Étude en rouge (1887)

Tous les titres :

Aventure de Wisteria Lodge (L')

Aventure du cercle rouge (L')

Aventure du pied du diable (L')

Boîte en carton (La)

Chien des Baskerville (Le)

Cinq pépins d'orange (Les)

Étude en rouge

Problème du pont de Thor (Le)

Signe des quatre (Le)

Titre anglais : A Study in Scarlet

D'habitude, ce sont les indigènes, dans les récits d'aventures, qui sont représentés avec des moeurs bizarres.  Avec une exception notable pour les Mormons des États-Unis.  La tragédie racontée dans l'Étude en rouge d'Arthur Conan Doyle est causée, en grande partie, par la coutume mormone de la polygamie.

Les hasards de la vie on fait que John Ferrier et sa fille adoptive Lucy ont été intégrés à la société des Mormons.  John Ferrier a toujours, cependant, refusé la polygamie.  La résistance de Ferrier envers la polygamie est sans doute celle de l'auteur et de tous ceux qui partageaient la morale chrétienne, pour lesquels le mariage monogame pour la vie est un des fondements de la société.  Pour faire bonne mesure, Conan Doyle représente la société mormone comme une dictature, qui ne recule pas devant le crime pour parvenir à ses fins.

Lucy Ferrier et Jefferson Hope s'aiment, mais Hope n'est pas un Mormon et Lucy est convoitée par deux fils de dirigeants.  John Ferrier et Jefferson Hope ne parviendront pas à soustraire Lucy à son triste destin.  Lucy devra épouser Enoch Drebber, mais mourra après un mois de mariage, ce qui est pour elle, en même temps, une tragédie et une délivrance.

Enoch Drebber et son complice Joseph Strangerson sont dépréciés, en tant que représentants de la société mormone.  Surtout Drebber, décrit comme un buveur grossier, irrespectueux envers les jeunes filles et représentant "le vice dans toute sa malice".  Joseph Strangerson est celui qui a tué John Ferrier.

Drebber et Strangerson n'ont pas seulement commis des crimes de droit commun.  Nous sommes au niveau des moeurs, des coutumes, de la religion.  Leur culpabilité ne fait pas de doute.   Ils sont châtiés par Jefferson Hope, qui s'arroge les pouvoirs de la justice, en tant que vengeur de Lucy et John Ferrier.

C'est très bon d'un point de vue dramatique, dans un roman.  Il n'y aurait pas de mystère sinon.  Mais on peut se demander s'il est bien normal qu'un individu prenne la justice dans ses mains, puisque Jefferson Hope meurt quelques temps après sa capture.  D'après certaines déclarations de Nero Wolfe, dans La montagne noire de Rex Stout, les suspects devraient être jugés par les autorités compétentes, mais on voit dans les mêmes romans de Rex Stout une bonne place accordée à la justice expéditive.  Sujet de débat !

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, Bob.

Frère de Lucy Ferrier; mort.

Charpentier, Alice.  

Fille de Mme; sœur d'Arthur.

Charpentier, Arthur.  

Sous-lieutenant dans la marine de l'État; frère d'Alice; a mis Drebber à la porte.

Charpentier, Mme.  

Logeuse d'Enoch J. Drebber; mère d'Alice et Arthur; veuve.

Cowper.  

Mormon, ami de Jefferson Hope.

Dennis, Sally.

Fille de Mme Sawyer; mariée depuis un an avec Tom Dennis; personnage inventé par le complice de Jefferson Hope.

Dennis, Tom.  

Mari de Sally; brutal dans ses meilleurs moments; boit; bon gars au fond; amateur de femmes et de boisson; personnage inventé par le complice de Jefferson Hope.

Drebber.  

Un des principaux anciens des Mormons.

Drebber, Enoch J. 

Bien mis; Américain; mort sans cause apparente; 43-44 ans; taille moyenne; large d'épaules; cheveux noirs et crépus; bien habillé; agonie douloureuse; apparence simiesque; empoisonné; sinistre; le vice dans toute sa malice; habitudes grossières; manières brutales; buvait; familier avec les bonnes; irrespectueux avec Alice Charpentier; veuf de Lucy Ferrier; fils de dirigeant mormon; victime de Jefferson Hope [légitime vengeance].

Ferrier, Lucy.  

Fille adoptive de John Ferrier; devient très jolie; forcée d'épouser Enoch Drebber; morte après un mois de mariage; voulait épouser Jefferson Hope.

Ferrier, John.  

40 à 60 ans; air hagard; visage décharné; main squelettique; haute taille; constitution robuste et nerveuse; yeux farouches; a une petite fille de 5 ans; père adoptif de Lucy; guide précieux; chasseur infatigable; âpre au gain; habile de ses dix doigts; santé de fer; prospère avec les Mormons; devient riche; a refusé d'avoir plusieurs femmes; strictement célibataire; droit; refuse de laisser Lucy épouser un Mormon; tué par les Mormons pendant sa fuite; victime de Joseph Strangerson.

Gregson, Tobias.  

Le meilleur limier de Scotland Yard; rapide et énergique; routinier de façon scandaleuse comme Lestrade; jaloux de Lestrade; haute taille; visage blafard; cheveux de couleur de lin; blond; mains grassouillettes.

Holmes, Sherlock. 

Travaille à l'hôpital au laboratoire de chimie; cherche un colocataire; ferré à glace en anatomie; chimiste de premier ordre; a amassé un tas de connaissances qui étonneraient les professeurs; assez bon type; un peu trop scientifique; insensible; vigoureux; peut être plusieurs jours sans ouvrir la bouche; joue du violon; don de divination extraordinaire; travaille avec énergie puis reste plusieurs jours sans rien faire; mesure un peu plus d'un mètre quatre-vingts; excessivement mince; yeux vifs et perçants; nez aquilin et fin; menton carré et proéminent; ignorant en littérature, philosophie et politique; connaît les drogues, tous les poisons, les différentes sortes de terrains, la chimie, l'anatomie, l'historique des crimes horribles, les lois anglaises; aide les détectives et possède une clientèle; a écrit une monographie sur les cendres de cigares; sensible aux compliments; détective.

Hope, Jefferson.  

Meurtrier d'Enoch J. Drebber; mesure plus d'un mètre quatre-vingts; dans la force de l'âge; petits pieds; fume des cigares de Trichinopoli; visage haut en couleur; ongles de sa main droite remarquablement longs; meurtrier de Joseph Strangerson; très fort; a été un jeune chasseur en Utah; amoureux de Lucy Ferrier; gagne l'amitié de John Ferrier; a demandé Lucy en mariage; a participé à la fuite de Lucy et de son père; [légitime vengeance]; a un anévrisme à l'aorte; mort de son anévrisme; vie très difficile à poursuivre Drebber et Strangerson; arrêté grâce à Sherlock Holmes.

Kembald. 

Un des principaux anciens des Mormons.

Lestrade. 

Petit homme à l'œil noir; face de rat au teint plombé; connaissance de Sherlock Holmes; détective très connu; jaloux de Gregson; mince de taille; allure chafouine; 20 ans d'expérience.

Murcher, Harry.  

Agent de police; collègue de John Rance.

Murray.  

Ordonnance du docteur Watson en Afghanistan; a sauvé Watson blessé.

Neruda, Norman.  

Violoniste au concert de Hallé ?; femme ?

Pete.  

Indien (d'Amérique); mort.

Rance, John. 

Agent de police; a trouvé le corps d'Enoch Drebber; imbécile; a laissé filer le meurtrier de Drebber [Jefferson Hope].

Sawyer, Mme. 

Très vieille femme au visage tout ridé; yeux larmoyants; mère de Sally Dennis; vient récupérer la bague chez Holmes; vieille taupe; en réalité homme jeune et actif; complice de Jefferson Hope.

Smith, Joseph. 

Personnage sacré chez les Mormons; très saint .

Stamford.  

A servi sous Watson à Barts; ex-infirmier; a mis Watson en relation avec Sherlock Holmes.

Strangerson, Joseph.  

Secrétaire particulier de Drebber; assassiné au Holiday's Private Hotel; a abattu John Ferrier; fils de dirigeant mormon; prétendant de Lucy Ferrier avec Enoch Drebber; victime de Jefferson Hope [légitime vengeance].

Strangerson l'ancien.  

Mormon; a trois épouses; a un fils volontaire et hardi [Joseph].

Watson.  

Reçu médecin en 1878 à l'université de Londres; a été aide-major pour le 5e régiment de fusiliers de Northumberland en garnison aux Indes; a reçu une balle Jezail à l'épaule pendant la seconde guerre d'Afghanistan; chirurgien militaire; renvoyé en Angleterre à la suite de fièvres; admirateur et colocataire de Holmes.

Wiggins. 

Chef des petits auxiliaires de Sherlock Holmes; petit mendiant.

Young, Brigham. 

Pas plus de trente ans; tête massive; air résolu; chef des Mormons; administrateur avisé; trapu; force Lucy Ferrier à choisir entre les fils de Drebber et Strangerson.

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- 1 -

- [Watson] […] Vous [Sherlock Holmes] me rappelez le Dupin d'Edgar Allan Poe. […] les romans de Gaboriau […] Lecoq […]


- 2 -

Si jamais face humaine exprima le vice dans toute sa malice, ce fut bien celle d'Enoch J. Drebber de Cleveland ! … Ce qui ne m'empêchait pas d'admettre qu'il fallait bien que justice se fît. La dépravation de la victime ne constitue pas une excuse aux yeux de la loi.


- 3 -

[…] l'article [du Daily Telegraph] s'achevait sur une remontrance au gouvernement : il préconisait une surveillance plus étroite des étrangers en Angleterre.


- 4 -

[…] à cette époque, il ne faisait pas bon émettre une idée non orthodoxe dans le Pays des Saints ! A telle enseigne que même les plus saints osaient à peine chuchoter tout bas ce qu'ils pensaient sur la religion : une parole tombée de leurs lèvres pouvait attirer sur eux un prompt châtiment si elle était interprétée à contre-sens. Les victimes de la persécution étaient, à leur tour, devenues des persécuteurs de la pire espèce. Ni l'Inquisition de Séville, ni la Sainte-Vehme allemande, ni les sociétés secrètes d'Italie ne mirent en marche machine plus redoutable que celle qui assombrit jadis l'État de l'Utah.


- 5 -

Ce qui rendait plus terrible cette organisation, c'était son invisibilité et le mystère qui l'entourait. Elle semblait omnisciente et omnipotente; et cependant, on ne pouvait ni la voir ni l'entendre. L'homme qui résistait à l'Église disparaissait sans laisser de trace. En vain sa femme et ses enfants l'attendaient : il ne revenait pas dire comment ses juges secrets l'avaient traité. Lâchait-on un mot, commettait-on une imprudence ? on était anéanti. Et les colons ne connaissaient pas la nature de cette puissance terrible dont ils sentaient constamment la menace suspendue sur leur tête ! Leur vie n'était que crainte et tremblement. Même isolés au fond du désert, ils n'osaient murmurer les doutes qui les accablaient. […]


- 6 -

La polygamie menaça de devenir lettre morte : on manquait de femmes. D'étranges rumeurs commencèrent à circuler; il y était question d'immigrants assassinés et de camps pillés en des régions où l'on n'avait jamais vu d'Indiens. Dans les harems des anciens, on voyait de nouvelles femmes, éplorées et languissantes; elles portaient sur leur visage le reflet d'une atrocité inoubliable. Des voyageurs surpris par la nuit dans les montagnes avaient vu se glisser dans l'ombre des bandes d'hommes armés et masqués. Ces racontars se précisèrent, se confirmèrent.

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