Poirot : Rendez-vous avec la mort (1938)

Tous les titres :

A.B.C. contre Poirot

À l'hôtel Bertram

Affaire Prothéro ( L')

Aventure de l'"Étoile de l'Ouest" (L')

Aventure de l'appartement bon marché (L')

Aventure du tombeau égyptien (L')

Cadavre dans la bibliothèque (Un)

Cartes sur tables

Chat et les pigeons (Le)

Cheval à bascule (Le)

Cheval pâle (Le)

Cinq heures vingt-cinq

Cinq petits cochons

Club du mardi (Le)

Couteau sur la nuque (Le)

Crime d'Halloween (Le)

Crime de l'Orient-Express (Le)

Crime de Regent's Court (Le)

Crime du golf (Le)

Demoiselle de compagnie (La)

Destination inconnue

Dernière énigme (La)

Disparition de Mr. Davenheim (La)

Dix petits nègres

Double péché

Drame en trois actes

Énigme du testament de Mr. Marsh (L')

Enlèvement du Premier Ministre (L')

Flux et le reflux (Le)

Géranium bleu (Le)

Guêpier (Le)

Heure zéro (L')

Homme au complet marron (L')

Indice de trop (Un)

Indiscrétions d'Hercule Poirot (Les)

Jeux de glaces

Lingots d'or (Les)

Maison biscornue (La)

Major parlait trop (Le)

Mémoire d'éléphant (Une)

Meurtre au champagne

Meurtre de Roger Ackroyd (Le)

Meurtre en Mésopotamie

Meurtre sera commis le ... (Un)

Mort avait les dents blanches (Le)

Mort n'est pas une fin (La)

Mort sur le Nil

Motif contre occasion

Mrs Mac Ginty est morte

Mystère de Hunters's Lodge (Le)

Mystère du bahut espagnol (Le)

Mystère du vase bleu (Le)

Mystérieuse affaire de Styles (La)

N. ou M.

Némésis

Noël d'Hercule Poirot (Le)

Noyée au village (Une)

Nuit qui ne finit pas (La)

Pendules (Les)

Pension Vanilos

Plume empoisonnée (La)

Poignée de seigle (Une)

Poirot joue le jeu

Poirot quitte la scène

Pouce de saint Pierre (Le)

Poupée de la couturière (La)

Quatre (Les)

Quatre suspects (Les)

Rendez-vous à Bagdad

Rendez-vous avec la mort

Retour d'Hercule Poirot (Le)

Rêve (Le)

Sanctuaire d'Astarté (Le)

Sept cadrans (Les)

Seuil ensanglanté (Le)

Signal rouge (Le)

S.O.S.

Témoin indésirable

Témoin muet

Témoin à charge

Trio à Rhodes

T.S.F.

Train bleu (Le)

Tragédie de Mardson Manor (La)

Train de 16 h 50 (Le)

Troisième fille (La)

Vacances d'Hercule Poirot (Les)

Vallon (Le)

Vol d'un million de dollars de bons

Dans Rendez-vous avec la mort d'Agatha Christie, il n'y a pas beaucoup d'incertitude quant à l'identité de la personne qui sera assassinée.  Mrs Boynton est une sorte de victime désignée.  Elle opprime très visiblement sa famille et il n'est pas surprenant que tout le monde la déteste.

Quant aux suspects, Agatha Christie utilise sa technique habituelle.  Elle soumet une liste de quatre ou cinq ou six ou sept personnages qui sont examinés à tour de rôle.  Chacun des suspects possède un mobile logique et valable pour avoir commis le crime.  Certains des suspects s'incriminent eux-mêmes.  Des preuves en désignent d'autres.  Mais il faut toujours se méfier des premiers suspects ou des suspects trop évidents.  Un individu devient quasiment innocent par le fait d'être officiellement désigné comme coupable.

Carol et Raymond Boynton sont suspects, parce que Hercule Poirot, lui-même les a entendus comploter la mort de leur belle-mère.  Peut-il y avoir preuves plus concluantes que les propres "aveux" des coupables ?  Pourtant avoir discuté du projet ne veut pas dire que Carol et Raymond sont réellement passés aux actes.

Plusieurs témoins s'incriminent eux-mêmes en mentant lorsque interrogés par Poirot.  C'est le cas, notamment, de Nadine, Lennox et Raymond Boynton et de Sarah King.  Cela n'est fait pas automatiquement des coupables, on comprend qu'ils tentent maladroitement de se disculper eux-mêmes ou de protéger quelqu'un d'autre.  Agatha Christie joue là-dessus à fond.

A propos de la controverse Sarah Kind, Raymond Boynton sur l'heure de la mort de Mrs Boynton.  On est tenté de croire plus Sarah que Raymond, parce que le témoignage de Miss King incrimine Raymond, dont on sait que Sarah est amoureuse.  Cependant, savoir que Raymond ment n'en fait pas automatiquement un coupable, voilà toute la complexité de l'affaire.  Sarah King elle-même ment, en revendiquant la propriété de la seringue, mais c'est pour couvrir quelqu'un d'autre.

Le docteur Gérard est un suspect, parce que c'est un Français et aussi à cause de son retour précipité au camp.  Son malaise n'aurait-il pas été une simulation qui lui aurait permis de commettre le crime, afin de sauver Geneviève Boynton ?

Jefferson Cope est un de ces amis de la famille amoureux de l'épouse : Nadine Boynton.  On sait que, pour Agatha Christie, la séparation est impossible.  L'amour qu'éprouve Jefferson Cope pour Nadine Boynton doit demeurer platonique.  Nadine Boynton ne quittera jamais réellement son mari.  Les deux seules solutions sont le réconciliation ou la mort d'une ou plusieurs des personnes impliquées dans ce triangle amoureux.  Jefferson Cope aurait pu assassiner Mrs Boynton pour que Nadine hérite d'une grosse somme et tenter de s'enfuir avec elle, mais ce n'est pas le résultat obtenu.

En interrogeant lady Westholme et Miss Pierce, Poirot découvre deux choses.  Premièrement, que lady Westholme est une femme intelligente, qui possède un très grand sens de l'observation.  Deuxièmement, que Miss Pierce est aisément influençable et que son témoignage ne vaut pas grand chose.

Lady Westholme est un de ces personnages secondaires, apparemment insoupçonnables, qui finissent par être les véritables coupables.  Quelques indices pouvaient laisser entrevoir cette solution.

Les Boynton sont les premiers suspects, parce qu'ils ont un mobile pour avoir commis le crime.  C'est en même temps trop évident.  Il est fort possible que l'on doive chercher ailleurs.

Les Boynton ont été opprimés toute leur vie par leur belle-mère.  La culpabilité de l'un d'eux aurait été une grande injustice, parce que les gens n'ont pas le droit de se faire justice eux-mêmes.  Si un des Boynton avait été le coupable, il aurait dû payer pour son acte.  Cela aurait été comme ajouter une injustice à une autre.  On peut dire que lady Westholme est sacrifiée pour permettre aux Boynton de se libérer.

Quand Mrs Boynton déclare à Sarah King qu'elle n'oublie jamais rien, on note que la belle-mère regarde par dessus l'épaule de Sarah et que lady Westholme se trouve à portée de voix.  En fait Mrs Boynton s'adressait à lady Westholme.  On voit une scène semblable dans Le major parlait trop, où le major Palgrave ne regardait pas la personne à laquelle on pensait.

Le sacrifice de lady Westholme, une personne qui a déjà fait de la prison aux États-Unis, est un moindre mal pour Agatha Christie.  Toutefois, en considération du mérite et du dynamisme de la lady, sa culpabilité sera tenue secrète et elle sera autorisée à se suicider, pour éviter le scandale.

La romancière a planifié son coup, non seulement pour qu'aucun des Boynton ne soit coupable, mais en plus pour que chacun trouve un compagnon ou une compagne qui l'aidera à progresser dans le reste de sa vie.  Raymond Boynton épouse Sarah King, une femme forte et intelligente.  Geneviève épouse le docteur Gérard, un médecin spécialiste des maladies du cerveau.  Carol Boynton épouse Jefferson Cope, qui a amplement prouvé qu'il était un homme d'honneur.  Après tout, une soeur en vaut bien une autre.

Ce roman dénonce une famille non traditionnelle.  Mrs Boynton est la belle-mère et non pas la mère.  Le modèle de la famille traditionnelle est constitué d'une femme et d'un homme mariés pour la vie, qui font des enfants ensemble.  Les divorces, les remariages, les adoptions et les enfants illégitimes sont considérés comme inacceptables.

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Boynton, Carol.

Jeune fille; cheveux bruns; sœur de Raymond; Américaine; ressemble beaucoup à Raymond; enfant de la première femme d'Elmer; 23 ans; épouse Jefferson Cope.

Boynton, Elmer.

Très connu; se maria deux fois; ancien mari de Mrs Boynton; décédé; a légué une immense fortune à sa femme; a été gouverneur d'une prison; Américain.

Boynton, Geneviève.

Cheveux blonds; jolie; 19 ans; maigre; dit Jenny; fille de la deuxième Mrs Boynton; délicate; troubles psychologiques; schizophrène ?; manie de la persécution; yeux magnifiques; devient une artiste de grand talent; épouse Théodore Gérard; célèbre; voix mélodieuse.

Boynton, Lennox.

Grand; jeune; efflanqué; trentaine d'années; sans énergie; mari de Nadine; frère aîné de Carol et Raymond; épuisé; à bout de souffrance; blond; fils d'Elmer et de la première Mrs Boynton.

Boynton, Mrs.

Mère de Geneviève; deuxième femme d'Elmer; belle-mère de Carol, Lennox et Raymond; folle ?; méchante; bouffie de graisse; air sinistre; hydropique; cardiaque; vieille mégère; affreusement tyrannique; énergique; haïe par sa famille; sourire de reptile; veuve d'Elmer; a été superbe; dominait son mari; a été gardienne de prison; aime opprimer ses semblables; sadique; vieille guenon; incarnation du mal; pitoyable; désagréable au possible; tyran domestique; avait hérité de son mari une fortune considérable; assassinée par lady Westholme.

Boynton, Nadine.

Femme de Lennox; brune et pâle; maternelle pour son mari; ne craint pas Mrs Boynton; cheveux noirs; a été nurse dans un hôpital; très pauvre; énergique; forte volonté; envisage de quitter son mari; svelte; demeure avec son mari; elle et Lennox ont deux enfants.

Boynton, Raymond.

Dit Ray; frère de Carol; Américain; profil grec; 23-24 ans; mentalité faible; sensible; intelligent; timide; enfant de la première femme d'Elmer; amoureux de Sarah King; épouse Sarah King; écrit des romans; devient célèbre.

Carbury.

Colonel; moustache en broussaille; taille moyenne; trapu; sans élégance; à moitié chauve; yeux bleus; regard doux et rêveur; homme d'ordre; honnêteté foncière; vieux soldat; esprit clair et ordonné.

Chantereau.

Professeur; Français.

Cope, Jefferson.

Age moyen; aspect sympathique; Américain; belle apparence; amoureux de Nadine Boynton; parfait chevalier; amoureux platonique; optimiste par paresse d'esprit; épouse Carol Boynton; dit Jef.

Gérard, Théodore.

Français; haute stature; âge moyen; docteur; antipathie pour Mrs Boynton; étudie les anomalies du cerveau humain; atteint de la malaria; renommée mondiale; épouse Geneviève Boynton.

King, Sarah.

Médecin; jeune fille; cheveux noirs; déteste Mrs Boynton; possède une haute opinion d'elle-même; se sait séduisante; a rompu ses fiançailles avec un médecin; énergique; nerfs solides; forte volonté; Anglaise; amoureuse de Raymond Boynton; épouse Raymond Boynton.

, Mahmoud.

Drogman; énorme; antisémite; infect.

Pierce, Amabel.

Petite; âge moyen; allure effacée; a été nurse privée; demoiselle.

Poirot, Hercule.

Craint l'air extérieur; détective belge; fameux; petit; sûr de lui; tête ovoïde; grosse moustache; recherche vestimentaire; cheveux teints ?; le plus grand détective du monde; sémillant.

Race.

Colonel; ami d'Hercule Poirot; de l'Intelligence Service.

Stone, Manders.

Sir; archéologue anglais.

Trollope, Anthony.

Écrivain; connaissance d'Hercule Poirot.

Westholme.

Lady; très connue dans les milieux politiques; énorme; nez proéminent; énergique; membre du Parlement; pairesse; femme du lord; très respectée; universellement haïe; jouit pleinement de sa réussite; meurtrière de Mrs Boynton; avait connu Mrs Boynton quand elle était en prison aux États-Unis; se suicide [le suicide est présenté comme un accident].

Westholme.

Lord; âge moyen; ne s'intéresse qu'à la chasse et à la pêche; mari de lady.

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- 1 -

- [Sarah King] Je la [Mrs Boynton] juge plutôt affreusement tyrannique. […]  Elle les [Les Boynton] tient tous sous sa férule … Ils la craignent … C'en est scandaleux !


- 2 -

- [Le docteur Gérard] D'étranges instincts se cachent dans notre subconscient : la soif de domination … la cruauté … le besoin de détruire … Oui, miss King, nous portons en nous cette volupté du meurtre et de la sauvagerie, héritage de notre passé barbare … Nous fermons la porte et nous refusons de les écouter, mais ces instincts sont parfois trop forts.  […] L'homme est un animal équilibré. Une nécessité primordiale s'impose à lui : se survivre. Aller trop de l'avant lui est aussi funeste que de traîner en arrière. Il doit se survivre. Pour cela, il est souvent contraint de conserver une partie de l'ancienne sauvagerie, mais il ne doit, en aucun cas, la déifier !


- 3 -

- [Nadine Boynton] J'ai entendu dire, monsieur Poirot, que, dans le crime de l'Orient-Express, grâce à vous, l'enquête s'est terminée par un non-lieu.

Poirot la regarda d'un œil curieux.

- Qui vous a dit cela ?

- Est-ce vrai ?

- Oui, mais, le cas est … différent.

- Non, il n'est pas différent ! La victime était un être malfaisant … Ma belle-mère …

Poirot l'interrompit :

- La moralité de la victime ne change rien à l'affaire ! Quiconque s'arroge le droit de faire justice en supprimant la vie d'un de ses semblables est dangereux pour la société. C'est moi qui vous le dis, moi Hercule Poirot !

- Vous êtes impitoyable !

- Inflexible, madame ! Jamais je ne pardonne l'assassinat ! Voilà le dernier mot d'Hercule Poirot !

[Poirot est en contradiction avec lui-même.  Dans Le crime de l'Orient-Express les coupables ont bien été laissés en liberté.]

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