Poirot : Cinq petits cochons (1943)

Tous les titres :

A.B.C. contre Poirot

À l'hôtel Bertram

Affaire Prothéro ( L')

Aventure de l'"Étoile de l'Ouest" (L')

Aventure de l'appartement bon marché (L')

Aventure du tombeau égyptien (L')

Cadavre dans la bibliothèque (Un)

Cartes sur tables

Chat et les pigeons (Le)

Cheval à bascule (Le)

Cheval pâle (Le)

Cinq heures vingt-cinq

Cinq petits cochons

Club du mardi (Le)

Couteau sur la nuque (Le)

Crime d'Halloween (Le)

Crime de l'Orient-Express (Le)

Crime de Regent's Court (Le)

Crime du golf (Le)

Demoiselle de compagnie (La)

Destination inconnue

Dernière énigme (La)

Disparition de Mr. Davenheim (La)

Dix petits nègres

Double péché

Drame en trois actes

Énigme du testament de Mr. Marsh (L')

Enlèvement du Premier Ministre (L')

Flux et le reflux (Le)

Géranium bleu (Le)

Guêpier (Le)

Heure zéro (L')

Homme au complet marron (L')

Indice de trop (Un)

Indiscrétions d'Hercule Poirot (Les)

Jeux de glaces

Lingots d'or (Les)

Maison biscornue (La)

Major parlait trop (Le)

Mémoire d'éléphant (Une)

Meurtre au champagne

Meurtre de Roger Ackroyd (Le)

Meurtre en Mésopotamie

Meurtre sera commis le ... (Un)

Mort avait les dents blanches (Le)

Mort n'est pas une fin (La)

Mort sur le Nil

Motif contre occasion

Mrs Mac Ginty est morte

Mystère de Hunters's Lodge (Le)

Mystère du bahut espagnol (Le)

Mystère du vase bleu (Le)

Mystérieuse affaire de Styles (La)

N. ou M.

Némésis

Noël d'Hercule Poirot (Le)

Noyée au village (Une)

Nuit qui ne finit pas (La)

Pendules (Les)

Pension Vanilos

Plume empoisonnée (La)

Poignée de seigle (Une)

Poirot joue le jeu

Poirot quitte la scène

Pouce de saint Pierre (Le)

Poupée de la couturière (La)

Quatre (Les)

Quatre suspects (Les)

Rendez-vous à Bagdad

Rendez-vous avec la mort

Retour d'Hercule Poirot (Le)

Rêve (Le)

Sanctuaire d'Astarté (Le)

Sept cadrans (Les)

Seuil ensanglanté (Le)

Signal rouge (Le)

S.O.S.

Témoin indésirable

Témoin muet

Témoin à charge

Trio à Rhodes

T.S.F.

Train bleu (Le)

Tragédie de Mardson Manor (La)

Train de 16 h 50 (Le)

Troisième fille (La)

Vacances d'Hercule Poirot (Les)

Vallon (Le)

Vol d'un million de dollars de bons

Il y a, chez Agatha Christie, beaucoup d'histoires de femmes qui empoisonnent leur mari.  C'est le genre de fait divers qui a dû beaucoup frapper l'imagination de la romancière.  On en trouve une version dans Cinq petits cochons.

Caroline Crale a été condamnée pour avoir empoisonné son mari, mais était-elle réellement coupable ?

Le moins qu'on puisse dire est que le mari n'était pas un cadeau.  Amyas Crale trompait régulièrement sa femme au vu et au su de tout le monde.  Sa dernière trouvaille a été d'introduire chez lui Elsa Greer, une jeune femme qui avait tout bonnement le projet de l'arracher à sa famille et de l'épouser.  Or, au 19ème siècle, il était absolument interdit de remettre en question l'institution du mariage.  Amyas Crale avait tort de tromper ouvertement sa femme et d'introduire une maîtresse chez lui.  Elsa Greer avait tort de pourchasser un homme marié.  Les deux devaient payer pour leurs crimes.  La mort d'Amyas Crale était normale et prévisible, étant donné les circonstances.

La relation entre Caroline Crale et son mari est tout à fait symptomatique de la manière de voir le mariage au 19ème siècle.  Si on lit tous les romans d'Agatha Christie, tous les romans de Simenon, d'Émile Gaboriau, de Rex Stout, d'Earl Derr Biggers et qu'on analyse toutes les relations de couple qu'on y voit, on en arrive à la conclusion que seul la mariage sans amour, pour la vie, peut tout expliquer.  Si un mari et sa femme s'aiment c'est bien, mais ce n'est pas essentiel.  En fait, plusieurs, comme Schopenhauer, n'ont jamais cru qu'un homme et une femme étaient faits pour s'aimer toute la vie.  Ce qui ne veut pas dire que le mariage ne soit pas nécessaire.  Il faut simplement dissocier les sentiments du mariage.  

Agatha Christie prétend, dans les Cinq petits cochons, que Caroline et Amyas Crale se battaient comme chien et chat, mais s'aimaient quand même.  C'est exactement la même chose que prétend Simenon dans Le chat.  Chacun peut juger si cette manière de vivre serait satisfaisante pour lui.  Plusieurs pourraient la trouver monotone.  En tout cas, on ne peut pas exclure l'hypothèse du mariage sans amour.  Le mari trompe sa femme autant qu'il peut et mari et femme se chamaillent toute la journée.  Agatha Christie prétend qu'ils s'aiment, mais c'est elle qui le dit.

Ce qu'on demande à un homme et à sa femme, ce n'est pas de s'aimer, c'est de collaborer ensemble, de vivre ensemble, de travailler chacun dans son domaine, l'épouse à la maison, le mari à l'extérieur de la maison et d'avoir des enfants pour la continuation du monde.

Deux traits du caractère d'Amyas Crale sont soulignés plusieurs fois, son autoritarisme et son égoïsme.  On pourrait penser que ces deux traits sont négatifs, mais pas nécessairement selon la morale de l'ancien temps qui considérait que l'autorité était nécessaire à société.  L'autorité est nécessaire et doit se faire respecter, donc l'utilisation de la force est justifiée.  Si le roi peut être autoritaire, le père de famille aussi.  L'égoïsme n'est pas nécessairement condamné non plus.  Il est un peu normal pour une haute personnalité, un grand artiste d'être égocentrique et égoïste.  En fait, Amyas Crale ressemble beaucoup à des personnages que l'on retrouve chez Simenon : Émile Ducrau de L'écluse no 1, Maugin des Volets verts et le docteur Gouin de Maigret se trompe.  La majorité des dirigeants, chez Simenon, sont des despotes.

Amyas Crale était coupable de tromper sa femme avec ostentation.  A force de prendre des risques, il a fait une connerie de trop et a été puni.  Peu importe de quelle manière.

Elsa Greer est la femme trop jolie et trop passionnée, qui représente un danger permanent pour la paix des ménages, très semblable à Arlena Stuart des Vacances d'Hercule Poirot.  On voit bien qu'Agatha Christie condamnait ce genre de femmes et ce qu'elles représentent.  Arlena Stuart est assassinée, tandis que tout le monde déteste Elsa Greer.  Celle-ci fait tout ce qu'il ne faut pas faire, elle courait après les hommes mariés et divorçait comme on dit bonjour.  Elle méritait la mort, mais Agatha Christie innove dans son cas.  D'habitude, dans les romans, on prend pour acquis que ceux qui meurent ont tort, tandis que ceux qui survivent sont innocents.  Ici c'est le contraire.  Caroline Crale est morte heureuse, croyant avoir payé sa dette envers Angela Warren et allant rejoindre son mari, dont elle ne pouvait se passer.  Elsa Greer, elle, est une morte vivante.  Elle vit mais sans aucun plaisir.

La sympathie de la romancière va évidemment à Caroline Crale, l'épouse légitime, qui refusait le divorce, qui en son mari aimait l'homme et non le peintre, avait un regard doux et timide et un visage émouvant.  Caroline Crale n'a rien à se reprocher dans cette histoire.

Une partie d'une enquête policière consiste à rechercher des témoins, mais tous les témoins n'ont pas la même crédibilité.  Il faut savoir interpréter les témoignages.  Cecilia Williams, Caleb Jonathan, Angela Warren et Meredith Blake sont des témoins bien plus valables qu'Elsa Greer et Philip Blake.

Cecilia Williams est particulièrement remarquable.  Cette femme est une véritable ascète, qui vit en ermite.  Miss William est pauvre parce qu'elle est honnête.  Elle n'a jamais volé personne.  Elle n'a jamais eu d'ambition.   Si elle avait été ambitieuse, elle aurait recherché des emplois bien rémunérés et serait plus prospère.  Elle s'est contentée toute sa vie de faire son devoir.  C'est pourquoi elle est en paix avec elle-même et, à son âge, est encore lucide et s'intéresse aux gens et aux choses.  Cecilia Williams vit presque comme une religieuse, dans la pauvreté, l'abstinence et la solitude.  Agatha Christie, qui croyait à la loi et à l'ordre, avait évidemment une grande sympathie pour ce genre de femme.  On retrouve plusieurs personnages de bonne gouvernante chez la créatrice d'Hercule Poirot.

Il faut cependant reconnaître les limites  de Cecilia Williams.  Tout ce qu'elle dit à propos de la morale est vrai à cent pour cent.  Par contre, son jugement est largement erroné en ce qui concerne les arts.  Miss Williams est spécialisée en morale, pas dans les arts, la poésie ou les sentiments.  Cecilia Williams a raison de condamner le comportement d'Elsa Greer et d'Amyas Crale, mais elle a tort de ne pas reconnaître Crale comme un grand peintre, ce qui n'était cependant pas une raison pour lui de remettre en question l'institution du mariage.

Caleb Jonathan est un homme pondéré, un grand seigneur, qui a de la classe et pose des jugements modérés sur les gens.  On peut donc avoir une certaine confiance en lui lorsqu'il critique Philip Blake.  Celui-ci devient par contre moins crédible.

Angela Warren est présentée comme une jeune femme courageuse, intelligente, gaie et active, qui surmonte son handicap.  On ne peut qu'être tenté de la croire lorsqu'elle prend la défense de Caroline Crale.  Angela Warren, comme Cecilia Williams, représente l'ordre, le devoir et le courage tel qu'appréciés par Agatha Christie.

Meridith Blake est crédible, parce qu'il se prononce dans le sens de la théorie déjà établie.  Il critique Elsa Greer et Amyas Crale.

Philip Blake est un personnage antipathique de l'histoire.  Les requins de la finance sont souvent dépréciés.  Philip Blake met un tel acharnement à démolir Caroline Crale qu'on se demande s'il n'agit pas en amoureux éconduit, ce qui est effectivement le cas.  Philip Blake a tort de prendre la défense d'Amyas Crale, nos lectures antérieures nous ont prouvé que les maris ne doivent pas tromper leur femme au vu et au su de tout le monde.  Philip Blake a déjà été déprécié par Caleb Jonathan.

On sait qu'on doit accueillir le témoignage d'Elsa Greer avec beaucoup de scepticisme, parce qu'elle est une des coupables, comme maîtresse d'un homme marié.  

Finalement, Elsa Greer est aussi coupable du meurtre d'Amyas Crale.  En cela Agatha Christie est économe en ressources.  A la rigueur, le coupable aurait pu être n'importe qui, mais la romancière préfère concentrer les projecteurs sur les trois protagonistes principaux.

Cinq petits cochons est une énième version des mésaventures d'un mari, de sa femme et de sa maîtresse.

Le drame d'Elsa Greer aurait peut-être été moins grand si quelqu'un d'autre avait tué son amant.  Elle a elle-même dû assassiner l'homme qu'elle aimait, c'est un peu comme si elle était responsable de la mort de son enfant.  En assassinant Amyas, elle s'assassinait en même temps.  Elle doit vivre avec ce remords pour le reste de ses jours.

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Avis.

Antipathie pour Elsa Greer; président du tribunal qui a condamné Caroline Crale; a fait les quatre cents coups dans sa jeunesse mais ne badinait pas avec la morale au tribunal.

Blake, Meredith.

Frère aîné de Philip; gentilhomme campagnard; ne sort guère de chez lui; fabrique des remèdes avec les plantes; a été mauvais témoin au procès de Caroline Crale; assez fade; insignifiant; né naturaliste; indécis; maigres revenus; visage sympathique; yeux d'un bleu lavé; bouche molle; moustache broussailleuse; a l'air plus vieux que Philip; avait un culte pour Caroline Crale; dit Merry; critique la conduite d'Amyas Crale et Elsa Greer; était amoureux d'Elsa Greer et l'avait demandé en mariage.

Blake, Philip.

Grand ami d'Amyas Crale; joue à la Bourse et s'en tire fort bien; a réussi et pris du ventre; frère de Meredith; a été très dur pour Caroline Crale; a été un sale petit bonhomme désagréable qui ne pensait qu'à gagner de l'argent; content de lui; 50-60 ans; profonde antipathie pour Caroline Crale; a déjà été amoureux de Caroline ?; 2 ans plus jeune qu'Amyas Crale; parrain de Carla Lemarchant; dit Phil; aimait Caroline Crale.

Conway.

Inspecteur; policier.

Crale, Amyas.

Peintre assez connu; père de Carla Lemarchant; mari de Caroline Crale; solide gaillard; débordant de vie; coureur; buveur; aimait les plaisirs de la chair; allait d'aventure en aventure; [coupable]; avait 40 ans; était fou d'Elsa Greer; voulait divorcer pour l'épouser ?; bon vivant; égoïste que le remords ne pouvait tourmenter; ne prenait pas la peine de cacher ses liaisons; fils de Richard; hérita des goûts artistiques de sa mère mais du caractère autoritaire et de l'égoïsme de son père; frère de Diana; solide; puissant; beau; mariage d'amour; égoïste forcené; aimait sa femme mais ne se gênait pas pour elle; aimait son art plus que tout [mélange de Gouin, Ducrau, Maugin. Voir Simenon]; pas sentimental; pas romanesque; conduite inadmissible; près de 20 ans de plus qu'Elsa Greer; exceptionnel talent; avait l'intention de rompre avec Elsa Greer; aimait réellement sa femme; cynique et cruel; victime d'Elsa Greer.

Crale, Caroline.

Femme d'Amyas; mère de Carla Lemarchant; accusée et condamnée pour avoir empoisonné son mari il y a 16 ans [était innocente]; morte un an après le procès; franche; séduisante; impulsive et déséquilibrée ?; se querellait avec son mari; refusait le divorce; aimait vraiment son mari; remarquable; née Spalding; a blessé et défiguré Angela Warren quand elle était jeune; en Amyas aimait l'homme et non le peintre; hypocrite ?; froide ?; calculatrice ?; méchante ?; égoïste ?; était comme chien et chat avec son mari; [Voir Le chat de Simenon]; long visage ovale; regard doux et timide; visage émouvant; avait 34 ans; était mariée depuis 10 ans.

Crale, Diana.

Sœur d'Amyas; a épousé un garçon qui n'était pas un gentleman.

Crale, Enoch.

Père de Richard; grand-père d'Amyas; gentilhomme campagnard.

Crale, Richard.

Père d'Amyas; fils d'Enoch; gentilhomme campagnard; sa femme aimait la poésie, la musique et jouait de la harpe; sa femme avait une santé fragile; sa femme a choisi le prénom d'Amyas.

Crippen.

Docteur; petit; a tué sa femme qui était une énorme matrone qui lui donnait un complexe d'infériorité.

Cronshaw.

Amiral; en retraite; sa famille est dans le Devon depuis quatre générations; ami d'Hercule Poirot.

Depleach, Montague.

Sir; sourire de loup; avocat; défendait Caroline Crale; célèbre; vigueur; magnétique; brutalité voulue.

Dittisham, Edward.

Lord; mari d'Elsa Greer; grand et mince; un peu moins de 40 ans; Pair du Royaume; poète; front haut; menton accusé; bel homme; beaucoup d'argent mais peu de goût.

Edmunds.

Principal clerc des Mayhew; tête carrée; sourcils broussailleux; antipathie pour Elsa Greer; vieux.

Fogg, Quentin.

Assistait Humphrey Rudolph lors du procès de Caroline Crale; avocat; visage maigre et anguleux; calme; ne s'emporte jamais; obstiné; juriste de première force; impressionné par Caroline Crale.

Frere.

Colonel; chef de la police du comté.

Greer, Elsa.

N'avait pas 20 ans à l'époque; fille unique d'un industriel du Yorkshire; avait de l'argent; a séduit Amyas Crale; jolie fille; s'est mariée trois fois; divorçait comme on dit bonjour; gravissait un échelon à chacun de ses mariages; [n'en a plus pour longtemps à vivre ?]; maintenant lady Dittisham; antipathique au jury dès son entrée dans la salle d'audience; assez arrogante; terriblement moderne; une de ces créatures qui sont un danger permanent pour la paix des ménages; ardente et résolue; hostilité de la Cour et du président en particulier; aimait Amyas Crale et voulait le séparer de sa famille; corps admirable; éclatante jeunesse; très riche; grue; impudente; une rien du tout; haineuse et assoiffée de vengeance; méchante; sa devise est : fais ce qui te plaît on ne vit qu'une fois; devenue froide et avide de vengeance; haïssait Caroline Crale; considère la vie comme une lutte sans merci; vit dans l'admiration des héros; tenue provocante; créature magnifique; insolente; aimait trop la vie; [décrépitude, lente agonie ?]; +- 36 ans; chevelure noire; élégante; [Voir Les vacances d'Hercule Poirot]; rien ne l'intéresse; son père était un garçon qui a fait fortune à la force du poignet; dure; mains cupides; voulait voir Caroline Crale pendue; a été mariée à Arnold Stevenson; meurtrière d'Amyas Crale qui la rejetait; méprise son mari; égoïste; laissée libre [Amyas Crale a couru après son malheur]; [punition : morte vivante]; [tout le monde la déteste].

Hale.

Ex-commissaire de police; grosse figure rouge et carrée; fume la pipe.

Jonathan, Caleb.

Vieux; ancien avoué des Crale; plus de 70 ans; grand seigneur; a de la classe; antipathie pour Philip Blake; [jugement modéré sur les gens]; [vu positivement].

Lemarchant, Carla.

Jeune; grande; mince; 21 ans; les hommes se retournent sur elle; bien vêtue; fière; jolie; grande vitalité; beaux yeux sombres; voix chaude et agréable; vrai nom = Caroline Crale; riche; santé magnifique; fiancée de John Rattery; courage et personnalité; fille de Caroline et Amyas Crale.

, Louise.

Tante de Carla Lemarchant; femme de Simon.

Lytton-Gore, Mary.

Lady; noble veuve; assez désargentée; vit très retirée; amie d'Hercule Poirot.

Mayhew.

Vieux; avocat ?; père de George.

Mayhew, George.

Fils du vieux; prudent; insipide et terne.

Poirot, Hercule.

Vieux; meilleur de tous les détectives; tête en forme d'œuf; s'intéresse à la psychologie des gens; petite taille; illustre; détective privé; bonhomme impossible; invraisemblable moustache; étranger.

Rattery, John.

Fiancé de Carla Lemarchant; jeune; épaules carrées; visage calme et volontaire.

Rudolph, Humphrey.

Dirigeait l'accusation contre Caroline Crale; vieux; mort; dit Humpie; puissant et rusé.

, Simon.

Oncle de Carla Lemarchant; mari de Louise; vivait à Montréal.

Stevenson, Arnold.

Explorateur; ancien mari d'Elsa Greer; géant; physiquement ressemblait à Amyas Crale.

Tressilian.

Lady; grand-mère de Carla Lemarchant; veuve; avait perdu deux petites filles.

Warren, Angela.

Quinzaine d'années à l'époque; demi-sœur de Caroline Crale; fait des fouilles et des conférences; assez curieuse; défigurée; a une immense cicatrice sur tout un côté du visage; blessée par Caroline Crale quand elle était jeune; remarquable; jeune faisait des crises de colère; tête bien faite; aurait pu être jolie; yeux bruns et intelligents; peau fine; teint clair et frais; épaules de sportive; démarche masculine; profonde cicatrice sur la joue droite; aveugle de l'œil droit; ne souffre pas de son handicap; énergique; intelligente; heureuse; doute de la culpabilité de Caroline Crale; antipathie pour Elsa Greer.

Williams, Cecilia.

Ancienne gouvernante des Crale; très capable; femme de tête; beau sang-froid; miss; jugeait sévèrement la conduite d'Amyas Crale; vieille demoiselle; visage ratatiné; pauvre; a de l'autorité; frêle; aime pas les artistes; appréciait la petite Carla Lemarchant; pense que Caroline Crale adorait son mari; [témoignage de poids]; féministe convaincue; vieille fille; pour elle l'homme est l'Ennemi; [ermite, ascète, comme les prêtres : pauvreté, abstinence, solitude]; aimait beaucoup Caroline Crale; [Voir Mildred Strete dans Jeux de glaces]; appréciait Angela Warren; désapprouvait Elsa Greer; avait 48 ans. 

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- [Quentin Fogg] Celle-là [Elsa Greer], elle fut antipathique au jury dès son entrée dans la salle d'audience. Elle ne devait pas se démonter une seconde. Belle fille, assez arrogante, terriblement moderne, elle apparut aux femmes qui siégeaient dans le jury comme une de ces créatures qui sont un danger permanent pour la paix des ménages. Un foyer a tout à redouter quand croise dans le voisinage une de ces filles ardentes et résolues qui se moquent éperdument des droits que peuvent avoir les épouses et les mères. Elle a d'ailleurs joué franc jeu. Avec une certaine honnêteté, dirais-je. Elle déclara qu'elle aimait Amyas Crale, qui l'aimait aussi, et que c'est sans aucun scrupule qu'elle avait essayé de le détacher de sa femme et de son enfant. Elle dit tout cela avec un cran qu'il était difficile de ne pas admirer. […]  Et ce, malgré l'hostilité de la Cour et du président en particulier.


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- [Caleb Jonathan] […] J'ai connu Amyas Crale, son père Richard et je me souviens même du grand-père, Enoch. Des gentilshommes campagnards que leurs chevaux préoccupaient plus que les humains. D'excellents cavaliers, aimant les femmes et que les idées n'encombraient pas. Ils n'y croyaient pas, simplement. La femme de Richard, pourtant, était pleine d'idées. Elle en avait même plus que de bon sens. Elle aimait la poésie, la musique et elle jouait de la harpe. Elle était de santé fragile et, allongée sur son sofa, elle faisait un tableau très pittoresque, très romantique. Elle était une grande admiratrice de Kingsley et c'est pourquoi elle appela son fils Amyas. Le père tiqua un peu sur ce prénom singulier, mais n'insista pas. L'enfant hérita des goûts artistiques de sa délicate maman, mais prit à son père son caractère autoritaire et son implacable égoïsme. Tous les Crale ont été des égoïstes, qui ne connurent jamais qu'un point de vue : le leur.


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- [Caleb Jonathan] Et puis Amyas épousa Caroline Spalding. Ils devaient se chamailler, se quereller, mais ils n'en avaient pas moins fait un mariage d'amour. Ils étaient tout simplement fous l'un de l'autre. Ils devaient continuer à s'aimer. Seulement, Amyas était, comme tous les Crale, un égoïste forcené. Il aimait sa femme, mais il ne se gênait pas à cause d'elle. Il faisait ce qui lui plaisait. Je crois qu'il l'aimait plus qu'il n'aima jamais personne. Cependant, dans l'ordre de ses affections, elle venait loin derrière son art, qui passait le premier et qu'il ne sacrifia jamais à aucune femme. Quant à ses aventures - il en avait beaucoup - elles étaient pour lui un stimulant, mais il y mettait fin d'un seul coup quand il en avait assez. Pas sentimental, pas romanesque, il n'était pas non plus absolument esclave de ses sens. Je considère que la seule femme pour laquelle il ait jamais eu un sentiment profond, c'est celle qu'il avait épousée. Elle ne l'ignorait pas et c'est pourquoi elle lui passait bien des vétilles. De plus, c'était un très bon peintre. Elle s'en rendait compte et respectait son art. Lorsqu'il revenait d'une de ses escapades amoureuses, il était rare qu'il ne rapportât pas quelque toile … qui était comme un témoignage. Les choses auraient pu durer longtemps comme ça si finalement n'était venue Elsa Greer …


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- [Caleb Jonathan] […] C'était une enfant gâtée [Elsa Greer]. Riche, jeune et jolie. Elle rencontre celui dont elle rêvait. Elle le prendra. Ce n'est pas un Roméo de quinze ans. C'est un homme dans la force de l'âge [Amyas Crale]. Il est marié. Qu'importe ! Il n'y a rien qui puisse la retenir. Aucune loi morale. Sa devise, sa règle de vie, c'est le moderne : "Fais ce qu'il te plaît ! On ne vit qu'une fois." […] C'était une Juliette de proie. Sans pitié, mais, je le répète, si vulnérable !… Tout ce qu'elle possède, elle le joue sur un coup ! Tout d'abord, il semblera qu'elle a gagné … Et puis, à la dernière minute, la Mort entrera … et ce sera aussi la mort de la première Elsa. Celle-là était ardente, joyeuse, heureuse de vivre. Il ne restera plus qu'une femme froide et pure, avide de vengeance, haïssant de tout son être celle qui a tué l'homme qu'elle aimait. […] Elsa ne fut plus désormais qu'une jeune femme considérant la vie comme une lutte sans merci. […] Les femmes comme Elsa vivent dans l'admiration des héros. Pour elles, un homme doit avoir fait quelque chose, être quelqu'un … Caroline Crale, elle se serait tout aussi bien éprise d'un employé de banque ou d'un courtier d'assurances. En Amyas c'est l'homme qu'elle aimait […] 


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- [Hercule Poirot] […] Mon succès, permettez-moi de le préciser, tient à mon goût de la psychologie. La question que je me pose toujours, c'est : "Pourquoi a-t-il agi comme il l'a fait ?" Or, il se trouve que, dans un crime, c'est ce "pourquoi" qui aujourd'hui intéresse les gens. Autrefois, ce qui les passionnait, c'était le côté sentimental de l'affaire et, quand on écrivait le récit d'une cause célèbre, c'est sur l'histoire d'amour qu'on insistait. Il n'en va plus de même aujourd'hui. Le public est ravi de savoir que, si le docteur Crippen a tué sa femme, c'est parce que cette dame était une énorme matrone en présence de qui ce petit bonhomme chétif souffrait d'un complexe d'infériorité. Il est ravi d'apprendre que cette criminelle dont on a tant parlé n'aurait jamais tué si elle n'avait été affreusement humiliée par son père, alors qu'elle était toute petite. […] La psychologie des assassins, c'est mon rayon ... 

[Comme Maigret]


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-  [Meredith Blake] […] Amyas Crale était un ami que j'aimais beaucoup […] mais il faut dire que sa conduite était inadmissible ! C'était un artiste et peut-être est-ce une excuse. Il n'en reste pas moins qu'il s'était, de gaieté de cœur, mis dans une situation qui eût répugné à tout homme bien élevé. […] il manquait d'équilibre. Quand il peignait, rien ne comptait plus pour lui et il ne supportait plus rien. Il vivait dans son rêve, absorbé, obsédé par ce qu'il faisait.


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- [Miss Williams] […] Quels que soient nos sentiments intimes, monsieur Poirot, on peut espérer que nous saurons les contrôler et, pour ce qui est de nos actes, nous pouvons toujours le faire. Cette fille [Elsa Greer] n'avait aucune moralité et il lui importait peu que Mr. Crale fût ou non marié. Elle avait toute honte bue, elle avait pleinement conscience de ce qu'elle faisait et elle agissait froidement, en connaissance de cause. Peut-être avait-elle été mal élevée, c'est la seule excuse que je puisse lui trouver !  […] Je ne vais pas jusqu'à excuser le crime, mais, tout de même, monsieur Poirot, si jamais une femme fut amenée au point où elle ne peut plus tenir, c'est bien Caroline Crale. Il y a des moments, je l'avoue en toute franchise, où j'aurais moi-même été heureuse de les tuer tous les deux [Elsa Greer et Amyas Crale] ! Cette fille qu'il courtisait sous les propres yeux de sa femme, qui devait supporter ses insolences … Car elle était insolente, monsieur Poirot, à un point que vous n'imaginez pas ! Non, non, Amyas Crale a eu ce qu'il méritait. Un homme n'a pas le droit de traiter sa femme comme il l'a fait. Sa mort a été une juste punition.  [...]  Monsieur Poirot, dit-elle, je crois au sérieux des liens créés par le mariage. Mrs Crale était une épouse dévouée et fidèle. Son mari l'a bafouée et a introduit sa maîtresse au foyer conjugal. Il n'a eu finalement, je le répète, que ce qu'il avait mérité.


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Elsa - qui, au départ, avait tout pour elle : la jeunesse, la beauté, la fortune - avait tout gâché. Comme une fleur saisie par la gelée, elle était toujours là, mais la vie l'avait abandonnée. Cecilia Williams, à en juger par les apparences, ne pouvait guère se féliciter des résultats qu'elle avait obtenus. Pourtant, là, il n'y avait pas échec. Miss Williams avait eu une vie passionnante et les gens et les choses l'intéressaient encore. Élevée à la mode d'autrefois, dans des principes très stricts, elle avait fait son devoir, elle le savait et cette certitude la défendait de l'envie et des regrets. Elle avait ses souvenirs, ses petits plaisirs et assez de santé et de vigueur intellectuelle pour trouver encore du goût à l'existence.


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 [Angela Warren] Caro [Caroline Crale] et Amyas se heurtaient constamment, ça ne fait pas de doute ! Ils se disaient des choses méchantes, cruelles, des choses dont on n'a pas idée, c'est entendu ! Mais ce dont personne ne s'est jamais aperçu, c'est que ces disputes leur faisaient plaisir ! Eh oui, Amyas aimait ça ! Et elle aussi ! Ils avaient tous les deux le goût du drame. C'est exceptionnel, j'en conviens. Généralement, on apprécie la paix, la tranquillité. Ce n'était pas leur cas. Amyas aimait crier, menacer, insulter les gens ! Il était de ces hommes qui, lorsqu'ils ont égaré leur bouton de col, mettent la maison en révolution. Ça paraît drôle, je le sais, mais cette vie de disputes et de scènes perpétuelles, c'était leur conception du bonheur, c'était pour eux la seule existence possible ! 


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Un long visage ovale [celui de Caroline Crale], un menton à la ligne gracieuse, un regard doux et timide, voilà ce qui le [Hercule Poirot] frappa tout d'abord. Ce visage, assez émouvant, recelait comme une beauté cachée. Il manquait à Caroline Crale l'énergie joyeuse que sa fille tenait certainement de son père. Mais, en regardant son image, Hercule Poirot comprenait pourquoi un homme pourvu d'une certaine imagination, comme Quentin Fogg, n'avait jamais pu oublier le modèle.

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