexandre; a tenu un petit bureau de renseignements clandestin; faux nom = Joseph Dubois; se déguise; admire et craint M. Lecoq.

Fauvel, Abel.

Fils de Valentine et André; frère de Lucien; beau.

Fauvel, André.

Banquier de Paris; victime d'un vol; très important; +- 50 ans; taille moyenne; cheveux grisonnants; assez gros; légèrement voûté; se dandine en marchant; bon; œil vif et franc; accent provençal; spirituel; ami du père de Prosper Bertomy; paternel avec Prosper; était d'accord pour le mariage entre Madeleine et Prosper Bertomy; pas un vice; fume pas; joue pas; boit pas; riche à millions; vit petitement; mari de Valentine; jeune était ingénieur; fort bien de sa personne; père de Lucien et Abel; emporté; la violence même; le maître; a retrouvé ses 350,000 francs; va aider Prosper à se réhabiliter; pardonne à sa femme; veut se retirer à la campagne; cède sa banque à Prosper Bertomy.

Fauvel, Lucien.

Fils aîné d'André et Valentine; grand et beau garçon; 22 ans; sage; frère d'Abel.

Fauvel, Madeleine.

Nièce d'André Fauvel; remarquablement belle; grande; svelte; brune; grands yeux doux et profonds; teint pâle mat et uni; beaux cheveux noirs; amie d'enfance de Prosper Bertomy; beauté noble et sévère; chaste et pure; a rompu avec Prosper; belle et glaciale; beauté calme et sereine qui impose l'admiration et commande la respect; âme tendre et rêveuse; fière; sens du devoir; sensible; va épouser Louis de Clameran ? non; orpheline; pauvre; dévouée; prête à épouser Louis de Clameran pour sauver Valentine Fauvel; décidée; méprise Louis de Clameran jusqu'au dégoût; [jeune fille pure]; va épouser Prosper Bertomy.

Fauvel, Valentine.

Femme d'André; née Valentine de La Verberie; autrefois beauté remarquable; 48 ans; encore radieuse; a eu le tort d'épouser un homme d'argent; fille de la comtesse de La Verberie; à 18 ans était blonde frêle et allait à la messe tous les matins; a été amoureuse de Gaston de Clameran; maîtresse de Gaston; [comme Roméo et Juliette : haine des deux familles]; a été enceinte de Gaston de Clameran; a deux fils d'André Fauvel; mère de Lucien et Abel; antipathie pour Louis de Clameran; a été bien imprudente et bien coupable; pardonnée par son mari; l'enfant qu'elle a eu avec Gaston de Clameran serait mort du croup à l'âge de 18 mois; [voir Raoul de Lagors].

Fougeroux.

Mari de Mihonne; fin renard; a épousé sa femme pour son argent; environ 37 ans; riche; aime pas sa femme; la prive de tout; la bat; a installé chez lui une gourgandine [maîtresse]; très petit; barbe rouge; œil inquiet et fuyant; obséquieux; déteste les nobles et les prêtres.

Gypsy, Nina.

Maîtresse de Prosper Bertomy; toute jeune femme; frêle; délicate; mignonne; dorée comme une quarteronne de la Havane; pieds et mains d'enfant; grands yeux noirs; longs cils; dents blanche aiguës à croquer dix patrimoines; [= Juliette Chaffour dans L'affaire Lerouge]; beauté insolente et tapageuse; [va disparaître ?]; sans éducation; pas bonne; énergie endiablée; enfant gâtée; aime réellement Prosper ? Non; femme perdue; vrai nom = Palmyre Chocareille; fille de Jacques Chocareille et de Caroline; se disait portugaise; a été en apprentissage chez un marchand de chaussure; a été domestique chez les époux Dombas; plusieurs autres emplois; condamnée à trois mois de prison pour coups et blessures; devenue femme de chambre de Madeleine Fauvel; devenue triste et humble comme la misère; reprend sa relation avec Caldas/Lecoq.

Jacobson, W. H. B. 

Ancien volontaire de Garibaldi; ex-officier supérieur des armées du Sud; excentrique; duelliste professionnel; complice de Louis de Clameran pour essayer de tuer Raoul de Lagors.

Jandidier.

Messieurs; connaissance des Fauvel; organisent un bal masqué; deux financiers célèbres; très riches.

Janouille.

Servante de M. Lecoq; ancienne réclusionnaire; taillée en carabinier; plus dévouée à son maître qu'un chien de berger.

, Joseph.

Fils de Saint-Jean; quarantaine d'années; figure honnête et souriante; marié; a des enfants; respect pour les aristocrates.

Lagors, Jules-René-Henri.

Comte de; a épousé Rosalie-Clarisse Fontanet de Tarascon; décédé en décembre 1848; sans héritier mâle; avait deux filles; mort dans la misère.

Lagors, Raoul de.

Jeune homme; a entraîné Prosper Bertomy hors du droit chemin; un peu étourdi; charmant; spirituel; riche; 24 ans; taille moyenne; admirablement bien pris; noble caractère; abondants cheveux châtain clair et bouclés; front intelligent; franc et fier ?; grands yeux bleus; parle anglais; faux nom = Valentin-Raoul Wilson; donné en adoption par la comtesse de La Verberie ?; fils de Valentine Fauvel et de Gaston de Clameran ? Non; artiste en fourberie; complice de Louis de Clameran pour faire chanter Valentine Fauvel; d'une force prodigieuse sous ses apparences sveltes; habile boxeur; coquin assez réussi; en réalité James Spencer; pas le vrai fils de Valentine et Gaston de Clameran; le vrai Raoul-Valentin Wilson le fils de Gaston de Clameran et de Valentine Fauvel est mort du croup à l'âge de dix-huit mois; a volé les 350,000 francs d'André Fauvel; les restitue forcé par M. Lecoq; en fuite à l'étranger.

Lazet, Jules.

Beau garçon; 26 ans; grands yeux brillants; moustache noire fièrement retroussée; avait insulté Valentine Fauvel [La Verberie]; violent; force herculéenne; aveugle courage; loyal et courageux; mort; victime de Gaston de Clameran.

Lecoq, M.

Illustre employé de la préfecture de police; d'un certain âge; apparence distinguée; lunettes à branches d'or; s'intéresse au cas de Prosper Bertomy; as du déguisement; de la sûreté; diablement malin; appelé le patron; célèbre; égoïste; travaille seul; beau gars; œil clair; air résolu; faux nom = M. Verduret; a connu une déception amoureuse : Nina Gypsy; [Voir Caldas]; amoureux de Nina Gypsy.

, Manuel.

Domestique de Gaston de Clameran depuis 10 ans; vieil Espagnol.

Menoul.

Le père Menoul, voisin des La Verberie; a été longtemps patron d'un bateau; vieux; a un fils qui est mort.

Mihonne.

Servante de Valentine de La Verberie [Fauvel]; femme de Fougeroux; grosse; très brune; plus de 60 ans; pauvre sotte; a l'air de la grand-mère de son mari; malade; maltraitée par Fougeroux.

Murray, Lord.

Anglais; grand et généreux; pas d'enfants; à la mort de son jockey Spencer a élevé James Spencer; indulgent; a chassé James Spencer après que celui-ci ait imité sa signature sur des lettres de change.

Pâlot, M.

Agent de M. Lecoq.

Patrigent, M. 

Pénétration remarquable; ferme; incapable de parti pris; possède à un degré éminent toutes les qualités qu'exige la délicate et difficile mission du juge d'instruction; patient; tenace; figure irrégulière; courts favoris roux; yeux vifs et spirituels.

Pilorel.

Pêcheur; vieux matelot de la République; dévoué aux Clameran.

Poche, Antonin.

Garçon de bureau à la banque Fauvel; blessé au genou en tombant; 40 ans; célibataire.

Raget.

Médecin de Tarascon; noble cœur; vaste intelligence; a donné sa vie à son art; riche; ne réclame jamais le prix d'une visite; petit; plus de 50 ans; chauve; œil vif; lèvre spirituelle; gai; causeur; bon jusqu'à l'excès; [Gaboriau aimait bien les médecins ?! Admiration pour les médecins ou la science en général ?!]; [Gaboriau républicain convaincu et bourgeois ?].

Saint-Jean.

Valet de chambre du vieux marquis de Clameran; serviteur de l'ancien régime; détestait les La Verberie; chez les Clameran depuis 40 ans; mort; père de Joseph.

Sairmeuse.

Marquis de.

Sigault.

Greffier du juge Patrigent; grand jeune homme maigre.

Spencer, James.

Fils du jockey de lord Murray; élevé par lord Murray après la mort de son père; extérieur séduisant; intelligence vive; [on a tort d'élever un fils de jockey comme un grand seigneur : légitimité des enfants]; à 16 ans a eu de mauvaises fréquentations; a vécu du jeu; a reçu 25,000 francs de Louis de Clameran pour jouer le rôle du fils de Valentine Fauvel; en fuite à l'étranger; [pour éviter procès et scandale public].

Tabaret.

Papa Tabaret; connaissance de M. Lecoq.

Tarascon, Rosalie-Clarisse Fontanet de.

A épousé Jules-René-Henri de Lagors; habite le mas de la Montagnette; vit des subsides de Valentine Fauvel.

Verberie.

Comtesse de La; voisine du vieux marquis de Clameran; bête noire du marquis; grande et sèche femme; anguleuse de structure et de caractère; hautaine; méprisante; glaciale avec ceux qu'elle jugeait ses égaux et dure pour le petit monde; mari tué à Lutzen; pas riche; se plaint et maudit la vie; mère de Valentine Fauvel; exécrait le vieux marquis de Clameran; rancunes terribles; faux nom = Mme Wilson; parle anglais; orgueilleuse; inaccessible aux remords; insensible à tout ce qui n'était pas satisfaction de la vanité; administrait mal ses biens; près de la ruine; cupide; a donné Valentine à André Fauvel parce qu'il était riche; morte.

Warth.

Capitaine du trois-mats américain Tom-Jones; sans préjugés; fier sacripant; négrier; digne après tout ?; veut doter sa fille Mary.

Wilson.

La fille Wilson; s'intitule artiste dramatique; déshonore les théâtres sur lesquels elle se montre; connaissance de Prosper Bertomy.

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- 1 -

Rien d'affreux, rien de lugubre comme une station dans cette sombre galerie des juges d'instruction.

D'un bout à l'autre est établi contre le mur un grossier banc de chêne, noirci par un usage quotidien. Involontairement on songe que sur ce banc sont venus tour à tour, depuis dix ans, s'asseoir tous les prévenus, tous les voleurs, tous les assassins du département de la Seine.

C'est que tôt ou tard, fatalement, comme l'immondice à l'égout, le crime arrive à cette terrible galerie qui a une porte sur le bagne, l'autre sur la plate-forme de l'échafaud. C'est là, selon la triviale mais énergique expression d'un premier président, le grand lavoir public de tout le linge sale de Paris.

La galerie, à l'heure où Prosper [Bertomy] y arriva, était fort animée. Le banc était presque entièrement occupé. A côté de lui, si près qu'il le coudoyait, on avait placé un homme en haillons, à figure sinistre.

Devant chaque porte, qui est celle d'un juge d'instruction, se tenaient des groupes de témoins, où on causait à voix basse. A tout moment, allaient et venaient des gendarmes de Paris, dont les fortes bottes résonnaient sur les dalles, et qui amenaient ou reconduisaient des prisonniers. Parfois, dominant le sourd murmure, on entendait un sanglot, et une femme, la mère ou la sœur de quelque prévenu, passait un mouchoir sur les yeux. A de courts intervalles, une porte s'ouvrait et se refermait, et la voix d'un huissier criait un nom ou un numéro.

[Visite impressionnante dans la galerie des juges d'instruction comme dans certains Maigret de Simenon.]


- 2 -

L'horreur de la situation l'épouvanta [Prosper Bertomy]. Il était là, entre les deux femmes qui avaient décidé de sa vie, entre Madeleine, la fière héritière qu'il adorait et qui le repoussait, et Nina Gypsy, la pauvre fille qui l'aimait et qu'il dédaignait.

[Nina Gypsy = Anna Gorskine dans Pietr Le letton de Simenon]


- 3 -

- Malheureuse [Valentine] ! s'écriait, avec une énergie furieuse, la comtesse [de La Verberie] plus rouge qu'une pivoine, c'est donc ainsi que vous respectez les nobles traditions de notre maison. Jamais on n'avait eu besoin encore de surveiller les La Verberie, elles savaient, seules, garder leur honneur. Il vous appartenait d'abuser de votre liberté pour descendre au rang de ces dévergondées qui sont la honte de leur sexe.

Cette scène affreuse, Valentine l'avait prévue, elle l'avait attendue dans un horrible serrement de cœur. Elle la subissait, comme l'expiation juste, méritée, de coupables amours. S'avouant que l'indignation de sa mère était légitime, elle courbait la tête, comme l'accusé repentant devant ses juges.


- 4 -

Ces quatre années, Mme [la comtesse] de La Verberie les avait employées on ne peut plus mal.

Voyant que décidément elle ne pouvait vivre de ses revenus, trop niaisement fière pour vendre des terres, qui, mal administrées, ne rendaient pas deux du cent, elle s'était résignée à emprunter et à manger le capital avec les revenus. 

Or, comme dans cette voie il n'y a que le premier pas qui coûte, la comtesse avait marché rapidement.

Se disant : après le déluge, ni plus ni moins que feu M. marquis de Clameran, la comtesse ne songeait plus qu'à se donner ses aises.

Elle reçut beaucoup, se permit de fréquents voyages dans les villes voisines, à Nîmes, à Avignon; elle fit venir de Paris des toilettes superbes, et donna carrière à son goût pour la bonne chère. […]

Après avoir vendu le reste de ses rentes, la comtesse emprunta sur le domaine de La Verberie d'abord, puis sur le château lui-même.

Et, en moins de quatre ans, elle en était arrivée à devoir plus de quarante mille francs et à ne plus pouvoir payer les intérêts de sa dette. 


- 5 -

C'est à une vieille amie de La Verberie, noble, autant qu'une Montmorency, et pauvre, plus que Job, qu'il [André Fauvel] confia tout d'abord ses intentions matrimoniales [épouser Valentine de La Verberie]. […]

Longtemps la vieille dame l'écouta, sans l'interrompre. Mais, lorsqu'il eut fini. Elle ne lui cacha pas combien ses prétentions lui semblaient outrecuidantes.

Quoi ! lui, un garçon qui n'était pas né, un … Fauvel, géomètre ou arpenteur de son état, il se permettait d'aspirer à la main d'une La Verberie ! […]

- Cependant, ajouta-t-elle, il se peut que vous ne soyez pas éconduit. La situation de la comtesse est des plus embarrassées, elle doit à Dieu et à ses saints, la chère dame, les huissiers la visitent souvent, de sorte que … vous [André Fauvel] comprenez, si un jeune homme se présentait, animé d'intentions honnêtes et ayant du bien … eh ! eh ! Je ne sais ce qui arriverait.

André Fauvel était jeune, les insinuations de la vieille dame lui semblèrent monstrueuses.

A la réflexion, cependant, lorsqu'il eut consulté, lorsqu'il se fut, surtout, donné la peine d'étudier l'esprit de la noblesse des environs, riche exclusivement de préjugés, il comprit que des considérations pécuniaires seraient seules assez fortes pour décider haute et puissante dame de La Verberie à lui accorder la main de sa fille.


- 6 -

Car il [André Fauvel] l'aimait vraiment, elle [Valentine] ne pouvait pas ne pas s'en apercevoir. Certes, ce n'était plus la passion impétueuse de Gaston, avec ses terreurs, ses emportements, ses ivresses, mais c'était un amour calme, réfléchi, plus profond peut-être, puisant une sorte de recueillement dans le sentiment de sa légitimité et de sa durée.

[Amour conjugal]


- 7 -

- [Madeleine Fauvel] Je le [Louis de Clameran] hais, ma tante [Valentine Fauvel], et je le méprise. Il est et sera toujours, pour moi, le dernier et le plus lâche des hommes, et, cependant, je serai sa femme.

[Mariage sans amour pour la vie comme les Claudieuse dans La corde au cou


- 8 -

Quoi ! Valentine [Fauvel], la chaste et jeune fille autrefois tant aimée, dont il [André Fauvel] avait acheté la possession au prix de sa fortune; Valentine, cette femme qui lui était devenue de plus en plus chère, à mesure qu'ils avaient vieilli ensemble; cette épouse, incomparable en apparence, le trahissait ! …

Elle le trompait … elle … la mère de ses fils !

Cette dernière pensée surtout révoltait tout son être jusqu'au dégoût.

Ses fils ! … Amère dérision ! Étaient-ils bien à lui ? Celle qui maintenant, lorsque déjà des cheveux blancs argentaient ses tempes, le trompait, ne l'avait-elle pas trompé autrefois ? 

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