L'affaire Lerouge (1865)

Tous les titres :

Affaire Lerouge (L')

Corde au cou (La)

Crime d'Orcival (Le)

Dossier 113 (Le)

Monsieur Lecoq

Petit vieux des Batignolles (Le)

L'affaire Lerouge d'Émile Gaboriau est un pseudo-roman policier, tout imprégné de moralisme.  On y trouve des considérations sur les mésalliances, les classes sociales, les ravages de la passion, la place de l'aristocratie dans la société et l'administration de la justice.

Guy de Commarin, Noël Gerdy et Marie-Pierre Lerouge sont conduits au désastre par la passion.  La règle, au 19ème siècle était le mariage pour la vie, sans amour, avec une personne honorable, de condition sociale acceptable.

Guy de Commarin a eu une maîtresse, Valérie Gerdy.  Bien que l'amour ait été sincère et réciproque entre Valérie et Guy, ce n'est pas Valérie que Guy de Commarin a épousé.  Il a épousé une jeune fille vertueuse de sa condition.  Il s'est développé une sorte de relation amour-haine entre Guy et sa femme, mais ils ne se sont pas séparés, Mme de Commarin est morte de mort naturelle et parions qu'elle a eu droit à des funérailles dignes de son rang.  Mme de Commarin était une femme vertueuse, qui aimait sincèrement son mari et qui est morte en pardonnant les fautes de celui-ci.  Elle a vécu en parfait accord avec les règles de son temps.

Guy de Commarin a commis un crime en essayant de substituer le fils de sa maîtresse à son enfant légitime.  Cela devait être empêché, si possible et puni sinon, parce que la légitimité des enfants était considérée importante au 19ème siècle.  (Lire à ce sujet L'Amour de Jules Michelet)

Noël Gerdy est poussé au crime par la passion qu'il éprouve pour une femme qui le ruine.  Juliette Chaffour est du type parfait de la femme conçue pour ruiner les honnêtes hommes.  Sa beauté captive, mais elle s'intéresse trop aux bijoux, aux toilettes, aux sorties et aux meubles coûteux.  Une fois qu'un homme s'est ruiné pour elle, que lui reste-t-il ?  Sinon tuer pour voler.  Ce qui n'est pas très bon pour la société.

Marie-Pierre Lerouge a le même problème que Noël Gerdy, une femme dépensière et frivole.  Le couple évolue de batailles en chamailleries, un peu comme on le voit dans certains romans de Simenon, par exemple Le bateau d'Émile.  Dans ces circonstances, c'est toujours le mari qui bat la femme, jamais l'inverse.  Marie-Pierre Lerouge finit par quitter sa femme qui, elle, sert de complice dans la "substitution" des fils et finira par être assassinée par Noël Gerdy.  Son assassinat est en même temps sa punition.

La mésalliance est une "maladie" aussi grave que la passion.  Le mariage du juge Daburon avec Claire d'Arlange constituerait une mésalliance, parce que Daburon n'est qu'un bourgeois alors que les d'Arlange sont des nobles.  "Heureusement", Claire d'Arlange n'aime pas Daburon, mais Albert de Commarin, un aristocrate d'un niveau supérieur au sien.  Le mariage entre Claire et Albert est souhaitable et souhaité.

La relation entre Guy de Commarin et Valérie Gerdy peut être considérée comme une mésalliance, parce que Commarin accorde tellement d'importance à sa maîtresse, qu'il veut substituer le fils de Valérie à son enfant légitime.  Un peu comme si Commarin considérait sa maîtresse comme sa femme légitime, ce qu'il n'a pas le droit de faire.  L'enfant légitime est l'enfant de l'épouse légitime, aucun autre.

Chez les Lerouge, la mésalliance est causée surtout par le manque de vertu de l'épouse.  Marie-Pierre Lerouge a épousé, malgré les conseils de son vieux père, une femme trop jolie, trop frivole, trop dépensière, qui s'est mise à boire et à le tromper.  Il faut toujours se méfier des trop jolies femmes.

La principale question qu'on se pose dans ce roman est de savoir qui, d'Albert de Commarin ou de Noël Gerdy est le véritable fils légitime ?  D'après Noël Gerdy, Albert serait le bâtard, mais la description d'Albert n'appuie certainement pas cette affirmation.  Selon les habitudes du roman populaire, si Albert avait été un fils illégitime, il aurait été laid, fourbe et lâche, alors qu'il semble être un jeune homme tout à fait correct.  Albert n'est pas trop dépensier.  Ce n'est pas un viveur.  Il ne s'amuse pas dans le monde.  Il est honnête, désintéressé et prêt à céder sa place.  Tout le monde l'aime, à commencer par son père.  Mme de Commarin l'adorait, alors qu'il était censé être illégitime.  S'il avait réellement été un bâtard, Mme de Commarin aurait certainement eu une réserve "inexplicable" à son endroit.  Claire d'Arlange aime aussi, sans réserve, Albert.  En tant que jeune fille pure, Claire ne peut pas se tromper sur un homme, son avis pèse d'un poids extrêmement lourd dans la balance.

La situation de Noël Gerdy est beaucoup moins brillante.  Déjà on a un doute, quand on apprend que Claudine Lerouge avait reçu son agresseur à une heure tardive et lui préparait  un repas.  Cela supposait un haut degré d'intimité avec l'assassin.  Claudine Lerouge avait été la nourrice de Noël Gerdy, alors qu'elle ne voyait pas souvent Albert de Commarin.  Émile Gaboriau aurait pu améliorer son roman s'il nous avait laissé ignorer plus longtemps l'existence de Juliette Chaffour et la ruine conséquente de son amant, parce que le besoin d'argent est évidemment un mobile suffisant pour pousser Gerdy à tuer et à mentir.  De plus, Noël est moins apprécié qu'Albert.  Claire d'Arlange, la jeune fille pure, ne l'aime pas beaucoup et son père est plutôt froid avec lui.

Ce roman fait une grande place à la question aristocratique.  Pour ou contre ?  Les aristocrates ont des qualités et des défauts.  Côté qualités, ce sont des êtres forts et puissants, qui sont fondamentalement honnêtes et qui ont un profond sens de l'honneur, ce qui ne veut pas dire qu'ils sont toujours bons.  N'importe qui peut commettre de mauvaises actions et il y a des moutons noirs dans tous les groupes.  Par contre, les nobles sont souvent hautains, dédaigneux, intransigeants et méprisent totalement toutes les autres classes sociales.  Ils ne laissent pas de place aux simples bourgeois.  Et chez les aristocrates, il n'y a pas de sélection naturelle, le fils du prince devient prince, le fils du comte devient comte, automatiquement, de droit divin.  Les aristocrates, mêmes malhonnêtes ou incompétents, se considèrent au-dessus des autres citoyens.  Comme la lunatique marquise d'Arlange, qui voudrait le retour des coutumes anciennes et ne gère pas très bien sa fortune.  Ce n'est pas une mauvaise femme, mais on ne voudrait pas lui donner trop de pouvoir.  Hermann Keyserling dans son Voyage dans le temps défend la position des aristocrates, pour la bonne raison qu'il en était un lui-même.  Keyserling prêche pour sa paroisse, quand il dit que tout le monde était heureux sous la gouverne des nobles.  En fait, il défend l'autocratie aristocratique et dénonce le mélange des classes sociales, par exemple lors du remariage de sa mère.

L'administration de la justice pose des problèmes qui ne sont pas faciles à résoudre.  Si on arrête dix personnes et que, sur ces dix, trois ou quatre sont innocentées par la suite, on doit en tirer des conclusions.  Si les suspects ne sont pas toujours coupables, il faut leur permettre une défense.  Cette défense aura pour résultat éventuel la libération de coupables.  Il faut donc choisir s'il est préférable, éventuellement, de libérer un coupable ou de condamner un innocent et faire des lois en conséquences.  Parce que le fonctionnement de la police et des tribunaux est régi par des lois, qui sont les fruits de l'idéologie et de l'observation des faits.  Il faut décider des droits de la défense et de ceux de l'accusation.  L'accusé est-il considéré comme coupable ou comme innocent, jusqu'à preuve du contraire ?   Y a-t-il des excuses, des circonstances atténuantes, pour certains crimes ?  La justice demande ce concilier deux objectifs contradictoire : 1 - Lutter contre le crime et 2 - Ne pas fusiller tout le monde.  Une société démocratique préférera courir le risque de libérer un coupable plutôt que de condamner un innocent.

Si la culpabilité de l'accusé ne fait plus de doute, le châtiment dépend de la gravité du crime.  Il n'y a pas de peine assez sévère pour un crime odieux.  Une fois certain de la culpabilité de Noël Gerdy, Tabaret souhaiterait que Gerdy soit torturé.  En fait, Gerdy est acculé au suicide et Juliette Chaffour augmente sa souffrance en faisant dévier l'arme. Il n'y a pas de hasard ici.  Le châtiment, dans le contexte d'un roman populaire, était inévitable.

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Arlange, d'.  

Marquise; grand-mère de Claire; arriérée et rococo; idées démodées; 68 ans; excellente santé; vive; active; bon appétit; boit sec; croit à Dieu et à Voltaire; au mieux avec son curé; franc parler; indiscrète; manque de diplomatie; gère mal sa fortune; peu fortunée; crie misère; redoute de mourir à l'hôpital; estime M. Daburon; méprise les gens qui ne sont pas nobles; mauvaise payeuse; rêve le retour de tous les usages saugrenus; sotte; pas de sens commun; Albert de Commarin paye ses dettes.

Arlange, Claire d'.  

Mlle; doit épouser Albert de Commarin; petite-fille de la marquise; sort peu; 17 ans; gracieuse et douce; ravissante de naïve ignorance; cheveux blonds; svelte; yeux bleus; charmante; esprit; instruite; farouche à l'excès; hardie; fière; entêtée; prête à épouser Albert même pauvre; prie pour Albert; beauté resplendissante; voit Daburon pour défendre Albert; sainte ignorance de toute chose; confiance naïve; sensibilité presque maladive; défend Albert envers et contre tous; répulsion envers Noël Gerdy; épouse Albert de Commarin; fille du fils de la marquise.

Balan.

Agent de la police de sûreté; vieux.

Chaffour, Juliette. 

Maîtresse de Noël Gerdy; appartement très luxueux de style asiatique; jeune encore; fume la cigarette; petite; réunit toutes les perfections; cou; épaules et bras aux rondeurs exquises; très soignées; richement vêtue; teint d'une riche pâleur dorée; aime la chaleur; s'intéresse aux bijoux; dépensière; méprise Noël; Parisienne; née faubourg Montmartre; père inconnu; enfance dépravée; destituée de moralité; craignait ni Dieu ni diable mais avait peur des sergents de ville; aime les sorties; traite Noël comme un chien; domine Noël; s'ennuie; coquine; en 4 ans a coûté 500,000 francs à Noël; superbe créature.

Clergeot. 

Vieux filou; a prêté de l'argent à Juliette Chaffour; usurier; vend des produits légaux et illégaux; prête à Noël Gerdy; mâche pas la vérité; canaille; misérable; voleur.

Commarin, Guy-Louis-Marie-Albert de Rhéteau de.

Vicomte; fils de Guy; grand air; air jeune; n'a ni travaillé ni lutté ni souffert; arrivé avant de partir; impertinent; doit épouser Claire d'Arlange; par le fils légitime ?; air hautain; très brun; contenance digne et fière; [Pas vraiment déprécié comme on aurait pu s'y attendre. S'il avait été un bâtard, il aurait été laid, fourbe et lâche]; digne; désintéressé; prêt à céder sa place; généreux; chevaleresque; a une conscience; beau d'émotion et de fermeté; honnête homme; fils modèle; généreux régulièrement; vrai fille pour la sagesse; meilleur que le plus grand nombre; jalousé et craint; s'amuse pas dans le monde; abuse pas de ses avantages; pas d'aventures; pas un viveur; idées libérales mais tient à son rang; [trop parfait pour être un bâtard]; travailleur; amour profond et réfléchi pour Claire d'Arlange; arrêté; soupçonné du meurtre de Claudine Lerouge; le meilleur des fils; trentaine d'années; réellement le fils légitime de Guy; épouse Claire d'Arlange.

Commarin, Guy de Rhéteau de. 

Hait sa femme; père de Noël Gerdy; "empêché" par la loi de reconnaître Noël; marié "malgré lui"; adore sa maîtresse et déteste sa femme; hais et plains son épouse; comte; diplomate; gentilhomme; voulait substituer Noël Gerdy à son fils légitime; très coupable mais a une excuse la passion; eu ses raisons de rompre avec Valérie Gerdy; ancien amant de Valérie Gerdy; justement indigné; vingt fois millionnaire; père d'Albert; dur; inexorable; tient à être respecté; air jeune pour son âge; grand; maigre; corps droit; tête haute; allure noble; farouchement fier; méprise absolument tout ce qui n'est pas noble; a de l'esprit; vues presque larges; espère conquérir le pouvoir; hautain; entier; intraitable; despote; tient à conserver ses terres; sait commander; exigeant; très luxueusement meublé; grand mangeur; colérique; approuve avec réticences le mariage d'Albert avec Claire d'Arlange; passion folle aveugle sourde et imprévoyante jusqu'au délire pour Valérie Gerdy; ambitieux; orgueilleux; a fini par apprécier sa femme; terrible; sens de l'honneur; estime Albert; attaque d'apoplexie à l'arrestation d'Albert; vieilli de 20 ans; détestait Noël; n'a pas pleuré la mort de sa femme; [jaloux de Valérie mais il la trompait lui-même]; aimait et haïssait Valérie; froid avec Noël Gerdy; donne toute sa fortune à Albert; se retire dans une de ses terres.

Commarin, Mme de. 

Femme de Guy; soumission timide; inaltérable douceur; créature sacrifiée; une sainte; morte; la plus noble la plus pure des jeunes filles; mère d'Albert; adorait Albert; [des mères ne peuvent pas se tromper]; mourut comme une sainte sans une plainte le pardon sur les lèvres et dans le cœur; aimait son mari autant que Valérie Gerdy.

Constant.  

Greffier du juge Daburon; long et très maigre; compassé; gestes méthodiques; impassible; 34 ans; depuis 13 ans a travaillé pour 4 juges d'instruction.

Daburon, Pierre-Marie.  

38 ans; sympathique; juge d'instruction depuis trois ans; brillante réputation; estime Tabaret; appartient à une vieille famille du Poitou; sa mère était une Cottevise- Luxé; froid; réservé; timide; bon sens sain et vif; bon cœur; sensible; bourgeois; a été amoureux de Claire d'Arlange; a demandé Claire en mariage; honnête homme; bon entre les meilleurs; a donné sa démission comme juge; réfugié en Poitou.

Gerdy, Louis. 

Frère de Valérie; Guy de Commarin a cru qu'il était un autre amant de Valérie; ancien officier; vieux; haute stature; Légion d'honneur.

Gerdy, Noël.  

33 ans; fils de Valérie et Guy de Commarin; paraît plus vieux que son âge; grand; bien fait; avocat de grand talent; travailleur obstiné; affiche des mœurs austères; dévoué pour sa mère; prétend que Valérie n'est pas sa mère; bâtard ?; exercé à la dissimulation; veut réclamer "ses" titres; accable Valérie; plains Guy de Commarin; administre sa fortune et celle de Valérie; amant de Juliette Chaffour; ruiné à cause de Juliette; doux et poli; distingué; patient; pas drôle; victime de la passion; a dévoré sa fortune et celle de Valérie; maussade; soupçonneux; jaloux; a honte de Juliette ?; veut pas être vu avec Juliette ?; capable de tuer Juliette ?; a assassiné Claudine Lerouge pour l'empêcher de dire que la substitution n'avait pas eu lieu; le plus vil et le plus criminel des hommes; se suicide; Juliette fait dévier l'arme et augmente sa souffrance; donne les 80,000 francs demandé à Guy de Commarin à Juliette Chaffour; [honnête homme qui a été ruiné par une pute].

Gerdy, Valérie.  

Veuve, locataire du père Tabaret; mère de Noël; 50 ans; aisée; vit très retirée; a un frère colonel en retraite : Louis; voue un culte à Noël; un mot de lui est un ordre; [amour maternel]; très souffrante depuis un mois; foudroyée en apprenant la mort de la veuve Lerouge; refusait la substitution des fils; ancienne maîtresse de Guy de Commarin; trompait Guy ?; très très malade; immense chagrin; très bonne; doit souffrir horriblement; aimait réellement Guy; aurait préféré demeurer obscure et inconnue; [absolument désintéressée]; [Voir personnage semblable dans Marie-Mystère de Simenon]; femme entretenue; s'auto-flagelle; refuse la substitution des fils; en désaccord avec le projet d'escroquerie de Noël; morte.

, Germain.  

Vieux, valet de chambre de Guy de Commarin; propre à rien; canaille; chargé de la substitution de fils par Guy; gredin; mort; s'est noyé dans une partie de plaisir.

Gévrol. 

Chef de la police de sûreté; célèbre; habile; obstiné; audacieux; physionomiste; aime pas le père Tabaret; superlativement vaniteux.

Lecoq. 

Aide de camp de Gévrol; ancien repris de justice réconcilié avec les lois; habile; jaloux de son chef; admirateur du père Tabaret.

Lerouge, Claudine. 

Veuve; assassinée; étrangère au pays; depuis deux ans à Bougival; 54-55 ans; bien conservée; coquette; très jolies robes; se couvrait de bijoux; veuve d'un marin ?; riche ?; aime bien manger; origines nébuleuses; dit du mal des autres; s'enivre régulièrement; peu estimée; propos choquants; discrète; accusait son mari d'être bête à force d'honnêteté; mari jaloux et brutal ?; connaissait son assassin; préparait un repas pour l'assassin; faisait chanter quelqu'un ?; esclave de Mme Gerdy ?; a été nourrice de Noël Gerdy; nourrice qui a été chargée de l'échange des deux fils; ambitieuse; a été jolie et avenante; la plus belle du pays; était pauvre; sa mère était une pas-grand-chose; son grand défaut était d'être coquette; dépensière; ruinait son mari; mauvaise femme; a trompé son mari; battue par son mari; gourgandine; tuée par Noël Gerdy; faisait chanter Valérie Gerdy et Guy de Commarin.

Lerouge, Jacques.

Père de Marie-Pierre, honnêteté vivante.

Lerouge, Jacques. 

Marin sur un vaisseau de l'État; fils de Claudine et Marie-Pierre; veut se marier.

Lerouge, Marie-Pierre. 

Figure rouge; plus guère de cheveux; a de grandes boucles d'oreilles; court; robuste; larges mains noires dures et calleuses; très fort; honnête homme; franc; mari de Claudine; son père aimait pas Claudine; était fou de Claudine; antipathie pour Germain; dominé par Claudine; a donné un coup de couteau au bras du bâtard pour le reconnaître; a quitté sa femme en emmenant son fils Jacques; a empêché la substitution des deux fils de Guy de Commarin.

Sairmeuse, de.  

Duc; brouillé avec Guy de Commarin; veut vendre ses terres de Gondresy pour acheter de la rente, des actions, des obligations; désapprouvé par Guy; famille nombreuse; loin d'être riche.

Schmidt, Mlle. 

Gouvernante de Claire D'Arlange; honnête; romanesque et positive; sensible; vertu sévère; bonne éducatrice.

Tabaret.  

Dit le père Tirauclair; ancien employé du mont-de-piété; vieux richard, aide la police; policier amateur, très habile; dit le père Tabaret; très connu; orgueilleux ?; soixantaine d'années; petit; maigre; un peu voûté; figure ronde; pas très beau; bien vêtu; fort pour la récolte des indices matériels; sens de la déduction; jusqu'à 45 ans a vécu dans les privations; son père a gâté sa jeunesse; son père s'est prétendu ruiné et a vécu à ses dépens pendant 20 ans; célibataire; en réalité son père était très riche; père mort; ne dit pas à ses amis qu'il aide la police; considère Noël comme son fils; a songé à épouser Valérie Gerdy; a choisi Noël Gerdy comme légataire universel; prompt à condamner; bouleversé par l'erreur qu'il a commise au sujet d'Albert de Commarin; croit plus à l'infallibilité de la justice; haine pour Noël Gerdy.

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- 1 -

- [Noël Gerdy] […] le crime de notre père [la substitution des deux fils] […] 


- 2 -

- [Juliette Chaffour] […] Vous trouvez que c'est une existence, vous, de ne bougez de chez soi ?

- [Noël Gerdy] C'est la vie de toutes les femmes honnêtes que je connais, répondit sèchement l'avocat.     


- 3 -

- [Juliette Chaffour] […] des grues [putes].


- 4 -

- [Marquise d'Arlange] […] horrible mésalliance [le mariage de Daburon avec Claire d'Arlange] […]


- 5 -

- [Claire d'Arlange] […] une fille comme moi n'aime qu'une fois dans sa vie. Elle est l'épouse de celui qu'elle aime, sinon … il reste Dieu.

[Tout cela est bien moral]


- 6 -

En ce moment, cet homme noble et fier [M. Daburon], ce magistrat si sévère pour lui-même, s’expliqua les délices irrésistibles de la vengeance. Il comprit la haine qui s’arme d’un poignard, qui s'embusque lâchement dans les recoins sombres, qui frappe dans les ténèbres, en face ou dans le dos, peu importe, mais qui frappe, qui tue, qui veut du sang pour son assouvissement !…

En ce moment, précisément, il était chargé d’instruire l’affaire d’une pauvre fille publique, accusée d’avoir donné un coup de couteau à une de ses tristes compagnes.

Elle était jalouse de cette femme, qui avait cherché à lui enlever son amant, un soldat ivrogne et grossier.

M. Daburon se sentait saisi de pitié pour cette misérable créature qu’il avait commencé d’interroger la veille.

Elle était très laide et vraiment repoussante, mais l’expression de ses yeux, quand elle parlait de son soldat, revenait à la mémoire du juge.

«Elle l’aime véritablement, pensait-il. Si chacun des jurés avait souffert ce que je souffre, elle serait acquittée. Mais combien d’hommes ont eu dans leur vie une passion ? Peut-être pas un sur vingt.»

Il se promit de recommander cette fille à l’indulgence du tribunal et d’atténuer autant qu’il le pourrait le crime dont elle s’était rendue coupable. 


- 7 -

[…] un bâtard, le fils d'une femme galante [Valérie Gerdy].


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C’est qu’entre le juge d’instruction et le prévenu se trouve un tribunal suprême, institution admirable qui est notre garantie à tous tant que nous sommes, pouvoir essentiellement modérateur, le jury.

Et le jury, Dieu merci ! ne se contente pas d’une conviction morale. Les plus fortes probabilités peuvent l’émouvoir et l’ébranler, elles ne lui arrachent pas un verdict affirmatif. Placé sur un terrain neutre, entre la prévention qui expose sa thèse et la défense qui développe son roman, il demande des preuves matérielles et exige qu’on les lui fasse toucher du doigt. Là où des magistrats condamneraient vingt fois pour une, en toute sécurité de conscience, et justement, qui plus est, il acquitte, parce que l’évidence n’a pas lui.

La déplorable exécution de Lesurques a certainement assuré l’impunité de bien des crimes, et, il faut le dire, elle justifie cette impunité.

Le fait est que, sauf les cas de flagrant délit ou d’aveu, il n’y a pas d’affaire sûre pour le ministère public. Parfois il est aussi anxieux que l’accusé lui-même. Presque tous les crimes ont, même pour la justice et pour la police, un côté mystérieux et en quelque sorte impénétrable. Le génie de l’avocat est de deviner cet endroit faible et d’y concentrer ses efforts. Par là, il insinue le doute. Un incident habilement soulevé à l’audience, au dernier moment, peut changer la face d’un procès. Cette incertitude d’un résultat explique le caractère de passion que revêtent souvent les débats.

Et à mesure que monte le niveau de la civilisation, les jurés, dans les causes graves, deviennent plus timides et plus hésitants. C’est avec une inquiétude croissante qu’il portent le fardeau de leur responsabilité. Déjà bon nombre d’entre eux reculent devant l’idée de la peine de mort. S’il se trouve qu’elle est appliquée, ils demandent à se laver du sang du condamné. On n’en a vu signer un recours en grâce, et pour qui ? Pour un parricide. Chaque juré, au moment d’entrer dans la salle de délibérations, songe infiniment moins à ce qu’il vient d’entendre, qu’au risque qu’il court de préparer à ses nuits d’éternels remords. Il n’en est pas un qui, plutôt que de s’exposer à retenir un innocent, ne soit résolu à lâcher trente scélérats.

[...]

Bien souvent la justice est réduite à s’avouer vaincue. Elle est persuadée qu’elle a trouvé le coupable; la logique le lui montre, le bon sens le lui indique, et cependant elle doit renoncer aux poursuites faute de témoignages suffisants.

Il est malheureusement des crimes impunis. Un ancien avocat général avouait un jour qu’il connaissait jusqu’à trois assassins riches, heureux, honorés, qui, à moins de circonstances improbables, finiraient dans leur lit, entourés de leur famille, et auraient un bel enterrement avec une magnifique épitaphe sur leur tombe.

A cette idée qu’un meurtrier peut éviter l’action de la justice, se dérober à la cour d’assises, le sang du père Tabaret bouillait dans ses veines, comme au souvenir d’une cruelle injure personnelle.


- 9 -

[Guy de Commarin] «A l’âge qu’a maintenant Albert, monsieur, mes parents me firent épouser, malgré mes supplications, la plus noble et la plus pure des jeunes filles. Je l’ai rendue la plus infortunée des femmes. Je ne pouvais l’aimer. J’éprouvais alors la plus vive passion pour une maîtresse [Valérie Gerdy] qui s’était donnée à moi sage et que j’avais depuis plusieurs années. Je la trouvais adorable de beauté, de candeur et d’esprit. Elle se nommait Valérie. Tout est mort en moi, monsieur; eh bien, ce nom, quand je le prononce, me remue encore. Malgré mon mariage, je ne pus me résigner à rompre avec elle. Je dois dire qu’elle le voulait. L’idée d’un partage honteux la révoltait. Sans doute elle m’aimait alors. Nos relations continuèrent. Ma femme et ma maîtresse devinrent mères presque en même temps. Cette coïncidence éveilla en moi l’idée funeste de sacrifier mon fils légitime à mon bâtard. Je communiquai ce projet à Valérie [Gerdy]. A ma grande surprise elle le repoussa avec horreur. En elle déjà l’instinct de la maternité s’était éveillé, elle ne voulait pas se séparer de son enfant. […]  Comment ne me suis-je rendu ni à ses raisons ni à ses prières ? C’est que j’étais frappé de vertige. Elle avait comme le pressentiment du malheur qui m’accable aujourd’hui. Mais je vins à Paris, mais j’avais sur elle un empire absolu : je menaçai de la quitter, de ne jamais la revoir, elle céda.»


- 10 -

-  [Tabaret] C’était pis dans l’affaire de mon petit tailleur. A cinq heures il achète un couteau qu’il montre à dix de ses amis en disant : «Voilà pour ma femme, qui est une coquine et qui me trompe avec mes garçons.» Dans la soirée, les voisins entendent une dispute terrible entre les époux, des cris, des menaces, des trépignements, des coups, puis subitement tout se tait. Le lendemain, le tailleur avait disparu de son domicile et on trouve la femme morte avec ce même couteau enfoncé jusqu’au manche entre les deux épaules. Eh bien, ce n’était pas le mari qui l’y avait planté, c’était un amant jaloux. Après cela, que croire ?


- 11 -

[Claire d'Arlange] «[…] J’ai choisi Albert entre tous, librement; quoi qu’il advienne, je ne le renierai pas. Non, jamais, je ne dirai : «Je ne connais pas cet homme.» Il m’aurait donné la moitié de ses prospérités et de sa gloire, je prendrai, qu’il le veuille ou non, la moitié de sa honte et de ses malheurs ! A deux, le fardeau sera moins lourd. Frappez; je me serrerai si fortement contre lui que pas un coup ne l’atteindra sans m’atteindre moi-même. Vous qui me conseillez l’oubli, enseignez-moi donc où le trouver ! Moi l’oublier ! Est-ce que je le pourrais, quand je le voudrais ? Mais je ne le veux pas. Je l’aime; il n’est pas plus en mon pouvoir de cesser de l’aimer que d’arrêter par le seul effort de ma volonté les battements de mon coeur. Il est prisonnier, accusé d’un assassinat, soit : je l’aime. Il est coupable ! qu’importe ? je l’aime. Vous le condamnerez, vous le flétrirez : flétri et condamné, je l’aimerai encore. Vous l’enverrez au bagne, je l’y suivrai, et au bagne, sous la livrée des forçats, je l’aimerai toujours. Qu’il roule au fond de l'abîme, j’y roulerai avec lui. Ma vie est à lui, qu’il en dispose. Non, rien ne me séparera de lui, rien que la mort, et, s’il faut qu’il monte sur l’échafaud, je mourrai, je le sens bien, du coup qui le frappera.»


- 12 -

- [Pierre-Marie Daburon] Vous [Marie-Pierre Lerouge] étiez son mari [à Claudine Lerouge] […] vous aviez le droit de commander.


- 13 -

- [Marie-Pierre Lerouge] […] voilà qu’une nuit qu'elle me croyait à Rouen, je reviens sans être attendu. J’entre, et je la trouve avec un homme. Et quel homme, monsieur ! Un méchant gringalet honni de tout le pays, laid, sale, puant; enfin le clerc de l’huissier du bourg. J’aurais dû le tuer, c’était mon droit, comme une vermine qu’il était, il me fit pitié. Je l’empoignai par le cou et je le jetai par la fenêtre sans l'ouvrir. Il n’en est pas mort. Alors, je tombai sur ma femme, et quand je cessai de frapper, elle ne bougeait plus. » 

[…]

«Je pardonnai, continua-t-il, mais l’homme qui a battu sa femme et qui lui a fait grâce est perdu. Désormais, elle prit mieux ses précautions, elle devint plus hypocrite, et voilà tout. […] Protégée et conseillée par sa mère, qu’elle avait prise avec nous et qui était censée soigner notre Jacques, elle put me tromper pendant plus d'un an. Je la croyais revenue à de meilleurs sentiments, et pas du tout, elle menait une vie effroyable. Ma maison était devenue le mauvais lieu du pays, et c'est chez moi que les vauriens se rendaient après boire. Ils y buvaient pourtant encore, car ma femme faisait venir des paniers de vin et d’eau-de-vie, et  tant que j’étais à la mer, on se soûlait pêle-mêle. Quand l’argent lui manquait, elle écrivait au comte ou à sa maîtresse, et les orgies continuaient. Quelquefois j’avais comme des doutes qui me travaillaient; alors, sans raison, pour un non, pour un oui, je la battais jusqu’à plus soif, puis je pardonnais encore, comme un lâche, comme un imbécile. C’était une existence d’enfer. Je ne sais pas ce qui me procurait le plus de plaisir, de l’embrasser ou de la rouer de coups. 

[Colère de mari jaloux, comme dans Le bateau d'Émile de Simenon].


- 14 -

Il [Tabaret] regrettait alors l'abolition de la torture [pour Noël Gerdy], les raffinement des bourreaux du Moyen Age, l'écartèlement, le bûcher, la roue.


- 15 -

-   Il [Noël Gerdy] lui semblait que les pavés oscillaient sous ses pas et que tout autour de lui tournait.

Il avait la bouche sèche, les yeux lui cuisaient, et de temps à autre une nausée soulevait son estomac.

Mais en même temps, phénomène étrange. il ressentait un soulagement incroyable, presque du bien-être.

La théorie de l’honnête M. Balan avait raison.

C’en était donc fait, tout était fini, perdu. Plus d’angoisses désormais, de transes inutiles, de folles terreurs, plus de dissimulation, de luttes. Rien. il n’avait plus rien à redouter désormais. Son horrible rôle achevé, il pouvait retirer son masque et respirer à l’aise.

[…]

On serait venu l’arrêter en ce moment, qu'il n’aurait songé ni à résister ni à se débattre; il n’aurait pas fait une enjambée pour se cacher, pour fuir, pour sauver tête.  

Bien plus, il eut un moment comme l’idée d’aller se constituer prisonnier, pour avoir la paix, pour être tranquille, pour se délivrer de l’inquiétude du salut.

[Criminel soulagé d'être arrêté, comme dans les romans de Simenon. Lire La guinguette à deux sous  (James).]

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