Le problème du pont de Thor (1922)

Tous les titres :

Aventure de Wisteria Lodge (L')

Aventure du cercle rouge (L')

Aventure du pied du diable (L')

Boîte en carton (La)

Chien des Baskerville (Le)

Cinq pépins d'orange (Les)

Étude en rouge

Problème du pont de Thor (Le)

Signe des quatre (Le)

Extrait des : Archives sur Sherlock Holmes

Le problème du pont de Thor d'Arthur Conan Doyle est une histoire de jalousie où on doit déterminer, parmi les suspects, qui a pu commettre le crime.

Le mari Neil Gibson, au début, n'est pas présenté d'une manière très sympathique.  C'est un Américain, homme d'affaires dur et impitoyable, habitué à dominer et détruire ses adversaires.  Ce n'est pas tellement sympathique, mais pas nécessairement anormal non plus.  Gibson est un homme d'affaires qui travaille dur, qui possède des entreprises dans le monde entier, qui doit diriger des centaines ou des milliers d'employés, qui doit prendre des décisions difficiles et risquées.  Un tel personnage développe, par nécessité, un comportement brutal et autoritaire.  Il faut essayer d'aller un peu au-delà des apparences pour voir si Gibson a commis un acte vraiment répréhensible.

Deux choses auraient été réellement condamnables de la part de Gibson :  premièrement essayer de divorcer ou d'assassiner sa femme pour vivre avec Grace Dunbar, deuxièmement abuser de Grace Dunbar sous son toit.  Comme le précise Sherlock Holmes dans un extrait : les servantes sont sous la protection du maître de la maison, ce serait mal d'en abuser.  Si on peut se fier à la parole de Gibson, et l'histoire se développe dans ce sens, celui-ci n'a pas été trop loin dans sa relation avec Grace Dunbar.  Ce qui prouve la noblesse de ses sentiments.

Grace Dunbar peut-elle être coupable ?  Pas si la description du personnage est suffisamment claire.  Généralement on peut faire la différence entre les jeunes filles pures et celles qui le sont moins.  Si l'auteur insiste suffisamment, on peut classer définitivement le personnage dans une catégorie ou l'autre.  Comparer Grace Dunbar avec Juliette Chaffour dans L'affaire Lerouge d'Émile Gaboriau.

Grace Dunbar est présentée comme une femme dont le monde entier a célébré la beauté, "la meilleure femme que Dieu ait créée", une femme qu'une "noblesse innée de caractère" dirige constamment vers le bien.  A moins d'indications contraires, Grace Dunbar peut être classée parmi les femmes honorables.  Elle n'a donc pas pu assassiner sa patronne.

Quand on est convaincu que ni Neil Gibson, ni Grace Dunbar n'ont pu commettre le crime, on doit envisager une autre solution qui n'était pas évidente au départ.  C'est que Mme Gibson ait commis le crime elle-même.

Mme Gibson était d'origine latino-américaine et les indigènes sont des gens auxquels on prête un caractère passionné, excessif et emporté.  Sous le coup d'une passion, ces gens sont capables de tout.

Jalouse de Grace Dunbar et ne pouvant reconquérir son mari, Mme Gibson a conçu le plan de se suicider en faisant passer sa mort pour un meurtre, dans le but de faire condamner Grace Dunbar.  Le plan est un échec.

C'est l'épouse qui est dépréciée, ici.  Au 19ème siècle, on ne voyait pas nécessairement d'un bon oeil les mariages entre Blancs et indigènes.  L'histoire raconte, qu'un certain temps après son mariage, Neil Gibson a découvert qu'il n'avait rien de commun avec sa femme.  Il s'est alors intéressé à la gouvernante, la jeune femme pure.  Mais rien ne pouvait être tenté, tant que Mme Gibson était vivante.  Il fallait trouver un moyen d'éliminer l'épouse, sans que le mari ou la gouvernante soient coupables.  L'épouse aurait pu être victime d'un accident, d'une maladie ou être éliminée par une tierce personne.  Dans ce cas-ci, Mme Gibson s'élimine elle-même et le mari et la gouvernante, deux personnes innocentes et honorables pourront unir leurs destinées. 

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Bates, Marlow.  

Petit bout d'homme maigre et nerveux; régisseur du domaine de Neil Gibson; traite son patron de scélérat; démissionne de son poste; plaint Mme Gibson critique le mari; neurasthénique.

, Billy.  

Serviteur chez Sherlock Holmes ?

Coventry.  

Adjudant de la police; long et maigre; au visage cadavérique; manières bizarrement mystérieuses; convenable; honnête.

Cummings, Joyce.  

Avocat de Grace Dunbar; sa réputation monte en flèche.

Dunbar, Grace Mlle. 

La meilleure femme que Dieu ait créée; gouvernante pleine d'attraits; jeune demoiselle; soupçonnée du meurtre de Mme Gibson; le monde entier a proclamé qu'elle était une très jolie femme; honorable; veut utiliser son influence sur Gibson pour le bien; très morale; Anglaise; sur tous les plans une femme merveilleuse; visage ferme, net et pourtant sensible; une noblesse innée de caractère la dirige constamment vers le bien; brune; grande; élancée; en impose à Holmes et Watson; unie à Gibson pour un lien spirituel; a reproché à Gibson sa rudesse envers sa femme; remarquable.

Ferguson. 

Secrétaire de Neil Gibson.

Gibson, Mme. 

Morte d'une balle de revolver dans la tête; pas d'arme auprès d'elle; originaire des tropiques; Brésilienne de naissance; fille du soleil et de la passion; a été très belle; [Voir aussi Fer de lance de Rex Stout]; femme de Neil; née Maria Pinto; fille d'un fonctionnaire de Manaos au Brésil; nature riche, mal équilibrée; pas découragée par la dureté de son mari; terriblement jalouse de Grace Dunbar; détestait Grace avec toute la violence de son tempérament tropical; vindicative; a tenté de déguiser son suicide en meurtre pour faire condamner Grace Dunbar.

Gibson, J. Neil. 

A été sénateur d'un État de l'ouest américain; propriétaire des plus importantes mines d'or du monde; la plus grande puissance financière du monde; caractère violent et formidable; veuf; s'intéresse à Mlle Dunbar; [plus chanceux que le docteur Sterndale dans L'aventure du pied du diable, sa femme disparaît]; dur pour tous ceux qui l'entourent; brutal envers sa femme; grande silhouette maigre et osseuse; figure dure, marquée, impitoyable; prêt à dépenser n'importe quelle somme pour sauver Mlle Dunbar; massif; colérique; gros poing noueux; après quelques années de mariage a découvert qu'il avait rien de commun avec sa femme; sentiment passionné pour Grace Dunbar; accepte le reproche de Holmes; a pas couché avec Grace Dunbar; Américain; violent; fait peur; formidable.

Holmes, Sherlock. 

Fréquemment impressionné par l'ambiance extérieure.

Persano, Isadora. 

Journaliste et duelliste bien connu, fut trouvé fou devant une boîte d'allumettes contenant un ver mystérieux que la science ignorait.

Philimore, James.

Disparu sans laisser de traces.

Watson, John H.   

Docteur en médecine; démobilisé de l'armée des Indes; révère Sherlock Holmes.

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- 1 -

Certains [des problèmes soumis à Sherlock Holmes], et pas les moindres, se sont soldés par des échecs, et ne mérite donc pas d'être contés puisqu'ils demeurent inexpliqués.


- 2 -

[Neil Gibson] En résumé, je l'ai aimée et épousée [sa femme]. Ce n'est que lorsque le romanesque s'est épuisé (et il s'est maintenu pendant plusieurs années) que j'ai compris que nous n'avions rien du tout en commun. Mon amour s'est affaibli. Si le sien avait suivi un cours parallèle, les choses se seraient simplifiées [on ne voit pas trop en quoi puisque la séparation est impossible]. Mais vous connaissez les femmes ! J'aurais pu faire n'importe quoi, elle ne se serait pas détournée de moi. Lorsque j'ai été dur envers elle, brutal même comme on a pu le dire, c'était parce que je savais que si je pouvais tuer son amour, ou s'il se transformait en haine, tout deviendrait plus facile pour l'un comme pour l'autre [ ????  Drôle de raisonnement. S'il s'était retrouvé avec un divorce pour mauvais traitement, il n'aurait pas trouvé ça drôle]. Mais rien n'a pu la faire changer. 


- 3 -

[Neil Gibson] […] je vous avouerai que je n'ai pas pu vivre sous le même toit avec une femme pareille [Grace Dunbar] et en contact quotidien avec elle sans éprouver pour elle un sentiment passionné. M'en blâmez-vous, monsieur Holmes ?

- [Sherlock Holmes] Je ne vous blâme pas d'avoir éprouvé ce sentiment. Je vous blâmerais si vous l'aviez exprimé, car cette jeune demoiselle se trouvait en un sens sous votre protection.


- 4 -

- [Neil Gibson] […] Je peux faire et défaire; et le plus souvent je défais, c'est-à-dire je brise. Pas seulement les individus : les collectivités, les villes, même les nations. Les affaires, c'est un jeu dur; le faible succombe. J'ai joué le jeu à fond. Je n'ai jamais gémi, et jamais je ne suis soucié des gémissements des autres.

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