La corde au cou (1873)

Tous les titres :

Affaire Lerouge (L')

Corde au cou (La)

Crime d'Orcival (Le)

Dossier 113 (Le)

Monsieur Lecoq

Petit vieux des Batignolles (Le)

Sans trop de surprises, nous nous apercevons qu'une question de morale est au coeur de La corde au cou d'Émile Gaboriau.  On ne sait pas de quoi il s'agit au début, mais l'auteur sème des perles qui aident à y voir plus clair.

Émile Gaboriau essaie de nous induire en erreur, au commencement.  Les Claudieuse sont décrits d'une manière tellement louangeuse, qu'on ne peut pas imaginer que ces gens aient pu commettre des crimes.

Deux faits attirent, cependant, notre attention.  Premièrement, la grande différence d'âge entre le comte de Claudieuse et sa femme.  Dans les temps passés, il y avait toutes sortes de règles qui régissaient le mariage.  Des règles à propos des classes sociales, de l'honorabilité, de la direction de la famille, etc.  Une de ces règles prescrivait qu'une différence d'âge acceptable entre les époux était d'environ dix ans ou moins.  Vingt sept ans de différence semblent trop.  Il s'agissait quasiment d'une incitation au crime, parce qu'il était impossible qu'une jeune épouse se contente d'un vieux mari.  Le deuxième fait troublant est l'ampleur de la catastrophe qui frappe les Claudieuse : la destruction totale de la propriété et pour ainsi dire la ruine.  Les Claudieuse ont dû faire quelque chose pour mériter une telle calamité.

Le premier suspect est le comte de Claudieuse qui, bien qu'ayant l'air parfaitement honorable, a pu, dans le passé, commettre un crime pour lequel les victimes viennent se venger, comme dans Le signe des quatre de Conan Doyle.

Attardons-nous un peu à la description du comte de Claudieuse et de manière générale à celle de tous les aristocrates, dans les romans de Gaboriau.  Ce sont toujours les mêmes mots qui reviennent.  Les aristocrates sont durs, violents, emportés, méprisent toutes les autres classes sociales, mais sont aussi courageux, forts et ont un très haut sens du devoir et de l'honneur.  Ces derniers traits rachètent beaucoup de choses.

Peut-être Émile Gaboriau, était-il un républicain qui profitait de ses romans pour condamner les monarchistes extrémistes ?  Le comte de Claudieuse est décrit comme un légitimiste extrémiste, tandis que les Boiscoran semblent plus progressistes et ce sont les Boiscoran qui triomphent à la fin.  Sans oublier le rôle joué par le docteur Seignebos, désigné comme un radical.  Seignebos a toujours dit que Cocoleu était un simulateur et un faux témoin et a toujours eu raison.

Ce qu'on n'aime pas des aristocrates, c'est leur arrogance et leur absolutisme, leur mépris des autres classes sociales.  Quand le pouvoir est absolu, ceux qui ne sont pas au pouvoir ne sont rien.   Les bourgeois républicains sont ceux qui sont compétents, qui font tourner l'économie, qui font que la société existe.  Ils veulent du pouvoir.  Ils veulent leur place au soleil.  Les aristocrates sont dépensiers.  Ils aiment les belles maisons, les fêtes, les honneurs, les cérémonies, le personnel nombreux, mais ne savent pas toujours gagner de l'argent.  L'argent doit être gagné avant d'être dépensé.  Là est la querelle entre les bourgeois et les aristocrates.  Du point de vue de l'honneur et de la compétence les Claudieuse et les Boiscoran semblent égaux.  Ce qui les différencie est ailleurs.

Les premiers témoignages désignent Jacques de Boiscoran comme l'incendiaire et celui qui aurait tiré sur le comte de Claudieuse.  Mais seul Cocoleu, en fait, prétend avoir vu Boiscoran allumer l'incendie et tirer sur le comte.  Les autres témoins ont seulement vu Boiscoran se promener dans les bois.  Quiconque est familier avec les romans populaires se doute bien qu'il s'agit d'un quiproquo.  La présence suspecte de Boiscoran devait avoir une autre explication.

Le témoignage de Cocoleu pouvait s'expliquer par une vengeance.  Cocoleu est un quasi animal, susceptible d'avoir des rancunes d'animal.  Si Boiscoran avait déjà fait du mal à Cocoleu ou à la comtesse de Claudieuse, Cocoleu pouvait profiter de son témoignage pour se venger.

Nous progressons un peu dans notre enquête quand nous apprenons que la comtesse de Claudieuse et Jacques de Boiscoran ne désirent pas se rencontrer dans les réceptions.  La comtesse et Boiscoran auraient-ils été amants ?  Y aurait-il eu rupture et querelle ?  Ce soupçon est renforcé quand on apprend que Boiscoran a effectivement eu une maîtresse, dont on ignore d'abord l'identité.  Si on ignore l'identité de la maîtresse, ce doit être quelqu'un qu'on connaît déjà.  Tout cela jusqu'à ce que Jacques de Boiscoran confirme lui-même avoir été l'amant de Geneviève de Claudieuse.

A ce moment, on possède tous les éléments d'une belle tragédie : la grande différence d'âge entre les Claudieuse, le fait que le comte de Claudieuse ait quasiment acheté sa femme, l'infidélité de l'épouse et sa conséquence, l'illégitimité d'une de ses filles Berthe.  Des propriétés peuvent bien brûler pour moins que cela.

Le juge Galpin-Daveline a le mauvais rôle d'être obligé de soutenir l'accusation.  Il pense profiter de l'occasion pour favoriser sa carrière, mais il ne respecte pas, en cela, le principe qui veut que la justice soit neutre et impartiale. 

Quand on pense à un accusé, généralement, on pense à celui qui est au banc des accusés.  On ne pense pas à un juge comme à un accusé.  Pourtant, si un juge ne fait pas son devoir selon les règles, si un juge utilise ses pouvoirs pour régler des comptes personnels, il devient un coupable et mérite d'être puni.  Galpin-Daveline est envoyé en Afrique, à la fin.  C'est sa punition.  Tous les méchants doivent être punis.  Tous les bons doivent être récompensés. 

Les bons, ici, sont ceux qui travaillent pour la défense, mais encore faut-il y travailler d'une manière désintéressée.

Le greffier Méchinet, honnête homme, collabore avec la défense, au risque de sa carrière et de sa liberté, sans d'abord accepter l'argent de Denise de Chandoré.  Il sera finalement récompensé par Jacques de Boiscoran, qui lui enlèvera ses soucis d'argent.

Ce ne sera pas le cas des Blangin.  Si ceux-ci se font complices des Boiscoran, ce sera contre la forte somme.  Les dernières pages du récit précisent que cet argent est pratiquement tout dépensé.  Un bien mal acquis ne profite jamais.

Frumence Cheminot sera récompensé, comme le greffier Méchinet, par un bon emploi que lui procurera Jacques de Boiscoran, parce que c'est en partie le témoignage de Cheminot qui contribuera à innocenter définitivement Boiscoran.

Un fait qui a toujours plaidé pour l'innocence de Jacques de Boiscoran, est d'être aimé par Denise de Chandoré.  Une jeune fille si pure, si noble et si vertueuse ne peut pas se tromper dans le choix de son futur époux.

Les deux coupables les plus probables restent Cocoleu et la comtesse de Claudieuse, mais un des deux a-t-il agi seul ?  Cocoleu aurait-il obéi aux ordres de la comtesse ?  Si Cocoleu a agi seul, a-t-il commis ses crimes pour se venger lui-même ou pour venger la comtesse ?  La comtesse aurait-elle assassiné elle-même son mari ?

Le coupable le plus commode est Cocoleu, c'est une manière d'éviter le pire, parce que c'est un grave crime pour une femme de tuer son mari, autant que pour un mari de tuer sa femme.   Si la comtesse avait tué son mari, elle aurait été foudroyée par le ciel.  Cocoleu est un être sans parents, sans famille, sans amis, qu'on peut sacrifier facilement.

La comtesse  est innocente du meurtre de son mari, mais coupable d'infidélité.  Sa punition sera la ruine et la perte de sa fille illégitime, Berthe.

La mort de Berthe était inévitable et programmée, parce que la société du 19ème siècle était très intolérante envers les enfants illégitimes, comme le laisse supposer le texte d'Hermann Keyserling dans son Voyage dans le temps et celui de Jules Michelet dans L'amour.

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, Antoine M. 

Valet de chambre de Jacques de Boiscoran; cinquantaine d'années; fort alerte; veuf; sa fille est au service de la marquise de Boiscoran; fait partie de la famille; formaliste; irréprochable tenue d'un gentleman anglais.

Barousse.  

Policier; fin comme de l'ambre; brave garçon; parle anglais.

Blangin.  

Geôlier de la prison de Sauveterre; mari de Colette Blangin; âpre au gain; avare; brave; arrêté pour l'évasion de Jacques de Boiscoran; lui et sa femme ont presque tout dévoré de l'argent donné par Denise de Chandoré [bien mal acquis].

Blangin, Colette.  

Femme du geôlier; forte et robuste; 45 ans; brune; épais duvet noir à la lèvre supérieure; a des enfants.

Boiscoran. 

Marquis de; père de Jacques; maître d'une belle fortune territoriale; député sous Louis-Philippe; représentant en 1848; retiré des affaires; collectionne les bibelots artistiques; mari de Mme; demeure richement meublée; 61 ans; droit comme un I; maigreur diplomatique; grand nez; [on imagine ça avec un bonnet de nuit]; bouche large encore bien meublée; petits yeux brillants; admirateur du roi-citoyen; ami du repos; estime le comte de Claudieuse; doute être le père de Jacques [Jacques est légitime].

Boiscoran, Louis Trivulce Jacques de.   

Galant homme; jeune; relations difficiles avec le comte de Claudieuse; aime Paris et le monde; orléaniste; démocrate; courageux au combat; républicain; bien de sa personne; santé admirable; immensément riche; estimé; aime éperdument Mlle Denise de Chandoré; censé l'époouser; fils du marquis et de Mme; 26-27 ans; brun; grand; vigoureux; physionomie ouverte et intelligente; loyal et généreux; franche gaieté; décoré pendant la guerre; respecte le comte de Claudieuse; a eu une grande passion; faux nom = M. Burnett un Anglais; noble caractère; admirable loyauté; vifs sentiments de l'honneur; a été amant de Geneviève de Claudieuse; 6 ans plus jeune que Geneviève de Claudieuse; père d'une des filles de Geneviève : Berthe; faux témoignage au procès [??]; reconnu coupable; condamné à 20 ans de travaux forcés; innocenté par les aveux de Cocoleu et les témoignages de Suky Wood et Frumence Cheminot; libéré; épouse Denise de Chandoré.

Boiscoran, Mme de.  

Femme du marquis; mère de Jacques; née de Chalusse; charmante et spirituelle; à la seule condition de respecter la passion de son mari règne despotiquement au logis; administre la fortune; régente Jacques; 6-8 ans plus jeune que son mari; beauté jadis célèbre; décidée.

Bolton.  

Tambour; mort dans l'incendie de Valpinson; 30 ans; laisse sa mère dans le deuil.

Burnett, Francis. 

Sir; ami de Jacques de Boiscoran; gentleman anglais; en Australie ou mort ?; envoyé par son père à Madras pour y régler une très importante affaire de banque.

Champdoce,  Duhesse de.  

Connaissance des Claudieuse et des Boiscoran.

Chandoré, Baron de.  

Vieux; ami des Claudieuse; grand-père de Denise; brusque; sévère; dur transformé en papa gâteau pour Denise; haute stature; carrure puissante; 72 ans; bâti pour défier tous les orages de la vie; teint rouge brique; barbe, sourcils et cheveux blancs; bonté presque enfantine; a eu un fils qui est mort; la femme de son fils est morte après lui; la plus respectable expression de l'honneur.

Chandoré, Denise de.  

Aime follement Jacques de Boiscoran; fiancée de Boiscoran; petite-fille du baron; brave fille; orpheline; père tué en duel à la suite d'une discussion futile; mère demoiselle de Lavarande morte peu après son mari; gâtée par son grand-père et ses tantes; qualités si rares et si exquises; va avoir 20 ans; petite et gracieuse; rare et exquise perfection; cheveux noirs abondants; yeux bleus; teint d'une éblouissante blancheur; angélique douceur; excessive timidité [vertus de la vraie jeune fille]; grande énergie; doute pas de Jacques; se préoccupe pas d'argent; la plus sainement ignorante des jeunes filles; épouse Jacques de Boiscoran.

Chapelain. 

Avoué du marquis de Boiscoran; sait garder le secret de ses impressions; maître; vieux.

Cheminot, Frumence.  

Vagabond; arrêté au moment où il escaladait une clôture; client de la prison de Sauveterre; pas méchant; incurable paresse; grand et robuste; 25-26 ans; large bouche; petits yeux rieurs; sans feu ni lieu; a hérité une propriété de son père mais a dilapidé ses biens; passion des bons cabarets; horreur du travail; amour de la boisson; on ne lui en veut pas; évadé avec la complicité de Jacques de Boiscoran; garde particulier du domaine de Boiscoran; terreur des vagabonds; a témoigné en faveur de Jacques de Boiscoran.

Claudieuse, Berthe de. 

Plus jeune des filles des Claudieuse; 4-5 ans; atteinte de la rougeole; morte; en réalité fille de Jacques de Boiscoran et Geneviève de Claudieuse.

Claudieuse, Geneviève de.  

Femme de Trivulce; vénérée; sainte des saintes; vertueuse et charitable; née Geneviève de Tassar de Bruc; fille d'un ancien camarade de promotion du comte; 27 ans de moins que son mari; père riche; fille d'un marquis; noble et calme beauté; [trop grande différence d'âge avec son mari]; mère de deux filles; parfaite; Madone; a été maîtresse de Jacques de Boiscoran; belle et gracieuse; en réalité son père était ruiné; amorale; femme forte; génie de la prudence; profonde perversité; dominatrice; a incendié Valpinson et a tiré sur son mari ? [non]; réfugiée chez son père à Paris; a grossi le Clan des révoltées; n'était pas complice de Cocoleu; [son père est un exécrable homme d'affaires].

Claudieuse, Marthe de. 

8-9 ans; gracieuse; blonde; beaux yeux bleus; intelligente; fille aînée des Claudieuse; avec sa mère ?

Claudieuse, Trivulce de. 

Comte; propriétaire du domaine de Valpinson; mari de Geneviève; très emporté; très violent; le meilleur et le plus juste des hommes; le plus considérable et le plus considéré de l'arrondissement; a été marin; était capitaine de vaisseau en 1859; a démissionné de la marine; bien de sa personne; habitudes hautaines de commandement; attitude sévère et froide; parole brève; extrême violence; la plus légère contradiction empourpre son visage; chasseur passionné; veille sur le gibier de ses terres; patriote; prêt à mourir pour la république [pour le pays en fait]; déteste Gambetta; tracassier; jaloux de son gibier jusqu'à l'absurde; forcené légitimiste; despote; ennemi acharné de Magloire Mergis; a sauvé le père de Geneviève de la ruine pour pouvoir épouser celle-ci; fou cruel; mort; [a acheté sa femme]; [trop grande différence d'âge avec sa femme].

, Cocoleu.

Infortuné; fils de Colette et d'un peintre-décorateur; idiot; begaye; bon à rien; s'est attaché à Geneviève de Claudieuse; 18 ans; très grand; extraordinairement maigre; dégingandé; cheveux roux emmêlés; front étroit et fuyant; petits yeux; large bouche meublée de dents aiguës; nez largement épaté; immenses oreilles; ruses bestiales; [lourds antécédents familiaux]; épileptique; innocent; tombe du haut mal; connaît tous les recoins du pays; hideux; plus intelligent qu'il veut le paraître ?; simulateur ?; faux témoin ?; coupable de l'incendie de Valpinson et assassin du comte de Claudieuse; condamné aux travaux forcés à perpétuité; [coupable commode].

, Colette. 

Pauvre fille de ferme; morte dans la misère; séduite par un peintre-décorateur; mère de Cocoleu.

Daubigeon.  

Successivement procureur impérial puis procureur de la République; grand ami de M. Séneschal; quarantaine d'années; regard fin; visage souriant; célibataire; estimé; optimiste; bonhomie souriante; mollesse à requérir [trop doux envers les criminels]; collectionne les beaux livres; culte pour les poètes latins; admirateur de Jacques de Boiscoran.

Domini.  

Président des assises; pénétré de la majesté de sa mission; se croit pas infaillible; froid mais bienveillant; veut faire éclater la vérité.

Du Lopt de la Gransière. 

Éloquent; soutient l'accusation contre Jacques de Boiscoran; avocat-général; ministère public.

Folgat, Manuel.  

Habile jurisconsulte; admirable orateur; recommandé par maître Chapelain; 30-32 ans; très brun; intelligent et énergique; modeste; avocat; barbe noire; deuxième défenseur de Jacques de Boiscoran.

, Fougerouse. 

La Fougerouse; grande rousse; fille d'un meunier; ancienne flamme de Jacques de Boiscoran; mariée à un saunier.

Galpin-Daveline. 

Juge d'instruction; favoris d'un blond risqué; incarnation de la gravité; jeune encore; plaisante jamais; ambitieux; voudrait un poste plus élevé; veut épouser une cousine de Jacques de Boiscoran; calculateur oblique et circonspect; monstre d'hypocrisie et d'ingratitude; envoyé en Afrique; a trahi Jacques de Boiscoran par ambition; responsable de vices de procédures lors du procès; [incompétence dans l'exercice de ses fonctions].

Gaudry.  

Le père Gaudry; vieil homme d'assez fâcheux renom; vit seul; vêtu de haillons malpropres et puants; humble et craintif; voleur de fagots; braconnier; petit homme chétif; mine sournoise; œil faux et craintif.

Goudar, M.  

Agent de police; réservé pour les opérations délicates et les expéditions scabreuses; intrépide; sang-froid; mari de Mme; père de famille; habite la campagne; adore jardiner; élève des animaux; taille moyenne; ni gras ni maigre; ni brun ni blond; ni jeune ni vieux; absence de signes particuliers; a pas l'air intelligent; aime pas son métier; blessé par Cocoleu; as du déguisement; devenu jardinier pépiniériste; a obtenu la confession de Cocoleu.

Goudar, Mme.  

25-26 ans; femme de M.; éblouissante de beauté, de jeunesse et de fraîcheur; a une petite fille de 3-4 ans blonde et rose; modeste; orpheline; a été repriseuse de dentelles et de cachemires.

Guillebault. 

Pompier; charpentier; père de cinq enfants; mort dans l'incendie de Valpinson; son fils aîné a 12 ans.

Lavarande, Adélaïde de. 

Aînée des sœurs Lavarande; célibataire; amie des Claudieuse; sœur de la mère de Denise de Chandoré; longue et mince; pâle; discrète; froideur ultra-aristocratique; sensibilité dévouée; physionomie placide; vêtements semblables à ceux d'Elisabeth; 40 ans; sœur d'Elisabeth.

Lavarande, Elisabeth de. 

Plus jeune des sœurs Lavarande; sœur d'Adélaïde; façonnée à l'obéissance passive; [voir aussi la description d'Adélaïde].

Margeril, M. de.  

Tout-puissant; connaissance des Boiscoran; a fait quelque chose à la marquise ?; détesté par le marquis de Boiscoran; a été calomnieusement désigné comme l'amant de la marquise de Boiscoran.

Méchinet.  

Greffier du juge Galpin-Daveline; petit; grisonnant; jovial; joufflu; litographe distingué; comptable expérimenté; donne des conseils de droit aux paysans; chef de la musique des pompiers et directeur de l'orphéon; correspondant de la société des auteurs dramatiques; donne des leçons d'écriture et de français, de flûte et de cornet à pistons; ambitieux; veut devenir riche; diplomate retors; informé de toutes les intrigues; célibataire; vit chez ses sœurs les demoiselles Méchinet premières couturières de la ville; honnête homme; désintéressé; débarrassé de ses problèmes d'argent par Jacques de Boiscoran; collaborait secrètement avec la défense.

Mergis, Magloire. 

Avocat choisi par Jacques de Boiscoran, habile et éloquent; intègre; guère riche; 54-55 ans; habitudes modeste et frugales; marié jeune; veuf inconsolable; respecté; républicain.

, Michel.  

Fils du fermier de Jacques de Boiscoran; robuste carrure.

Ribot.  

Fils unique d'un fermier aisé du bourg de Bréchy; grand; 25 ans; larges épaules; tête toute petite; front très bas; formidables oreilles d'un rouge vif; séducteur irrésistible; fat; coureur de femmes; beau gars; coq de village.

Seignebos, M.  

Médecin; 60 ans; petit; teint bilieux; maigre; chauve; tenue négligée; grande réputation; morgue dédaigneuse; âpreté au gain; démocrate farouche; socialiste ?; extrémiste ?; original; aime pas Séneschal; piètre estime pour Daubigeon; déteste cordialement Galpin-Daveline; exècre Cocoleu; façons brutales; radical; croit fermement au devoir professionnel; convaincu de la culpabilité de Mme de Claudieuse; ami de Magloire Mergis.

Séneschal, Auguste.  

Maire de Sauveterre; ancien avoué; membre du conseil général; marié; réactionnaire ?; vieil ami des Boiscoran; retors; mari de Mme; a été un des plus beaux hommes de Sauveterre; sympathie pour les Chandoré et les Lavarande.

Séneschal, Mme.

Femme d'Auguste; 48-50 ans; très brune; dodue; courte; ample poitrine; frémit aisément; jeune avait eu la beauté du diable; forêt de cheveux noirs bien plantés; dents admirables; regrette de ne pas avoir d'enfants; charité proverbiale; sentimentale; maîtresse femme; mène sa maison au doigt et à l'oeil.

Serpin, M.

Premier imprimeur de Sauveterre; propriétaire du journal l'Indépendant de Sauveterre.

Têtard. 

Ancien huissier; représentant d'une compagnie d'assurances contre l'incendie; avait assuré le domaine de Valpinson.

Wood, Suky.  

Servante de Jacques de Boiscoran rue des Vignes; ses parents tenaient une auberge à matelots; a été femme de chambre à l'hôtel Adolphi; grande diablesse de plus de cinq pieds; rousse; les grâces d'un cuirassier habillé en femme; quarantaines d'années; traits durs; avait vu Mme de Claudieuse; témoigne pour la défense.

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- 1 -

Le comte [de Claudieuse] avait tout à fait grand air et était encore remarquablement bien de sa personne ; mais il venait d'avoir quarante-sept ans, et Mlle [Geneviève] de Tassar de Bruc en avait à peine vingt. […] Ce qui n'empêcha pas quantité de vieilles dames de hocher la tête et de déclarer que vingt-sept ans c'est trop entre deux époux, et que cette union ne serait pas heureuse. 


- 2 -

Alors, véritablement, on se rendit compte de l'abominable crime de l'incendiaire …

Alors, en même temps que les colonnes de fumée et les tourbillons d'étincelles, montèrent vers le ciel des cris de vengeance.

- A mort, l'incendiaire, à mort ! … […]

- [M. Séneschal] Oui, mes amis, s'écria-t-il, oui, vous avez raison ; à mort !… Oui, les courageuses victimes du plus lâche des crimes doivent être vengées …


- 3 -

[…] une jolie route , jalonnée d'auberges et de cabarets, lesquels, les jours de marché, s'emplissent de paysans qui, le verre à la main et la bouche pleine de protestations de bonne foi, cherchent à se voler à qui mieux mieux.


- 4 -

C'est qu'à Sauveterre la curiosité a du moins cette qualité de n'être pas hypocrite. On y est indiscret naïvement et sans la moindre pudeur. On s'y plante carrément devant vous, et les yeux dans vos yeux, on s'efforce de démêler le secret de votre joie ou de votre douleur.


- 5 -

Il est certain que les Chandoré affichaient autrefois de hautes prétentions nobiliaires, le dédain profond de quiconque n'avait pas eu des ancêtres aux croisades, et la haine de toutes les idées qui datent de la Révolution. 

[Tout cela est bien moral]


- 6 -

Ayant vu Mlle Geneviève de Tassar de Bruc, il [le comte de Claudieuse] fut ébloui de sa beauté ; et épris d'une de ces passions que rien n'entrave, oubliant qu'elle n'avait que vingt ans et qu'il allait en avoir cinquante, il fit comprendre à son ami [le marquis de Tassar de Bruc] qu'il était toujours disposé à lui rendre le service promis, mais … qu'il voulait en échange la main de Mlle Geneviève.

Le soir même, le gentilhomme ruiné entrait dans la chambre de sa fille, et, les larmes aux yeux, lui exposait l'horrible situation. Elle n'hésita pas.

" - Avant tout, dit-elle à son père, sauvons l'honneur que votre mort ne rachèterait pas. M. de Claudieuse est un fou cruel d'oublier qu'il a trente ans de plus que moi. De ce moment, je le méprise et je le hais. Dites-lui que je suis prête à devenir sa femme. "

Et comme son père, éperdu de douleur, s'écriait que jamais le comte n'accepterait un tel consentement :

" Oh ! Soyez tranquille, lui répondit-elle […] je saurai m'exécuter de bonne grâce, et votre ami ne fera pas un marché de dupe. Mais je sais ma valeur et, si grand que soit le service qu'il vous rend, rappelez-vous que vous ne lui devez rien… "

[Ça va être heureux en ménage ça !]


- 7 -

" - [Jacques de Boiscoran] Je n'ai peur de rien, entendez-vous, me dit-elle [Geneviève de Claudieuse], de rien au monde … que d'être, je ne dirai pas compromise, mais seulement soupçonnée. Il me plait d'agir comme j'agis, il me convient d'avoir un amant. Mais je ne veux pas qu'on le sache. C'est si on savait ce que je fais, que je ferais mal. Entre ma réputation et ma vie, ce n'est pas ma vie que je choisirais. A ce point que si je devais être surprise avec vous, j'aimerais mieux que ce fût par mon mari que par un étranger. Je n'ai nulle affection pour M. de Claudieuse, et je ne lui pardonnerai jamais notre mariage, mais il a sauvé l'honneur de mon père, je dois garder le sien intact. […] "


- 8 -

- [Le docteur Seignebos] […] Commis par la comtesse [de Claudieuse], il [le crime de Valpinson] n'est plus que le dénouement fatal d'une situation créée par M. de Claudieuse le jour où il a épousé une femme plus jeune que lui de trente ans. 


- 9 -

- Hélas ! … fit M. Séneschal, il serait puéril de le nier, la cour d'assises est une loterie ... 


- 10 -

Comme si la justice humaine était infaillible.

Comme s'il ne valait pas mieux mille fois laisser échapper mille coupables que risquer de condamner un innocent ! 


- 11 -

Ainsi que beaucoup de maris, Blangin avait la prétention d'être le maître logis.

Il y criait très fort. Il y jurait à écailler le crépi des murs. Il s'oubliait jusqu'à démontrer à tour de bras qu'il était le plus fort. Seulement …

Seulement, Mme Blangin ayant décidé qu'il resterait, il restait …


- 12 -

[…] une jeune fille [Denise de Chandoré] qui réunissait toutes ces qualités dont une seule rend fières les autres jeunes filles, l'esprit et la grâce, la noblesse, la fortune, la beauté, et qui était la réalisation sublime de tout ce qui peut se concevoir d'angélique et de pur.

Ah ! elle ne calculait pas, celle-là, - comme l'autre [Geneviève de Claudieuse] ! … Elle ne songeait pas à prendre ses sûretés avant de tendre ses lèvres à un premier baiser ! … Elle ne faisait pas de la duplicité une science, et de l'hypocrisie son unique vertu !… C'est bien entièrement et sans arrière-pensée qu'elle s'abandonnait ! …


- 13 -

Le ménage des geôliers de Sauveterre ressemblait à beaucoup de ménages.

Brutal, exigeant, despote, l'homme se coiffait sur l'oreille, parlait haut et ferme, en roulant de gros yeux, et, de par la raison du plus fort, prétendait régner.

Humble, soumise, résignée en apparence, la femme baissait la tête, semblait toujours obéir, mais en réalité de par le droit de l'intelligence, gouvernait. 

Quand le mari avait promis, il fallait encore le consentement de la femme.

Dès que la femme s'était engagée, elle se chargeait de faire vouloir son mari.


- 14 -

- [Jacques de Boiscoran] […] Au temps où nous cachions nos amours au fond de la rue des Vignes, oui, je pouvais avoir peur de votre [à Geneviève de Claudieuse] mari, venant nous surprendre, le Code d'une main, un revolver de l'autre, fort de cette loi sauvage et stupide qui fait du mari le juge de sa propre cause et l'exécuteur du jugement qu'il prononce … Hors de là, hors ce cas de flagrant délit, qui permet à un homme de tuer comme un chien un autre homme qui ne peut pas ou ne veut pas se défendre, que m'importait le comte de Claudieuse. 

[À propos du droit d'un mari de tuer l'amant de sa femme pris en flagrant délit]


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[…] le comte [de Claudieuse], un de ces gentilshommes du temps passé, qui n'avaient d'autre culte que l'honneur, d'autre passion que le devoir; la comtesse, une de ces femmes qui sont la glorification de leur sexe et le modèle achevé de toutes les vertus domestiques …


- 16 -

[Une servante des Claudieuse]  Monsieur le comte [de Claudieuse], Dieu ait son âme, était un bien brave homme, c'est certain, mais il était terrible aussi, et quand il se mettait en colère et qu'il parlait d'une certaine façon, tout le monde tremblait dans la maison, même madame … 

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