Le crime d'Orcival (1866)

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Affaire Lerouge (L')

Corde au cou (La)

Crime d'Orcival (Le)

Dossier 113 (Le)

Monsieur Lecoq

Petit vieux des Batignolles (Le)

Émile Gaboriau, l'auteur du Crime d'Orcival, est important en tant que précurseur pour le genre roman policier, mais ses intrigues sont toujours relativement simples et prévisibles.  Agatha Christie, par exemple, a perfectionné la recette.  Il y a chez elle plus de coupables plausibles et elle sait garder ses cartes dans ses manches plus longtemps.

Quand on découvre Berthe de Trémorel massacrée à ce point, on pense tout de suite qu'elle a dû faire quelque chose de mal.  Et quel grand crime une femme mariée pouvait-elle commettre au 19ème siècle ?  C'était de tromper son mari.

Quant à l'identité du meurtrier, on se méfie des Bertaud et de Guespin, des suspects trop évidents.  Le mari, Trémorel,  est un suspect qui en vaut bien d'autres, parce qu'apparemment insoupçonnable.  D'autant plus que son corps n'est pas retrouvé.

On ne connaît pas tous les détails de l'histoire, mais on a déjà fait un bon bout de chemin.

Le fait que les Trémorel, au début, semblaient bien s'entendre et être bien considérés du voisinage n'est pas vraiment un embêtement, parce qu'on sait qu'il ne faut pas se fier aux apparences.

Au fur et à mesure que l'histoire s'étoffe, on apprend qu'Hector de Trémorel est en fait le deuxième mari de Berthe.  Trémorel était venu s'installer à Orcival du vivant du premier mari, Clément Sauvresy, décédé d'une maladie aussi mystérieuse qu'imprévisible.  La situation ressemble à celle d'un triangle amoureux.  Sauvresy, Berthe et Trémorel semblaient très bien s'entendre, mais on sait que cela peut n'être qu'une façade.  Berthe ne trompait-elle pas Sauvresy avec Trémorel ?  Berthe et Trémorel n'ont-ils pas assassiné Sauvresy ?  Alors pourquoi Sauvresy ne les dénonce-t-il pas ?  Cela peut s'expliquer par la conception de l'honneur et les moeurs du 19ème siècle.

Dans un roman populaire, on peut très bien imaginer une situation où un mari se sachant empoisonné par sa femme refuserait de dénoncer cette dernière pour, par exemple, éviter de salir la réputation de la mère de ses enfants.

Aussi, quand Sauvresy demande à Berthe et à Trémorel de se marier après sa mort, ce n'est pas nécessairement pour les récompenser, mais peut-être pour les punir.  Le mariage est pour la vie, c'est donc comme enfermer deux personnes dans la même cellule.  Si ces deux personnes se détestent le temps leur paraîtra long. 

Bref, on n'est pas dupe de grand-chose dans ce roman, qui rappelle La corde au cou, parce que la situation des Trémorel est comparable à celle des Claudieuse, que le juge d'instruction Domini est décrit, comme dans la plupart des romans de Gaboriau, comme un austère fanatique de la justice et que le docteur Gendron n'est pas sans rappeler le docteur Seignebos.

Tout arrive, dans ce roman, à cause d'une mésalliance.  Clément Sauvresy a commis une grave erreur en épousant une femme trop pauvre et trop jolie pour lui.  Ils avaient l'air de parfaitement s'entendre mais, en fait, Berthe n'a jamais aimé son mari, qu'elle a épousé pour son argent.  On peut penser que Berthe n'a jamais été destinée à se contenter d'un homme aussi terne et ordinaire que Sauvresy.  Berthe a évidemment préféré Trémorel, un aventurier séduisant, dès qu'elle l'a vu.  Chez Simenon, qui a poursuivi la tradition du roman populaire avec les mêmes ficelles et les mêmes préjugés, on trouve de nombreuses histoires de mésalliances, comme Le petit homme d'Arkhangelsk, Lettre à mon juge, En cas de malheur, Maigret et Monsieur Charles, La péniche aux deux pendus, La patience de Maigret et Maigret et le client du samedi.  On trouve aussi des mésalliances chez Agatha Christie, comme dans La mort n'est pas une fin et Les vacances d'Hercule Poirot.

La comparaison entre Sauvresy et Trémorel rappelle La cigale et la fourmi de Jean de La Fontaine.  Trémorel est la cigale qui dépense tout son argent pour ses plaisirs, sans se préoccuper de l'avenir, tandis que Sauvresy représente la fourmi, peu flamboyante, mais sensée et travailleuse.  Trémorel est puni à la fin.  Sauvresy ne triomphe pas, mais ce sont ceux qui le vengent qui triomphent à sa place.

L'auteur bâtit la cause de l'accusation, dans ce roman.  Sauvresy est tout blanc, alors que Berthe et Trémorel sont tout noir.  Sauvresy était un homme bon et dévoué, prêt à satisfaire tous les caprices de sa femme et qui a aussi sauvé son ami Trémorel du déshonneur.  Berthe et Trémorel ont d'autant plus eu tort de le tromper odieusement.  Berthe et Trémorel ne pouvaient s'attendre qu'aux châtiments les plus sévères.

C'est peut-être Berthe qui a commis les fautes les plus graves.  C'est pourquoi elle finit défigurée et foulée aux pieds.  Berthe dominait son mari, alors que la morale du 19ème siècle prêchait plutôt la soumission aux femmes.  Voir Michelet.  Berthe a trompé son mari, ce qui est une faute grave.  Voir à nouveau Michelet.  C'est Berthe qui a empoisonné son mari.  Elle dominait aussi Trémorel et manifestait sa jalousie envers Jenny Fancy et Laurence Courtois.

 Trémorel est à peine moins coupable, puisqu'il a trompé la confiance d'un ami qui l'avait aidé.  Mais le comportement de Trémorel n'est pas vraiment étonnant, car il n'a jamais vraiment eu le sens de l'honneur.  Trémorel prend un peu les accents du marquis de Sade et de Schopenhauer quand il prétend que l'altruisme est d'abord motivé par l'égoïsme et qu'on ne doit conserver ses amis qu'en autant qu'ils nous servent.

Quoi de mieux pour punir deux grands criminels que de les enchaîner à la même chaîne.  Ce n'est pas pour le bonheur de Berthe et Trémorel que Sauvresy les force à se marier, mais pour les punir l'un par l'autre.  Sauvresy veux obliger les deux coupables à se détester le reste de leurs jours.  D'ailleurs Berthe et Trémorel se détestent déjà du vivant de Sauvresy.

Cette impossibilité d'être heureux est partagée par plusieurs des personnages de ce roman.  Il n'aiment pas ce qu'ils ont et préfèrent autre chose.  Ils n'apprécient ce qu'ils ont que quand il est trop tard.  Berthe méprisait Sauvresy vivant et n'apprend à l'aimer que sur son lit de mort.  Jenny Fancy n'aimait pas vraiment Trémorel quand il était riche, mais était prête à tout pour lui quand il fut ruiné.  Trémorel aimait réellement Laurence Courtois mais, à ce moment, il était trop tard pour lui.

Trémorel ne peut avoir Laurence Courtois, parce qu'il s'était trop compromis auparavant avec de mauvaises femmes, comme Pélagie Taponnet, alias Jenny Fancy, cette "fille de rien" "sans la moindre distinction".  On peut reconnaître ce genre de femme grâce à certains caractères, comme l'apparence, le comportement, mais aussi les origines.  Pélagie était marquée, en tant que soeur adultérine du valet de chambre de Trémorel.  Ses origines expliquent sa vie débauchée, de même que sa fin misérable.

Pélagie Taponnet n'était pas une femme honorable, mais d'autres personnages du roman ont un honneur à préserver, comme Laurence Courtois et M. Plantat.  C'est pourquoi l'auteur, par la bouche de M. Plantat, juge prudent de tenir le plus possible les détails de l'affaire à l'abri du public, pour éviter le scandale, l'étalage de la vie privée de Laurence et l'exploitation du fait divers par les journauxSimenon utilise cette tactique dans plusieurs de ses romans, comme Le destin des Malou, Le voyageur de la Toussaint, Oncle Charles s'est enfermé ou Le port des brumes, pour préserver l'honneur de la bourgeoisie.

A la fin du roman Laurence Courtois épouse M. Plantat.  Ce n'est pas un premier choix, parce qu'il y a une grande différence d'âge entre les époux mais, dans sa situation, Laurence aurait sans doute difficilement trouvé un autre mari.  Elle ne pouvait guère espérer mieux que le dévoué et bon M. Plantat.  Étant donné que cette union n'est pas tout à fait conforme à la morale, les deux époux partent pour l'Italie, peut-être pour ne plus revenir.

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, Baptiste.

Domestique de M. Courtois; écoute aux portes; fait ce qu'il veut; le domestique qu'on ne gronde jamais.

Bertaud, Jean.

Dit La Ripaille; père de Philippe; braconnier et maraudeur; teint hâlé; a souvent maille avec la justice; mauvais drôle; remis en liberté; reçoit 4,000 francs de récompense; [son arrivée et celle de son fils ont précipité la fuite de Trémorel]; lui et son fils ont découvert le cadavre de Berthe de Trémorel.

Bertaud, Philippe.

Fils de Jean; braconnier et maraudeur.

Charman, Mme.

Marchande à la toilette; vend de tout; fait crédit à 200 % d'intérêt; pas encore fortunée parce que trop honnête; blonde; mince; douce; porte toujours des robes de soie noire; mariée ?; sa conduite est au-dessus de tout soupçon; craint M. Lecoq; permet de retrouver Pélagie Taponnet; traitée durement par Lecoq.

Commarin.

Accusé d'avoir assassiné la veuve Lerouge; arrêté par Tabaret et Lecoq; innocent; voir L'affaire Lerouge.

Courtois, Laurence.

Fille aînée de M.; enceinte; maîtresse du comte de Trémorel ?; gracieuse; naïve; candide; belle; séduite par Trémorel; s'est enfuie avec Trémorel; victime d'un odieux scélérat; parle anglais; candide et pure; divine ignorance du mal; vingt ans; n'aime plus Trémorel mais veut partager son sort; méprise Trémorel; meurtrière de Trémorel; épouse M. Plantat.

Courtois, Lucile.

Plus jeune des filles de M. Courtois.

Courtois, M.

Maire d'Orcival; ancien fabricant de toiles peintes; a commencé sans un sous; 30 ans plus tard s'est retiré avec 4 millions; marié; petit; gros et rouge; ami du comte de Trémorel; avait pensé donner sa fille Laurence en mariage à Trémorel; vend son domaine d'Orcival et part s'établir dans le Midi; père de Laurence et de Lucile.

Denis, Mme.

Ancienne cuisinière des Trémorel; vient de se marier.

Domini, Antoine.

Juge d'instruction; remarquable; quarantaine d'années; fort bien de sa personne; physionomie trop grave; trop solennel; sort peu; reçoit peu; célibtaire; fanatique de la justice; naturellement gai; a de l'esprit; consciencieux; inflexible; entêté; sang-froid; aime pas la police; sens du devoir.

, François.

Valet de chambre d'Hector de Trémorel.

Goulard.

Vigoureux; quarantaine d'années; tournure soldatesque; moustache rude taillée en brosse; sourcils touffus; yeux luisants; futé; sournois; air louche; grosse voix enrouée et brisée par l'alcool; [déprécié]; raillé par Lecoq; admire Lecoq quand il apprend son identité.

Gendron.  

Soixantaine d'années; docteur; célèbre; habileté hors ligne; original; sceptique; brutal [ressemble à Seignebos de La corde au cou. Plusieurs détails du roman rappellent La corde au cou : le comte + la comtesse + le juge + Gendron]; s'intéresse à la chimie; 20,000 livres de rentes; met au point un appareil pour détecter les poisons; méprise l'humanité; philanthrope.

Gévrol.

Maître et rival de Lecoq.

Guespin.

Domestique des Trémorel; jardinier; bon garçon; raconteur d'histoires; connaît tout; a été riche; noceur; longs cheveux noirs et plats; boit; dépense son argent aux cartes et en femmes; débauché; joueur; ivrogne; paresseux; a été condamné pour tapage nocturne et attentat aux mœurs; fils de M.; a dilapidé la fortune de son père; faisait vendre des fraises et des raisins des Trémorel par Jean Bertaud; vieilli de 20 ans; à moitié fou; aimable et poli; remis en liberté; reçoit 20,000 francs de récompense à condition d'aller s'établir dans son pays.

Guespin.

Père du jardinier des Trémorel; presque riche; possédait de vastes jardins; habile horticulteur; veuf; mort quand son fils avait vingt ans; léguait pour cent mille francs de terres.

, Janouille.

Bonne de M. Lecoq; robuste virago; en prison 10 ans à Fontevrault; très forte; avait été condamnée pour infanticide et incendie; remarquable cordon bleu.

Job M.

Un des lieutenants de M. Lecoq.

Lecoq, M.

De la sûreté; policier; caméléon; prend l'apparence qu'il veut; cheveux plats blond de Paris; favoris; face blême bouffie de mauvaise graisse; gros yeux à fleur de tête; sourire candide; lèvres épaisses; longues dents jaunes; costume terne; observateur; élève du père Tabaret; policier-devin; vaniteux; poigne plus dure qu'un étau; énergique; audacieux; fortes études; a été calculateur chez un astronome; aimait les femmes et le jeu; a songé à devenir criminel; intelligent; génie investigateur; as du déguisement; 35 ans; œil fier; cheveux noirs bouclés; teint pâle; a une maîtresse dont il se méfie ?; policier depuis quinze ans; ne peut s'empêcher d'en vouloir aux criminels qu'il est censé arrêter; célèbre; sa devise est : toujours vigilant.

Lenfant, M.

Propriétaire de l'auberge du Grenadier fidèle; grand; taillé en hercule; haut en couleur; mari de Mme.

Lenfant, Mme.

Femme de M.; maîtresse femme; forte.

, Louis.

Jardinier de M. Plantat; de génie; peu causeur et peu curieux.

Pâlot.

Grand garçon; face blême; petites moustaches chétives; un des agents de M. Lecoq.

Petit, Mme.

Cuisinière gouvernante de M. Plantat; veuve; bavarde; a souffert de ne pouvoir parler; une des plus mauvaise langue d'Orcival.

Plantat.

Juge de paix d'Orcival; le père Plantat; ancien avoué de Melun; a perdu le même mois sa femme et ses deux fils de 18 et 22 ans; anéanti pas son malheur; a vendu son étude d'avoué à moitié prix; intelligent; collectionne les pétunias; joue l'indifférence pour tout; grand; maigre et nerveux; cheveux courts; yeux inquiets; nez fort long et mince comme une lame de rasoir; calme; froid; impassible; amoureux de Laurence Courtois; vieux finaud; sympathie pour Lecoq; rusé; détaché du monde; replié sur lui-même; aime les livres; adore le jardinage; aime le silence; était dépositaire du texte accusateur de Sauvresy; avait des scrupules à aimer Laurence Courtois; 55 ans; épouse Laurence Courtois; part avec elle pour l'Italie au moins pour un an, donne sa propriété d'Orcival à M. Lecoq; [Il y a une grande différence d'âge entre Plantat et Laurence Courtois, c'est en partie pourquoi ils partent en Italie. Aucun autre homme n'aurait voulu de Laurence Courtois. Plantat n'a aucune autre famille, il ne lèse personne.]

Robelot.

Le rebouteur; fait le commerce des simples; fort intelligent; pratique officieusement la médecine à été garçon de laboratoire du docteur Gendron; petit; vêtu comme un artisan aisé; chétif en apparence mais force herculéenne en réalité; cheveux coupés en brosse; front large et intelligent; ambitieux; audace cynique; ressemble à un odieux gamin de Paris; poursuivi plusieurs fois pour exercice illégal de la médecine; possède des terres; soigne aussi les animaux; coquin; avait vendu à Berthe le poison qui a tué Sauvresy; avait volé le poison au docteur Gendron; suicidé; tentative de meurtre sur M. Plantat.

Sauvresy, Clément.

Connaissance de M. Courtois; mort depuis environ deux ans; premier mari de Berthe de Trémorel; héritier d'un des plus riches propriétaires du pays; sans famille; [mésalliance en épousant Berthe]; cœur d'or; naïf; crédule; foudroyé par une maladie imprévue [empoisonné par sa femme et Trémorel]; avait environ trente ans; robuste comme un chêne; voulait que Berthe épouse Trémorel [soit qu'il est considéré responsable de la mésalliance, soit il y a une affaire d'honneur, soit il veut les obliger à se marier pour les punir]; n'avait pas d'enfant; un peu gros; même âge que Trémorel; franc et bon; camarade de collège de Trémorel; trop soumis envers sa femme; avait sauvé Trémorel du suicide et de la misère; avisé et travailleur; trop modeste; déteste les "filles"; [voulait que Trémorel et sa femme se marient pour les punir parce qu'ils s'haïssent : sadisme]; mort extrêmement douloureuse; empoisonné par Berthe.

Tabaret.

Le père Tabaret; maître et ami de M. Lecoq.

Taponnet, Pélagie.

Jolie; ancienne maîtresse entretenue d'Hector de Trémorel; dite Jenny Fancy; a eu du succès dans le demi-monde parisien; sœur adultérine du valet de chambre d'Hector de Trémorel; mains délicates; pieds mignons; superbe cheveux châtains; dents blanches; grands yeux noirs insolents ou langoureux; pas fort intelligente; était dans la misère avant sa rencontre avec Trémorel; n'aimait pas Trémorel; s'ennuyait; 19 ans; grisette; [la demoiselle de La Belle-Image]; tapageusement élégante; a perdu de l'argent dans un commerce de modiste; sans la moindre distinction; fille de rien; tombée dans une misère relative; une fille; sans famille; après la mort de Sauvresy s'est adonnée à la débauche et à la boisson; faisait chanter Trémorel; péronnelle; honnête au fond paye une dette à Mme Charman; sa beauté est détruite; n'a pas vingt ans; vieille comme le vice; traits fatigués; joues flasques; hébétée; air misérable; outrageusement maquillée; hait maintenant Trémorel.

Trémorel, Berthe de.

Comtesse; femme du comte; frais visage riant; beaux yeux parlants; bouche fine et spirituelle; défigurée par le coupable; vêtements en lambeaux [a fait quelque chose de mal]; a reçu plus de 20 coups de couteau; frappée avec un bâton ou un marteau; foulée aux pieds; ange; a été reine du pays par la beauté; veuve de Clément Sauvresy; née Berthe Lechaillu; fille d'un pauvre instituteur de village [mésalliance]; grande yeux bleus; admirables cheveux blonds; était pauvre; digne; n'aimait pas son mari; insatisfaite de son sort; hypocrite; énergique et déterminée; amoureuse de Trémorel; dominatrice; jalouse; perverse; a empoisonné Sauvresy; a payé 40,000 francs le poison de Robelot; victime de Trémorel.

Trémorel, Hector de.

Comte; propriétaire du domaine de Valfeuillu; mari de Berthe; 34 ans; beau; spirituel; parfois accès de mélancolie; aimable; poli; obligeant; estimé et adoré de tout le monde; lui et sa femme avaient cent mille francs de rentes; depuis 5-6 mois vendait ses terres pour acheter de la rente; marié depuis dix mois; ancien camarade de collège de Clément Sauvresy; logeait chez les Sauvresy à Valfeuillu; jeunesse orageuse et débauchée; a beaucoup dépensé; avait une maîtresse de Paris ? [Pélagie Taponnet]; très affecté par la mort de Sauvresy ??; coupable du meurtre de sa femme; avait une longue barbe; jeunesse tumultueuse; viveur; a dilapidé sa fortune; gâté; vaniteux; égoïste farouche; manque absolu de principe; a été l'amant de la femme d'un banquier; jouait; puérile imprévoyance; gracieux; distingué; supériorité innée; haïssait Sauvresy parce que celui-ci l'avait sauvé; n'a jamais aimé Berthe; a commis une infamie réfléchie en courtisant la femme de Sauvresy; cousin du duc de Samblemeuse; allié des Commarin-d'Arlange; réellement amoureux de Laurence Courtois; sans scrupules; dangereux; capable de tout; a horreur de Berthe qui empoisonne Sauvresy; le plus lâche et le plus infâme des hommes; perfide; lâche gredin; a commis d'abominables crimes; faux nom = James Wilson; victime de Laurence Courtois [justice expéditive]; voulait faire accuser Guespin.

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A dix-huit ans, sa beauté [à Berthe de Trémorel] était célèbre à trois lieues à la ronde, mais comme elle n'avait pour toute dot que ses grands yeux bleus et d'admirables cheveux blonds, les amoureux, - c'est-à-dire les amoureux pour le bon motif, - ne se présentaient guère.


- 2 -

Il [Clément Sauvresy] demanda la main de Berthe, l'obtint, et, un mois après, il l'épousait en plein midi, au grand scandale des fortes têtes de la contrée, qui allaient répétant :

- Quelle folie ! A quoi sert d'être riche, si ce n'est à doubler sa fortune par un bon mariage ! 


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Reine absolue du plus beau domaine du pays, entourée de toutes les satisfactions du luxe, disposant à son gré d'une fortune considérable, aimée, adorée, elle [Berthe de Trémorel] se trouvait à plaindre.

Cette vie si bien ordonnée, si constamment heureuse, sans inquiétudes, sans secousses, lui paraissait d'une écoeurante insipidité. N'était-ce pas toujours les mêmes plaisirs fades, revenant dans un certain ordre monotone selon les saisons ! On recevait ou on allait dans le monde, on montait à cheval, on chassait, on se promenait en voiture. Et ce serait toujours ainsi !

Ah ! Ce n'était pas là une vie telle qu'elle l'avait rêvée. Elle était née pour des jouissances plus vives et plus âpres. Elle avait soif d'émotions et de sensations inconnues, souhaitant l'incertitude de l'avenir, l'imprévu, les transitions, des passions, des aventures, bien d'autres choses encore.


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Puis, Sauvresy lui avait déplu [à Berthe] dès le premier jour, et sa secrète aversion allait grandissant à mesure qu'elle devenait plus sûre de son empire sur lui.

Elle le trouvait commun, vulgaire, ridicule. Il ne posait jamais et elle prenait pour de la niaiserie la parfaite simplicité de ses manières. Elle l'examinait, et elle ne lui voyait aucun relief où accrocher une admiration. S'il parlait, elle ne l'écoutait pas, ayant depuis longtemps décidé dans sa sagesse qu'il ne pouvait rien dire que d'ennuyeux ou de banal. Elle lui en voulait de ce qu'il n'avait pas eu une de ces jeunesses orageuses qui épouvantent les familles. Elle lui reprochait de n'avoir pas vécu.


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Berthe était excédée encore de l'adoration perpétuelle et sans bornes de Sauvresy. Elle n'avait qu'à souhaiter, pour être à l'instant obéie, et cette soumission aveugle à toutes ses volontés lui paraissait de la servilité chez un homme. Un homme, se disait-elle, est né pour commander et non pour obéir, pour être le maître et non l'esclave.

Elle aurait, à tout prendre, préféré un de ces maris qu'on guette à la fenêtre, qui rentrent au milieu de la nuit, chauds encore de l'orgie, ayant perdu au jeu, ivres, et qui, si on se plaint, frappent. Des tyrans, mais des hommes. 


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Elle [Berthe] se connaissait et avouait que, pour peu que Sauvresy l'eût voulu, elle eût été sa maîtresse et non pas sa femme. Il n'avait qu'à vouloir, l'honnête homme, l'imbécile !… Elle s'ennuyait tant chez son père, égratignant jusqu'au sang toutes ses vanités aux épines de la misère, que sur la promesse d'un bel appartement et d'une voiture à Paris, elle serait partie sans seulement tourner la tête pour envoyer un dernier adieu au toit paternel.


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Ah ! Sauvresy lui avait tendu la main [à Trémorel] quand il se noyait ! Sauvresy le recueillait après l'avoir sauvé, il lui ouvrait son cœur, sa maison et sa bourse […] Les hommes de la trempe du comte de Trémorel ne peuvent recevoir que comme des outrages tant et de si grands services. […]

D'ailleurs, pensait-il, jugeant sur le sien le cœur de son ami, n'est-ce pas uniquement par orgueil, par ostentation, qu'il se conduit si bien en apparence avec moi ? Que suis-je à son château, sinon le vivant témoignage de sa munificence, de sa générosité et de son dévouement ? […] 


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Si, en effet, notre monde est horrible à ce point que la confiance y soit une sottise, il [Sauvresy] fut un sot, cet homme de cœur qu'on trompait sous ses yeux, dans sa maison. Il fut un sot, car il avait foi en sa femme et en son ami [Berthe et Trémorel].


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Quoi ! C'était Berthe et Hector qui le [Sauvresy] trompaient, qui le déshonoraient. Elle, une femme aimée jusqu'à l'idolâtrie; lui, son meilleur, son plus ancien ami. Une malheureuse qu'il avait arrachée à la misère, qui lui devait tout; un gentilhomme ruiné qu'il avait ramassé le pistolet sur la tempe et qu'il avait recueilli ensuite. 


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Que lui [Trémorel] importait Sauvresy ! La vie de l'homme fort n'est qu'une suite d'amitiés brisées. Qu'est-ce, en somme, qu'un ami ? Un être qui peut et doit vous servir. L'habileté consiste précisément à rompre avec les gens, le jour où ils cessent de vous être utiles. 


- 11 -

Dans les circonstances ordinaires de la vie, trois partis se présentent pour servir la colère et la haine du mari trompé. Il a le droit, presque le devoir, de livrer sa femme et son complice aux tribunaux. La loi est pour lui. Il peut épier adroitement les coupables, les surprendre et les tuer. Il y a un article du code qui ne l'absout pas, mais qui l'excuse. Enfin, rien ne l'empêche d'affecter une philosophique indifférence, de rire le premier et le plus haut de son malheur, de chasser purement et simplement sa femme et de la laisser manquer de tout.

Mais quelle pauvres, quelles misérables vengeances !

Livrer sa femme aux tribunaux ? N'est-ce pas, de gaîté de cœur, courir au-devant de l'opprobre, offrir son nom, son honneur, sa vie, à la risée publique ?


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M. Lecoq parlait avec une animation extraordinaire, et comme s'il eût quelques motifs personnels d'animosité contre le comte de Trémorel. Il est ainsi fait, et l'avoue volontiers en riant, il ne peut s'empêcher "d'en vouloir" aux criminels qu'il est chargé de poursuivre. Entre eux et lui, c'est un compte à régler. De là, l'ardeur désintéressée de ses recherches. Peut-être est-ce chez lui simple affaire d'instinct, pareil à celui qui pousse le chien de chasse sur la trace du gibier.


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- [M. Plantat] Des ménagements ? Eh ! la justice en pourrait-elle garder, quand elle le voudrait, avec cette absurde publicité qu'on donne maintenant aux débats ! Vous [M. Lecoq] toucherez le cœur des magistrats, je le veux bien; attendrirez-vous cinquante journalistes qui, depuis que le crime du Valfeuillu est connu, taillent leurs plumes et préparent leur papier ? Est-ce que les journaux ne sont pas là, toujours à l'affût de ce qui peut piquer et révéler la malsaine curiosité de la foule. Pensez-vous que, pour nous plaire, ils vont laisser dans l'ombre ces scandaleux débats que je redoute et auxquels le grand nom et la situation du coupable [Trémorel] donneront un attrait immense ? Est-ce qu'il ne réunit pas, ce procès, toutes les conditions qui assurent le succès des drames judiciaires ? Oh ! rien n'y manque, ni l'adultère, ni le poison, ni la vengeance, ni le meurtre. Laurence [Courtois] y représentera l'élément romanesque et sentimental. Elle deviendra, elle, ma fille, une héroïne de Cour d'assises. C'est elle qui intéressera, comme disent les lecteurs de la Gazette des Tribunaux. 


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Ainsi, le jour où Laurence, la pauvre enfant, éprise de Trémorel, s'était laissé serrer la main en se cachant de sa mère, elle était une fille perdue.


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Quinze jours plus tard, à la grande surprise des badauds d'Orcival, qui n'ont jamais su le fin mot de l'histoire […] cette affaire du Valfeuillu restée fort obscure dans le public […]  

[Il est nécessaire d'user de discrétion quand des crimes impliquent des gens de la haute société, comme chez Simenon]

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