Physiologie du mariage (1829)

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Physiologie du mariage

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L'article du Code qui prononce des peines contre la femme adultère, en quelque lieu que le crime se soit commis, et celui qui ne punit un mari qu'autant que sa concubine habite sous le toit conjugal, admettent implicitement des maîtresses en ville.

[Point de vue légaliste de Balzac.  La femme adultère est punissable en tout temps.  L'homme n'est punissable que s'il y a entretient de la maîtresse sous le toit conjugal.]


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Une femme qui dit une lettre d'échange pour une lettre de change, souyer pour soulier, pierre de lierre pour pierre de liais, qui dit d'un homme : "Est-il farce monsieur un tel !" ne peut jamais être une femme honnête, quelque soit sa fortune.

[Une femme qui n'a pas de classe.]


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Or un jeune garçon de dix-sept ans donne de fiers coups de canif dans les parchemins des contrats, et particulièrement dans les plus anciens, disent les chroniques scandaleuses.

[Anciennement, on disait d'un mari qui trompait sa femme qu'il donnait des coups de canifs dans le contrat ou dans le parchemin du contrat.


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Les savants, qui demeurent des mois entiers à ronger l'os d'un animal antédiluvien, à calculer les lois de la nature ou à en épier les secrets ; les Grecs et les Latins qui dînent d'une pensée de Tacite, soupent d'une phrase de Thucyde, vivent en essuyant la poussière des bibliothèques, en restant à l'affût d'une note ou d'un papyrus, sont tous prédestinés [à être trompés]. Rien de ce qui se passe autour d'eux ne les frappe, tant est grande leur absorption ou leur extase ; leur malheur se consommerait en plein midi, à peine le verraient-ils ! Heureux ! Ô mille fois heureux ! Exemple : Beauzée qui, revenant chez lui après une séance de l'Académie, surprend sa femme avec un Allemand. - Quand je vous avertissais, madame, qu'il fallait que je m'en aille … s'écrie l'étranger. - Eh ! Monsieur, dites au moins : Que je m'en allasse ! reprend l'académicien.

[Un savant distrait ne voit pas les mauvais agissements de sa femme.]


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La femme mariée est un esclave qu'il faut savoir mettre sur un trône.


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[…] les lois sur l'infidélité de la femme mariée devront être excessivement sévères. Elles devront prodiguer plus d'infamie encore que des peines afflictives et coercitives. La France a vu promener des femmes montées sur des ânes pour de prétendus crimes de magie, et plus d'une innocente est morte de honte. Là est le secret de la législation future du mariage.

[L'infidélité des femmes est un crime particulièrement grave.]


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Arrière la civilisation ! arrière la pensée ! … voilà votre cri. Vous devez avoir horreur de l'instruction chez les femmes, par cette raison, si bien sentie en Espagne, qu'il est plus facile de gouverner un peuple d'idiots qu'un peuple de savants. Une nation abrutie est heureuse : si elle n'a pas le sentiment de la liberté, elle n'en a ni les inquiétudes ni les orages ; elle vit comme vivent les polypiers ; comme eux, elle peut se scinder en deux ou trois fragments ; chaque fragment est toujours une nation complète et végétant, propre à être gouvernée par le premier aveugle armé d'un bâton pastoral. Qui produit cette merveille humaine ? L'ignorance : c'est par elle seule que se maintient le despotisme ; il lui faut des ténèbres et le silence […]

Alors vous essaierez de reculer le plus longtemps possible le fatal moment où votre femme vous demandera un livre.

[Moins les gens sont renseignés, plus ils sont faciles à duper et à gouverner.]


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Les filles sont élevées en esclaves et s'habituent à l'idée qu'elles sont au monde pour imiter leurs grands-mères, et faire couver des serins de Canarie, composer des herbiers, arroser de petits rosiers de Bengale, remplir de la tapisserie ou se monter des cols. Aussi, à dix ans, si une petite fille a plus de finesse qu'un garçon, à vingt est-elle timide, gauche. Elle aura peur d'une araignée, dira des riens, pensera aux chiffons, parlera modes, et n'aura le courage d'être ni mère, ni chaste épouse.


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Image exacte du despotisme avec lequel vous devez manier et remanier votre femme.

La femme est une propriété que l'on acquiert par contrat, elle est mobilière, car la possession vaut titre ; enfin, la femme n'est, à proprement parler, qu'une annexe de l'homme ; or, tranchez, coupez, rognez, elle vous appartient à tous les titres. Ne vous inquiétez en rien de ses murmures, de ses cris, de ses douleurs ; la nature l'a faite à notre usage et pour tout porter : enfants, chagrins, coups et peines de l'homme.

Ne vous accusez pas de dureté. Dans tous les codes des nations soi-disant civilisées, l'homme a écrit les lois qui règlent le destin des femmes sous cette épigraphe sanglante : Vae victis ! Malheur aux faibles !


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Il arrive toujours un moment où les peuples et les femmes, même les plus stupides, s'aperçoivent qu'on abuse de leur innocence […] plus d'un mari saura couvrir d'un voile impénétrable les ressorts de son machiavélisme […] Le despotisme a sa sécurité […] Un matin donc, une femme honnête, et le plus grande partie des nôtres l'imitera, découvre d'un œil d'aigle les savantes manœuvres qui l'on rendue victime d'une politique infernale […]

Il faut donc trouver un moyen de justifier la tyrannie secrète de votre première politique. […]


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- Mon mari est jaloux […] Il m'aime donc encore ? […]

Ne craignez pas qu'une femme se fâche, elle a besoin de votre jalousie. Elle appellera même vos rigueurs. D'abord parce qu'elle y cherchera la justification de sa conduite ; puis elle trouvera d'immenses bénéfices à jouer dans le monde le rôle d'une victime […]


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Ce n'est pas se venger que de surprendre sa femme et son amant et de les tuer dans les bras l'un de l'autre ; c'est le plus immense service qu'on puisse leur rendre.


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Mais vous m'avez amené ici à considérer l'amour comme une passion. Eh ! bien, c'est la dernière de toutes et la plus méprisable. Elle promet tout et ne tient rien. Elle vient, de même que l'amour comme besoin, la dernière, et périt la première. Ah ! parlez-moi de la vengeance, de la haine, de l'avarice, du jeu, de l'ambition, du fanatisme ! …

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